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Les anciens mouvements rebelles deviennent des partis politiques
Le gouvernement offre une prime de 5.000 dollars pour la dénonciation d'assassins
Etienne Tshisekedi refuse de participer au gouvernement transitoire
Le porte-parole du gouvernement accuse le RCD-Goma de fomenter une rébellion
Interdiction d'émettre pour une radio du Nord-Kivu
Kabila prend les décrets relatifs à l'organisation et au fonctionnement du gouvernement
Le gouvernement va dépêcher 3.035 policiers en Ituri
Deux ONG dénoncent des mouvements militaires et des recrutements d'enfants soldats
Des officiers et des parlementaires du RCD-Goma demandent une amnistie
Interview avec Petronille Vaweka, la présidente de l’assemblée spéciale intérimaire pour l’Ituri
Interview avec Marcel Munga, leader du mouvement politique Mayi-Mayi
La loi d'amnistie est un frein à la réconciliation, estime une ONG
Trois officiers du RCD-Goma ont été déférés devant la Haute Cour Militaire
Interview avec Antoanella-Iulia Motoc, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits de l'Homme
Les Mayi-Mayi et le RCD-Goma entament un processus de réconciliation dans le Sud-Kivu
Joseph Kabila parachève la formation du gouvernement d'unité nationale
L’état-major général de l’armée unifiée a été installé
Le FNL massacre des femmes et des enfants dans le Sud-Kivu
Interview avec le général Jan Isberg, le commandant de la Brigade Ituri
Rapports sur les relations éthniques / Reports on Ethnic Relations

The following section is consisted of part, full or summaries of articles from diverses sources (newspapers, newsletters, etc...).
La section suivante est constituée d'exraits, de la totalité ou de résumés d'articles provenant d'origines diverses (journaux,bulletins, etc..).


09 / 30 / 2003 

IRIN


"Les anciens mouvements rebelles deviennent des partis politiques"

Les anciens mouvements rebelles de la République Démocratique du Congo (RDC), participant aujourd'hui au gouvernement d'union nationale, ont été autorisés à fonctionner comme des partis politiques en attendant le vote d'une loi sur le fonctionnement et les activités des partis politiques, a déclaré lundi Théophile Mbemba, le ministre de l'intérieur, de la décentralisation et de la sécurité.

"Les partis politiques visés par cette mesure devront toutefois notifier par écrit leur fonctionnement effectif au ministère de l'intérieur," a-t-il précisé.

La mesure concerne par conséquent les partis politiques et ex-mouvements politico-militaires signataires de l'accord global et inclusif de décembre dernier. La reconnaissance des partis politiques a également été étendue aux formations politiques déjà enregistrées au ministère de l'intérieur en 1990 à la veille de la conférence nationale souveraine, sous Mobutu Sese Seko, l'ancien président de la République. Elle concerne encore les partis reconnus en 1999 par son successeur Laurent-Désiré Kabila et ceux agréés en 2001, par l'actuel président, Joseph Kabila.

A l'exception des partis déjà enregistrés par le gouvernement sortant, les autres ont obligation de lui transmettre leurs statuts et la liste de leurs membres.

Selon le ministre Mbemba, 234 partis politiques avaient été enregistrés par l’ancien gouvernement de Joseph Kabila alors qu'en 1990 plus de 400 autres avaient été reconnus.

L'annonce de la reconnaissance des partis politiques a néanmoins été accompagnée par des règles de fonctionnement dans différentes provinces dans le but de favoriser leur cohabitation. Le gouvernement et les anciens mouvements rebelles avaient, en effet, refusé aux autres formations d'exercer des activités dans le territoire placé autrefois sous leur contrôle.

Chaque réunion devra ainsi faire l'objet d'une autorisation préalable cinq jours avant.

"L'autorité locale pourra, d'un commun accord avec les requérants, différer la date de la réunion, modifier son lieu ou l'itinéraire des réunions envisagées si des raisons de sécurité et d'ordre public l'imposent. Toutefois, tout refus devra être motivé. Le requérant devra être informé de la modification 48 heures avant la manifestation. Dans l'hypothèse d'un dépassement de ce délai, l'autorisation sera octroyée d'office," a expliqué Théophile Mbemba.

"Le gouvernement offre une prime de 5.000 dollars pour la dénonciation d'assassins"

Le gouvernement d'union nationale de la République Démocratique du Congo (RDC) offre une prime de 5.000 dollars américains à toute personne qui dénoncera les groupes d'assassins sévissant à Kinshasa et dans les grandes villes du pays, a annoncé lundi Théophile Mbemba, le ministre de l'intérieur.

"Nous ne serons pas si naïfs pour accorder cette prime sans vérification. Il faudra que nous soyons convaincus de l'information. Toute dénonciation sera examinée au préalable par les experts," a précisé Théophile Mbemba.

Le ministre Mbemba avait dénoncé, à cette occasion, l'assassinat dans la nuit de dimanche à lundi, de Steeve Nyembo, le directeur des ressources humaines de la Contribution Kinshasa.

Selon l'ONG de défense des droits de l'Homme, le Groupe Jérémie, il avait été touché par deux balles aux genoux et au ventre avant d'être brûlé vif dans sa cuisine alors que ses enfants avaient été enfermés dans une chambre.

L'ONG rapporte encore le meurtre de Louis Mpozi, le directeur adjoint de la société para-étatique de télécommunication, SOGETEL.

Louis Mpozi n'était pas membre du gouvernement transitoire et n'était affilié à aucun parti politique. "Il était en revanche proche de son frère, Mwami Pierre Nadatabayi, le chef de la localité de Ngweshe. Il avait pris le maquis depuis 1998 aux côtés des Mayi-Mayi. Ceux qui l'ont abattu n'ont volé aucun bien dans sa maison, ce qui laisse croire à un règlement de compte," a expliqué Phili Kompany, du Groupe Jérémie.

"Après une accalmie, voilà que des bandes armées sèment la terreur dans le pays et tuent," a affirmé Théoplhile Mbemba en qualifiant les meurtres d'odieux et de crapuleux.

Le gouvernement d'union nationale avait annoncé, le week-end du 20 septembre, sa volonté de combattre la criminalité croissante dans la capitale et les grandes villes. L'explosion de la criminalité avait débuté en juin dernier à la suite de l'installation des institutions transitoires. Un assassinat est enregistré par jour en RDC.

Depuis une semaine, des patrouilles mixtes, composées de policiers issus des différents anciens belligérants sillonnent les rues. Des jeeps ont aussi été fournies à la police. Le gouvernement a décidé par ailleurs de payer les soldes à près de 200.000 militaires et policiers.

09 / 29 / 2003 

IRIN



"Etienne Tshisekedi rentre d'exil mais refuse de participer au gouvernement transitoire"


Un ancien opposant politique, Etienne Tshisekedi, est revenu dimanche à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), après s'être exilé deux années en Afrique du Sud. Il a toutefois déclaré ne pas vouloir prendre part aux récentes institutions transitoires installées pour une période de deux ans.

"Je viens avec un message pour les Congolais et pour toute la classe politique; un message d'amour, un message de réconciliation, un message de paix, un message d'unité," a déclaré à la presse, lors de son arrivée à Kinshasa, Etienne Tshisekedi, le leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Il a affirmé vouloir concentrer ses efforts sur les élections générales programmées dans deux ans plutôt que de participer au gouvernement d'union nationale.

"Il n'est pas utile que le UDPS participe aux institutions transitoires uniquement pour créer des problèmes supplémentaires sans raison," a-t-il déclaré. "Nous avons la mission de préparer le peuple aux élections, et l'UDPS prendra la place qu'il lui revient au sein du peuple. Nous ne pouvons nous laisser distraire."

Etienne Tshisekedi et son parti avaient néanmoins participé au dialogue inter-congolais qui avait conduit à la signature d'un accord national de paix en décembre dernier, mettant fin à quatre années de guerre. Ils avaient toutefois refusé de prendre part aux institutions arguant des fraudes dans la désignation du vice-président issu de l'opposition politique non armée ainsi que dans la sélection d'autres membres du gouvernement transitoire.

Etienne Tshisekedi avait quitté Kinshasa en novembre 2000 à la suite de désaccords avec le président Laurent-Désiré Kabila. Il avait cependant visité, en juin 2003, l'Est de la RDC, une région contrôlée par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) avec qui l'UDPS avait fait alliance. Le RCD-Goma participe actuellement au gouvernement d'union nationale.

Bien qu'il se soit présenté pendant longtemps comme un adversaire du président Mobutu Sese Seko, le leader de l'UDPS avait été nommé à plusieurs reprises Premier ministre du temps où le Congo s’appelait encore Zaïre.

09 / 26 / 2003 

IRIN

"Le porte-parole du gouvernement accuse le RCD-Goma de fomenter une rébellion"

Vital Kamerhe, le porte-parole du gouvernement transitoire de la République Démocratique du Congo (RDC) a accusé jeudi dernier des membres du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) de fomenter une rébellion.

Il a qualifié d'acte de déclaration de rébellion une note interne du RCD-Goma, publiée dans la presse.

"Les membres du RCD qui exigent que le statu quo soit maintenu dans l'administration des territoires et dans l'armée comme durant la guerre disent en fait qu'ils veulent continuer la rébellion," a déclaré Vital Kamerhe à IRIN, en accusant le Rwanda d'organiser une nouvelle rébellion dans l'Est de la RDC.

Le secrétaire général du ministère des affaires étrangères à Kigali, la capitale du Rwanda, a cependant répondu à IRIN: "Ceci est totalement faux. Le Rwanda soutient la création des institutions transitoires en RDC. Ces problèmes actuels montrent clairement la faiblesse des accords de partage du pouvoir et devront rapidement être résolus."

Les dix parlementaires du RCD-Goma signataires de ce document ont accusé le président Joseph Kabila de continuer à soutenir les Interahamwe, une milice rwandaise Hutu qui a fui en RDC après avoir joué un rôle clé dans le génocide d'environ 800.000 tutsis et hutus modérés en 1994.

Ils ont exigé encore la révocation de deux vice-présidents: Abdoulaye Yerodia Ndombasi et Arthur Z'Ahidi Ngoma, respectivement issus de l'ancien gouvernement et de l'opposition politique non armée. Ils ont dénoncé enfin la diabolisation des Congolais rwandophones par les médias congolais.

"La campagne de diabolisation des Congolais rwandophones dans presque tous les médias,[...] préparent l'opinion congolaise à un nouveau génocide des rwandophones comme celui dont ils ont été victimes en 1998 à Kinshasa, à Kisangani, à Kamina, à Kalemie et dans d'autres villes," a expliqué la note du RCD-Goma.

Certains parlementaires et officiers du RCD-Goma avaient, en effet, refusé de regagner Kinshasa, la capitale, pour participer aux institutions transitoires.

Les journaux de Kinshasa ont néanmoins publié ce même jeudi une note interne provenant des membres du RCD-Goma à l'adresse du leader de leur mouvement, Azarias Ruberwa, un des quatre vice-présidents de la République. Dans cette lettre, les personnalités du RCD-Goma se sont dites prêtes à rejoindre Kinshasa, le siège des institutions, mais ont exprimé de "grandes inquiétudes politico-sécuritaires liées à la façon dont le processus" de réunification du pays est conduit.

Azarias Ruberwa est depuis mercredi dernier à Goma pour réconcilier les membres de son mouvement.

"Les membres du parti nous ont présentés leurs desiderata à Goma. Nous avons résolu les problèmes de communication au sein du parti et nous espérons arriver vendredi prochain à Kinshasa avec ces parlementaires," a dit depuis Goma Jean-Pierre Lola Kisanga, porte-parole du RCD.

09 / 25 / 2003 

IRIN

"Interdiction d'émettre pour une radio du Nord-Kivu"

Une radio privée à Kiwanja, dans la province du Nord-Kivu à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), a été interdite d'exercer depuis le 16 septembre, a annoncé Journaliste en Danger (JED), une ONG de défense de la liberté de la presse, à Kinshasa, la capitale.

Les autorités ont justifié la mesure frappant la Radio Communautaire Ushirika (Racou) par la nécessité pour cette dernière d'obtenir une autorisation d'émettre au préalable, donnée par le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Eugène Serufuli, a rapporté JED.

"Le cabinet du gouverneur de la province lui propose [à la radio] de fusionner avec un autre projet d'une radio communautaire dans la cité de Kiwanja piloté par "Tout pour le développement et la Paix", une ONG très proche du Rassemblement démocratique congolais (RCD-Goma) et du gouverneur du Nord-Kivu," a expliqué JED.

La mesure a été prise par le chef de la localité agissant sur ordre de l'administrateur du territoire de Rutshuru, Oscar Ndambiye, a rapporté JED. Les deux personnalités appartiennent au RCD-Goma, qui participe aujourd’hui au gouvernement d'union nationale. Rutshuru et la province du Nord-Kivu étaient avant des zones sous administration du RCD-Goma.

Selon l'ONG, toutes les démarches entreprises auprès des autorités pour obtenir l'autorisation ont échoué jusqu'à présent.

Interrogé par téléphone, Eugène Serufuli a nié les allégations de l'ONG.

"Tout cela est faux car la radio n'existe même pas. Je ne connais pas de radio qui se nomme ainsi et qui émet depuis Rutshuru où il n'y a qu'une seule radio," a dit Eugène Serufuli.

"La radio Racou est une oeuvre des paysans. Elle ne peut se fondre dans un projet engagé politiquement qui ne cache pas ses accointances tribales," a affirmé Jean-baptiste Kambale, le directeur de la radio, selon les propos rapportés par JED.

09 / 24 / 2003 

IRIN

"Kabila prend les décrets relatifs à l'organisation et au fonctionnement du gouvernement"

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a signé le week-end dernier une série de décrets portant organisation et fonctionnement du gouvernement d’union nationale.

Azarias Ruberwa, un des quatre vice-présidents et leader du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), est responsable de la commission politique, défense, sécurité, décentralisation et démobilisation des anciens combattants.

Jean-Pierre Bemba, le leader de l'autre principale ancienne faction rebelle, le Mouvement de libération du Congo (MLC), dirige le secteur économique et financier alors qu'Arthur Z'Ahidi Ngoma, le vice-président issu de l'opposition non armée, s'occupe du secteur socio-culturel. Abdoulaye Yerodia Ndombasi, de l'ancien gouvernement, a en charge le secteur de la reconstruction et des infrastructures.

Un autre décret présidentiel détermine les attributions des différents ministères.

09 / 23 / 2003 

IRIN

"L'UPC et le FNI garantissent la libre circulation en Ituri, la MONUC relâche les trois responsables de l'UPC"

Les deux principaux groupes armés rivaux de Bunia, le chef-lieu de l'Ituri dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC) se sont entendus pour assurer la libre circulation des biens et des personnes en Ituri. La MONUC, la mission des Nations Unies en RDC, libérait peu avant cet accord les trois responsables de l'Union des patriotes congolais (UPC), emprisonnés depuis le 15 septembre.

Une délégation des membres de l'UPC - des Hema- et du Front des nationalistes intégrationnistes (FNI), un groupe rival Lendu, se sont, ainsi, rencontrés dimanche dernier à Yambi Yaya, à Bunia.

"Il ne s'agissait pas d'un accord signé entre nous mais d'une initiative ou d'un message de l'UPC que nous voulions passer à nos combattants pour réitérer notre politique de convivialité avec tout le monde. Malheureusement les groupes de massacreurs ont kidnappé et égorgé notre chargé de missions," a rapporté à IRIN à l'issue de la rencontre, Thomas Lubanga, le leader de l'UPC actuellement à Kinshasa, en accusant le FNI et des alliés Lendu.

Interrogé sur cet assassinat, le FNI a nié toute implication.

"Nous avons souscris sur l’initiative de l'UPC, mais nous sommes déconcertés quant à cet incident. Nous avons exigé de la MONUC qu'elle mène des enquêtes pour déterminer les responsables... L'assassinat de ce membre de l'UPC doit avoir été commis à titre individuel par des personnes ou des bandits qui foisonnent dans la zone et pour des motifs non élucidés," a déclaré à IRIN Floribert Ndjabu, responsable du FNI à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Peu avant l'accord entre l'UPC et le FNI, la MONUC avait libéré trois responsables de l'UPC: Floribert Kisembo, le commandant des combattants de l'UPC; Saba Rafiki, le chef de la sécurité et un officier nommé "Lobo". Ils avaient été arrêtés lundi 15 septembre à la suite de la découverte par la MONUC d'une cache d'armes au quartier général de l'UPC à Bunia.

L'arrestation de ces trois personnes avait provoqué les 15 et 16 septembre une violente manifestation des miliciens et de la population Hema contre la MONUC. Une centaine d'individus avait été interpellée et relâchée quelques heures après, à l'exception des trois responsables du mouvement.

"La MONUC n'a rien trouvé contre eux, ils méritaient d'être libérés et l'ont été," a déclaré Thomas Lubanga.

Le mandat de la MONUC a été renforcé le 28 juillet dernier par la résolution 1493 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Les 2.400 soldats de la Brigade Ituri, le nom de la force onusienne opérant dans cette région, sont désormais autorisés à recourir à la force pour protéger la population civile si les circonstances l'exigent. Ils ont succédé le premier septembre à la force multinationale intérimaire d'urgence mandatée au mois de juin par le Conseil de sécurité à la suite des violents combats inter-ethniques. Cette force a été envoyée par l'Union européenne et a été commandée par la France. Sa mission consistait à sécuriser la ville de Bunia et son aéroport.

La région de l'Ituri, riche en ressources naturelles, est le théâtre d'affrontements depuis des années. Des groupes rebelles s'y battent pour le contrôle politique et économique de cette région malgré l'installation d'un gouvernement d'union nationale le 30 juin dernier.

Les massacres ont provoqué plus de 50.000 morts et 500.000 déplacés depuis l'éclatement de la dernière guerre en RDC en 1998.
Près de 12.000 personnes vivent encore sous des tentes à l'aéroport de la ville.

09 / 22 / 2003 

IRIN

"Le gouvernement veut stopper la criminalité dans les grandes villes"

Le gouvernement de la République Démocratique du Congo a annoncé, le week-end dernier, des mesures visant à mettre fin à la criminalité croissante constatée à Kinshasa et dans d'autres villes du pays.

"Le gouvernement a décidé de désarmer les porteurs illégaux d'armes et de régler les problèmes de paiement des militaires et des policiers pour enlever tout prétexte de recours abusif aux armes et arrêter ces distributeurs de la mort," a déclaré samedi Azarias Ruberwa, vice-président de la RDC, en charge de la commission politique, défense et sécurité du gouvernement d'union nationale. Il est, par ailleurs, le leader de l'ancien mouvement rebelle, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma).

Par cette mesure, près de 200.000 militaires et policiers provenant de l’ancien gouvernement, du Mouvement de libération du Congo, du RCD-Goma et des Mayi-Mayi recevront leurs soldes. "Ce sera là un acte de souveraineté pour que tous les militaires et policiers reconnaissent leur allégeance au gouvernement de Kinshasa," a expliqué Azarias Ruberwa.

Des actes de criminalités sont quotidiennement rapportés dans la presse de Kinshasa avec au moins un assassinat par jour. Un quotidien local "La Référence Plus" a même relaté l'attaque du procureur général de la République à son domicile par des hommes armés.

Le gouvernement avait doté la police, il y a une semaine, de quelques jeeps pour effectuer des patrouilles nocturnes. Une société privée de téléphones portables a mis à la disposition des forces de l’ordre des numéros pour des appels d'urgence lorsque des individus sont attaqués.

Le vice-président Ruberwa a attribué cette forte criminalité à des civils illégalement armés. Ils ont profité de la guerre pour se fournir des armes à bas prix, a-t-il expliqué sans pour autant exclure l'implication de quelques militaires et policiers.

La même situation prévaut dans les grandes villes du pays, a ajouté Azarias Ruberwa.

Les militaires de la MONUC, la mission des Nations Unies en RDC, patrouillent depuis le mois de juin dernier à travers les rues de Kinshasa.

Selon le porte-parole de la MONUC, Hamadoun Toure, leur mission est prioritairement de protéger jusqu'en décembre prochain les institutions de la transition et leurs acteurs, la sécurisation de la ville relevant de la responsabilité du gouvernement d'union nationale.

"Le gouvernement va dépêcher 3.035 policiers en Ituri"

Le gouvernement d'union nationale de la République Démocratique du Congo (RDC) a décidé de dépêcher une police mixte en Ituri, dans le Nord-Est du pays où les combats entre groupes armés et les massacres de populations civiles continuent, a annoncé samedi Azarias Ruberwa, l'un des vice-présidents de la RDC, en charge de la commission politique, défense et sécurité.

"Pour arrêter l'idée que Bunia [le chef-lieu de l’Ituri] est sous protectorat [des Nations Unies], le gouvernement a décidé entre autres d'y envoyer une police mixte constituée d'éléments de la police de l'ancien gouvernement, du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), du Mouvement de libération du Congo (MLC) et des Mayi-Mayi," a-t-il déclaré.

Cette police, a-t-il poursuivi, sera opérationnelle d'ici le mois de décembre.

Trois millions de dollars seront nécessaires pour réunir les 3.035 hommes des principales anciennes parties belligérantes qui formeront cette brigade.

Le gouvernement a néanmoins déjà obtenu les promesses de financement de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement (BAD), a complété le vice-président.

La création de cette police mixte est, selon Azarias Ruberwa, une des priorités du gouvernement. Cette nouvelle brigade devra, en effet, remplacer les éléments de la MONUC qui assuraient le maintien de l'ordre public en Ituri. Elle travaillera, en revanche, de concert avec la Brigade Ituri, le nom des nouvelles forces de la MONUC déployées dans la région depuis le premier septembre.

Plus de 2.400 hommes de la Brigade Ituri opèrent déjà en Ituri. En vertu de la résolution 1493 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le recours à la force, pour notamment protéger la population civile, est autorisé si les circonstances l'exigent.

L'ancien gouvernement avait envoyé à Bunia, au mois de mai dernier, un contingent de 500 policiers à la suite des affrontements entre les groupes armés. Ces éléments avaient cependant été rapatriés à Kinshasa à la demande de la MONUC. Ces policiers n'avaient, en effet, pas pu empêcher les massacres de près de 350 personnes. Ils étaient, par ailleurs, accusés d'avoir fourni munitions et appui à certains groupes armés dans la région.

Concernant l'envoi de la police mixte, la MONUC affirme n'avoir pas été officiellement avertie par le gouvernement.

"Nous ne savons pas dans quelle mesure notre intervention est attendue, mais nous serons d'accord pour apporter notre concours dans la mesure du possible... Il s'agit d'un gouvernement souverain qui peut décider comme il l'entend," a déclaré Hamadoun Toure, le porte-parole de la MONUC.

Cette brigade remplacera également en décembre prochain les 700 militaires ghanéens et tunisiens de la MONUC déployés à Kinshasa pour assurer la sécurité des acteurs des institutions transitoires. L'intervention des forces onusiennes avait été exigée à l'occasion du dialogue inter-congolais entre les différents belligérants en Afrique du Sud.

Azarias Ruberwa a cependant relevé la nécessité de procéder à l'installation d'un commandement intégré de la police à l'instar de ce qui avait été réalisé pour la nouvelle armée unifiée. Cette dernière est désormais dotée d'un état-major et d'un commandement commun depuis le début du mois de septembre.

Au terme de trois mois d’exercice du pouvoir, le gouvernement d'union nationale, a estimé Azarias Ruberwa, peut se prévaloir "d'un bilan suffisamment positif".

"Très peu de personnes croyaient en ce gouvernement. Mais, tout marche bien et presque sans conflit... Nous avons [notamment] réussi à concrétiser ce qui était un rêve il y a encore quelque temps: un état-major général et un commandement unique de l'armée," a affirmé le vice-président.

Le gouvernement d'union nationale regroupant les belligérants congolais a été installé le 30 juin dernier conformément aux prescriptions du dialogue inter-congolais. Il doit mettre fin à plus de quatre années de guerre et conduire la RDC à des élections générales à la fin de la période transitoire dans deux ans. Plus de trois millions et demi de personnes sont mortes durant cette guerre.

09 / 19 / 2003 

IRIN

"Deux ONG dénoncent des mouvements militaires et des recrutements d'enfants soldats"

Des mouvements de troupes militaires dans le Sud-Kivu, à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC) et dans le Nord du pays, depuis la prestation de serment des officiers de l'état-major de l'armée unifiée de la RDC le cinq septembre, inquiètent la population locale, ont rapporté mardi deux ONG de défense des droits de l'Homme.

"Depuis une semaine, les militaires congolais basés dans le territoire insulaire d'Idjwi [une île située sur le lac Kivu, au nord de Bukavu dans l'Est de la RDC] ont commencé à évacuer massivement l'île. Ils passent par Bukavu puis sont affectés vers Kamanyola dans la plaine de Ruzizi, Kaziba en territoire de Walengu, Katana et Kavumu [des territoires environnant Bukavu]," a précisé l'ONG Héritiers de la Justice.

L'autre ONG, la Voix des sans Voix (VSV), a signalé "d'importants mouvements de migration de la population [notamment] à Masivi, Walikale, Nyirango et Busumba" à l'ouest de Goma, dans l'Est de la RDC. VSV fait encore état de distribution d'armes de guerre parmi la population civile du Nord-Kivu, à l'est de la RDC.

Des rencontres de responsables militaires, a affirmé Héritiers de la Justice en citant des sources militaires anonymes, se tiennent encore. Elles auraient pour objet le renforcement de l'armée en hommes, armes et munitions.

Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) serait également en train, en prévision d'une rébellion dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), de rechercher les enfants soldats qui ont déserté ses rangs, a rapporté Héritiers de la Justice.

Héritiers de la justice s'est dit profondément préoccupée par "la poursuite et le traitement menés à l'endroit des enfants ex-combattants aussi bien par le RCD que par les groupes Mayi-Mayi". L'ONG a appelé les belligérants à sortir de leur logique de guerre et à suivre le processus de paix.

Interrogé sur ces accusations, le RCD-Goma a démenti le recrutement d'enfants soldats.

"Ces allégations sont très fausses. Nous ne recrutons pas d'enfants. Nous recrutons des combattants pour résoudre le problème de sécurité qui se pose dans l'Est, en attendant la mise en commun de nos différentes forces," a déclaré à Kinshasa Jean-Pierre Lola Kisanga, le porte-parole du RCD-Goma. Les nouveaux éléments recrutés seront, par ailleurs, remis à la disposition de l'état-major, a ajouté le porte-parole.

"Des officiers et des parlementaires du RCD-Goma demandent une amnistie"

Des officiers et des parlementaires du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), qui sont restés dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC), ont exprimé des préoccupations concernant leur sécurité et le champ d'application de la loi d'amnistie avant de rejoindre Kinshasa, a indiqué mercredi un communiqué de l'ancien mouvement rebelle.

Ces éléments du RCD-Goma ne s'étaient, en effet, pas rendus à Kinshasa, la capitale, pour prendre leurs fonctions au sein des institutions transitoires.

Les trois officiers du RCD-Goma qui ne s'étaient pas déplacés le jour de la prestation de serment du nouveau commandement de l'armée avaient, de ce fait, été déférés devant la Haute cour militaire par le lieutenant général Liwanga Mata, le chef d'état-major général.

"Ceux qui sont restés à Goma [dans l’Est de la RDC] estiment que les mesures de sécurité dont nous bénéficions actuellement à Kinshasa ne sont pas suffisantes," a déclaré le porte-parole du RCD-Goma, Jean-Pierre Lola Kisanga. "Avant de rejoindre la capitale, ils ont besoin d'une amnistie générale pour être rassurés qu'ils ne pourront pas être poursuivis pour des faits de guerre," a-t-il ajouté.

Certains des officiers nommés au commandement de l'armée unifiée avaient, en effet, été cités dans des rapports relatifs au massacre de Kisangani ou à l'occasion d'autres violations des droits de l'Homme et du droit international humanitaire.

Interrogé sur l'amnistie générale, le porte-parole du président Joseph Kabila, Mulegwa Zihindula, a indiqué qu'une amnistie générale n'empêcherait pas ces membres du RCD-Goma de répondre de leurs actes devant la justice internationale.

"Quelle amnistie peut-on donner à une personne contre qui un mandat d'arrêt international a été lancé? Il y a parmi ces gens, des personnes qui sont poursuivies pour des délits en Zambie. Le gouvernement n'a rien à avoir avec les crimes internationaux," a affirmé le porte-parole.

Le président Joseph Kabila avait, en avril dernier, décidé une amnistie pour faits de guerre. Les anciens rebelles et une partie de l'opposition non armée avaient cependant exigé une extension de son champ d'application, les individus condamnés à l'occasion du procès sur l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila en étant exclus, a précisé le procureur général de la République.

09 / 18 / 2003 

IRIN


"La MONUC libère les partisans de l'UPC sauf trois responsables"

Des membres de l'Union des patriotes Congolais (UPC), arrêtés lundi et mardi dernier lors de manifestations à Bunia, le chef-lieu de l'Ituri au nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), ont été libérés, a annoncé mercredi à Kinshasa le général Mountaga Diallo, commandant des forces de la MONUC, la mission des Nations Unies en RDC.

Trois leaders de l'UPC, le principal groupe armé Hema dans cette région, ont, néanmoins, été maintenus en détention.

"Les trois hommes sont Kisembo, le commandant des combattants UPC, Rafiki, le chef de la sécurité et Lobo. Ils habitaient dans un pâté de maison où nos forces ont trouvé une quantité importante d'armes enterrées," a déclaré Mountaga Diallo. La MONUC, a-t-il précisé, continue les enquêtes à leur sujet.

Une centaine de personnes avait également été arrêtée à la suite de ces manifestations. Ils protestaient contre la perquisition diligentée par la MONUC au quartier général de leur mouvement ainsi qu'au domicile de leur leader, Thomas Lubanga, actuellement à Kinshasa.

La Brigade Ituri - le nom de la force onusienne dans cette région - avait lancé, en effet, l'opération "Bunia sans armes" dès lundi. Cette opération renforce la précédente "Bunia sans armes visibles", décidée par la Force multinationale intérimaire d'urgence.

Une polémique avait éclaté à la suite des incidents survenus lors de ces manifestations. L'UPC accusait la MONUC d'avoir abattu six personnes en voulant disperser la foule.

A ces accusations, Leocadio Salmeron, le porte-parole de la MONUC à Bunia, a répondu : "La MONUC a juste tiré en l'air et non sur les manifestants, mais par contre les combattants de l'UPC ont, durant les violentes manifestations, placés les enfants et les femmes devant alors qu'eux-mêmes étaient restés à l'arrière et tiraient. C'est donc eux qui ont blessé les manifestants par balle."

09 / 17 / 2003 

IRIN

"Interview avec Petronille Vaweka, la présidente de l’assemblée spéciale intérimaire pour l’Ituri"

Petronille Vaweka est la présidente de l'assemblée spéciale intérimaire pour l'Ituri, une région riche en ressources naturelles, dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC). L'Ituri, a été dévastée en raison d'affrontements pour le contrôle économique et politique de la région. Les combats ont entraîné la mort de 50.000 personnes et déplacés plus de 500.000 autres depuis 1998, lorsque la dernière guerre avait éclaté en RDC.

Les combats entre les ethnies Lendu et Hema ainsi que leurs alliés respectifs, ont continué malgré l'installation d'un gouvernement transitoire et d'une armée unifiée pour mettre fin à plus de quatre années de guerre en RDC.

Petronille Vaweka a été choisie pour servir en tant que députée de sa province au sein de l'assemblée nationale transitoire. La période transitoire s'achèvera dans deux ans avec l'organisation d'élections générales.

IRIN l'a rencontrée, vendredi dernier à Bruxelles (Belgique), à l'occasion d'une tournée en Europe organisée par Pax Christi International, un mouvement international catholique pour la paix. Sa visite intervient au moment où les derniers éléments de l'opération Artémis, lancée le 12 juin 2003 par l'UE sous mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies, ont quitté Bunia, le chef-lieu de l’Ituri, le 6 septembre. Artémis a depuis lors été remplacé par la force des Nations Unies, la Monuc, qui dispose d'un mandat renforcé.

QUESTION: Comment évaluez-vous l'opération Artémis? A-t-elle stabilisé l'Ituri?

REPONSE: La mission Artémis a été nécessaire, car elle est intervenue à un tournant : l'espoir commençait à diminuer et la MONUC n'avait pas de mandat musclé. Les groupes armés commençaient à se renforcer et c'est grâce à Artémis qu'on a pu éviter le pire. Depuis les affrontements de mai et de juin 2003, la ville de Bunia s'était vidée de ses habitants. Ceux-ci ont pu revenir durant l'opération Artémis et, s'ils ne pouvaient rentrer chez eux, ils étaient au moins sous les bâches en ville.

Q: La mission est, à présent, terminée. Ne risque-t-on pas de retomber dans la situation antérieure?

R: La mission Artémis n'était pas de se déployer à l'intérieur de l'Ituri, mais de sécuriser et de désarmer la ville de Bunia. La force de la MONUC qui vient d'arriver aura une lourde tâche, car elle devra s'appuyer sur ce qu'Artémis a fait pour déployer ses troupes à l'intérieur de l'Ituri. Mais pour qu'elle soit efficace, trois conditions devront être respectées: maintenir une stratégie conforme au mandat sous chapitre sept de la charte des Nations Unies, remplir le cadre prévu pour les effectifs et respecter le plan de déploiement. Mais je suis déjà rassurée par le fait qu'Artémis lui a ouvert la voie et qu'elle se montre également disposée à discuter avec les habitants.(1)

Q: Quel est l'avenir de la Commission de pacification de l'Ituri (CPI) étant donné l'installation du gouvernement de transition à Kinshasa?

R: L'actuelle administration de l'Ituri est intérimaire. Il faudra donc que dans un proche avenir le gouvernement de transition puisse étendre son autorité de manière plus visible jusqu'en Ituri. Disons que la CPI aura encore besoin de quelques mois afin de préparer les gens à une cohabitation pacifique, ce qui est son premier rôle. Jusqu'à présent, elle n'a pas pu travailler convenablement à cause des groupes armés.

Q: Que sont devenus ces groupes armés?

R: Artémis a mené une véritable politique de dialogue avec ces milices, ce qui a amené certaines d'entre elles à se diriger vers les cantonnements prévus pour leur démobilisation. Si on y ajoute la commission de concertation des groupes armés [qui fait partie de la CPI], où les leaders peuvent échanger leurs points de vue, et la réunion qui s'est tenue dernièrement à Kinshasa, j'en tire la conviction que leurs leaders commencent à s'investir pour la paix. Même si je suis consciente que des milices n'ont toujours pas désarmé et que des armes continuent d'entrer.

Q: En attendant, comment les empêcher de nuire?

R: Depuis la mise en place de l'assemblée [assemblée spéciale intérimaire de l’Ituri] en avril 2003, nous demandons de l'aide technique et d'autres moyens pour le cantonnement de ces groupes, mais sans réponse jusqu'à présent, à part des promesses. La MONUC dit qu'elle n'a pas ce mandat en charge. Pendant ce temps, la situation se détériore et des groupes armés se transforment en groupes de bandits qui pillent pour se nourrir et qui forment des poches de résistance un peu partout. Cela montre combien le programme de démobilisation et de réinsertion est important. En trois mois, avec de vrais techniciens, on peut arriver à décanter la situation. Nous souhaiterions que le gouvernement de transition prenne ce programme en charge, mais il pourra être appuyé par des organisations internationales.

Q: Quelle est aujourd'hui la situation humanitaire en Ituri? La réponse est-elle suffisante?

R: On peut engager tous les moyens humanitaires, mais cela ne résoudra pas le problème de l'Ituri vu le nombre de déplacés et la destruction de toute l'économie. On peut nourrir les déplacés pendant une semaine, mais ce ne sera jamais suffisant. Par contre les agences humanitaires pourraient tenter de ramener les déplacés chez eux. Il y en à Butembo, Beni, Kanyabayonga, également en Ouganda. Il faudra donc renforcer la sécurité pour que les gens puissent rentrer chez eux et commencer à cultiver. D'autre part, le programme humanitaire doit être mieux pensé. Des mafias s'organisent dans les camps de déplacés: des tickets sont revendus, des produits alimentaires stockés, au détriment des personnes vraiment vulnérables qui n'ont plus accès à ces aides.

Q: Quel est votre avenir professionnel?

Est-ce qu'il m'appartient? Je suis entrée en politique sans le vouloir, quand la population de l'Ituri m'a placée à la tête de son assemblée. A peine ce travail commencé, j'ai été nommée députée au niveau national. Mon plus grand souci est que mon action politique puisse servir la pacification de l'Ituri.
Quand ce sera le cas, je crois que je reprendrai mon bâton humanitaire au sein des ONG. Ma vraie raison de vivre, c’est pour les personnes les plus vulnérables et pour tous ceux qui souffrent.

NOTE :

(1) La Brigade Ituri, le nom de la force onusienne dans cette région, a succédé à la Force multinationale intérimaire d’urgence depuis le premier septembre. En vertu de la résolution 1493, adoptée par le Conseil de Sécurité sous le chapitre sept de la charte des Nations Unies, ces casques bleus ont l’autorisation de recourir à la force pour protéger la population civile et le personnel humanitaire.

09 / 16 / 2003 

IRIN

"Incidents à Bunia lors d’une opération de désarmement"

L'instabilité continue à Bunia, dans le Nord-Est de la République démocratique du Congo (RDC) où des incidents ont éclaté lors d'une opération de désarmement commencée lundi par la mission des Nations Unies en RDC, la MONUC.

La MONUC a commencé lundi matin l'opération "Bunia sans armes" et procédé au désarmement des milices, a indiqué mardi un communiqué de la mission onusienne. "Pendant les opérations de ratissage dans un pâté de maisons occupées par des éléments de l'Union des patriotes congolais(UPC),les unités armées de la MONUC ont découvert, grâce à leurs détecteurs de mines, un dépôt souterrain contenant 14 fusils AK 47, six mines claymore, un lance-roquettes avec 9 roquettes et un stock de munitions de divers calibres,” a précisé la MONUC.”Les groupes armés ont remis volontairement à la MONUC, près de 30 fusils AK 47, des cartouches et un lot de munitions."

L’UPC est un des groupes armés de la région.

Cependant, les versions divergent sur les incidents survenus après le lancement de l'opération de désarmement.

Six morts lors d’affrontements entre manifestants et forces de l'ONU, selon l’UPC

Selon des témoins contactés par téléphone, une manifestation s’est déroulée à Bunia, le chef-lieu de la région de l’Ituri, par des membres de l’ethnie Hema qui s’opposaient aux perquisitions. Les militaires onusiens ont tiré en l'air pour disperser les manifestants, selon les mêmes sources.

Selon des responsables de l'UPC, six personnes seraient mortes à l’occasion de ces incidents. "On a dénombré six morts après ces tirs, mais le nombre peut augmenter au fil des recherches," a affirmé John Tinanzabo, le secrétaire général de l'UPC à Kinshasa.

"La population protestait contre la perquisition opérée par la MONUC au quartier général de l'UPC, le groupe armé Hema," a indiqué depuis Bunia Christian Lukusa, un militant des droits de l'Homme.

Thomas Lubanga, le leader de l'UPC, a affirmé depuis Kinshasa : "La MONUC a arrêté le chef d'état major-général de mon mouvement, les 10 gardes du corps qui assuraient la sécurité dans ma résidence, les membres de ma famille et tous ceux qu'ils ont trouvés. La population ne pouvait laisser faire ça."

Selon Lukusa, les manifestants, parmi lesquels des enfants de moins de 10 ans, jetaient des pierres et des bâtons en direction des soldats des Nations Unies.

Des combattants de l'UPC ont tiré sur nos militaires - la MONUC

Le porte-parole de la MONUC a, pour sa part, contesté les faits et le bilan avancés par l'UPC.

"Les combattants de l'UPC ont tiré sur nos militaires à l'occasion de l'opération Bunia sans armes. Nous avons été obligés de riposter. Il n'y a pas eu de morts mais des blessés et nous n'avons pas de bilan définitif," a-t-il déclaré. Le communiqué de presse de la MONUC du 16 septembre fait état d'une dizaine de blessés.

A l'occasion de l'opération "Bunia sans Armes", la MONUC a procédé à l'arrestation d'une centaine de personnes au cours des 24 dernières heures, parmi lesquelles le chef d'état major de l'UPC, Floribert Kisembo, et le chef de la sécurité et de l'intelligence militaire, Rafiki Saba, a indiqué la MONUC.

La MONUC fait encore état d'au moins deux miliciens touchés mardi matin. Un camion transportant des miliciens armés en direction d’un poste de contrôle, avait été repéré par un hélicoptère de combat de la MONUC. "Les soldats de la Brigade Ituri ont tiré sur les miliciens qui pointaient leurs armes sur leur appareil," a expliqué la MONUC.

Mandat renforcé

La brigade Ituri, le nom de la force onusienne dans cette région, a été déployée en Ituri pour succéder à la force multinationale intérimaire d'urgence depuis le premier septembre. Elle bénéficie d'un mandat renforcé : en vertu de la résolution 1493 adoptée par le Conseil de sécurité le 28 juillet 2003, les 2.400 soldats de cette force ont reçu l'autorisation de recourir à la force pour protéger les populations civiles et le personnel humanitaire.

Les combats inter-ethniques déchirent cette partie de la RDC, riche en minerais depuis des décennies. Des groupes armés affiliés aux deux ethnies rivales, les Lendu et les Hema, y continuent de se battre malgré l'installation d'un gouvernement et d'institutions transitoires dans le but de mettre fin à plus de quatre années de guerre.

Les affrontements ont provoqué quelque 50.000 morts et plus de 500.000 déplacés internes.

09 / 12 / 2003 

IRIN

"MSF dénonce la situation humanitaire au Nord-Katanga"

Médecins sans Frontières (MSF) a lancé un appel, jeudi dernier, pour une intervention humanitaire de plus grande ampleur au Nord-Katanga, dans le Sud-Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Des civils en manque de soins continuent, en effet, à souffrir des conséquences des affrontements, a expliqué l'ONG.

"Bien que la partie dite gouvernementale du Nord-Katanga [...] soit considérée comme pacifiée depuis quatre ans, les populations civiles subissent des attaques extrêmement violentes et pâtissent d'une aide très insuffisante," a indiqué le communiqué.

MSF a évoqué de nombreux exemples de pillages, des villages incendiés et de personnes battues et tuées par des groupes armés. Des dizaines de milliers de personnes, a poursuivi MSF, ont été obligées de fuir vers d'autres zones, souvent inaccessibles au personnel humanitaire en raison des combats. L'ONG a, par ailleurs, prévenu que ce manque d'accès risque d'engendrer des conséquences catastrophiques, notamment si l’épidémie de choléra devait s’enflammer à nouveau.

Parmi d'autres territoires MSF a cité Malemba Nkulu, Kikondja, Kitenge, Mukubu et Mukanga comme étant des zones particulièrement touchées par les combats.

"Il est grand temps que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités face à la population congolaise délaissée du Nord-Katanga," a déclaré MSF.

L'ONG a encore demandé aux agences des Nations Unies et aux organismes d'aide de s'impliquer une nouvelle fois dans cette région.

09 / 10 / 2003 

IRIN

"Interview avec Marcel Munga, leader du mouvement politique Mayi-Mayi"

Padiri Bulenda, un des principaux responsables de la milice traditionnelle Mayi-Mayi, a été promu général-major le 20 août dernier. Il commande également une région militaire de l’armée unifiée de la République Démocratique du Congo (RDC).

Après avoir prêté serment, vendredi dernier, pour accéder à ses fonctions, il a délégué la direction de son mouvement à son ancien chef d’état-major particulier, Marcel Munga. Ce dernier a accordé une interview à IRIN, vendredi dernier. Marcel Munga explique la mutation d'une milice en un mouvement politique qui fait désormais partie du gouvernement d'union nationale avec tous les anciens belligérants, l'opposition non armée et la société civile.

QUESTION: Le général Padiri Bulenda vous a présenté comme le nouveau responsable politique du mouvement Mayi-Mayi. Comment envisagez-vous l'évolution de votre mouvement?

REPONSE: Nous menions une lutte armée. Nous avions un mouvement politico-militaire. Désormais, nous nous organisons en mouvement politique avec un projet de société pour transformer la nation congolaise.

L'installation de l’état-major général et du commandement de l’armée signifie pour nous la réunification du pays, la voie vers la paix, la concrétisation de la souveraineté nationale et la mise devant leurs responsabilités de certaines autorités.

Q: Le général Padiri a toujours été présenté comme le leader des Mayi-Mayi. Qu'adviendra-t-il maintenant qu'il a été nommé général-major et commandant d’une des régions militaires au sein de l’armée unifiée?

R: Le général Padiri est le chef charismatique des Mayi-Mayi. Pour le moment, nous organisons les Mayi-Mayi en un mouvement politique qui pourra avoir des aspirations et une expression à faire valoir au sein de la nation congolaise. Les Mayi-Mayi restent un seul mouvement. C’est ailleurs ou en occident qu’on a une mauvaise image de nous. Une image qui nous présente comme des groupuscules armés. Mais nous savons, nous, que dans la pratique les Mayi-Mayi sont unis.

Q: Votre participation au sein des institutions de la transition signifie-t-elle pour vous la fin de la lutte armée?

R: Des éléments sont intégrés dans les forces armées de la RDC. D’autres seront incorporés dans la police nationale et bien d’autres peuvent être démobilisés. Il revient maintenant au gouvernement de prendre ses dispositions pour gérer tous ces éléments.

Q: De combien d’éléments disposez-vous?

R: D’habitude, nous ne divulguons pas les chiffres exacts des effectifs militaires pour des raisons stratégiques. Mais nous sommes quand même quelques dizaines des milliers.

Q: Vous luttiez contre l’occupation rwandaise en territoire congolais. Vous vous battiez également contre le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), un allié du Rwanda. Quels sont aujourd'hui vos rapports avec le RCD-Goma maintenant que vous faites tous parties des institutions de la transition et du gouvernement d’union nationale?

R: Quels rapports pouvons-nous avoir particulièrement avec le RCD? Le RCD est devenu un mouvement politique. Les éléments ayant appartenu au RCD ont intégré l’armée nationale comme les troupes de toutes les autres composantes. Les éléments Mayi-Mayi et ceux du RCD-Goma constituent maintenant un seul corps.

Q: Pourtant des combats continuent entre vos deux camps dans la province du Sud-Kivu. Comment allez-vous réaliser cette symbiose sur le terrain?

R: Je pense que l’on doit établir les responsabilités en déterminant ceux qui combattent encore. Les autorités militaires provenant du RCD-Goma sont nombreuses. Elles participent au commandement, c’est à eux de prendre leurs dispositions en tant que responsables et de savoir qui livre les attaques et de réagir en conséquence.

Les officiers de l’état-major général et du commandement de l’armée ont prêté serment. Ils connaissent les responsabilités qui sont les leurs. Ils doivent maintenant s’affirmer sur le terrain. La RDC est un état qui doit sauvegarder son intégrité nationale.

Q: Quelle est actuellement la situation sur le terrain?

R: Des combats nous ont été signalés vers Bunyakiri et dans d’autres lieux. Les autorités militaires sur le terrain doivent éclairer le gouvernement sur la situation. Lorsque des combats éclatent, les responsabilités des belligérants doivent être établies. Les éléments du RCD-Goma sur le terrain doivent toutefois essayer d’être transparents et de dire exactement si des troupes rwandaises sont présentes. Car, les militaires rwandais n’ont jamais quitté en totalité le territoire congolais.

Q: Savez-vous où sont localisées les troupes rwandaises? Combien sont-elles?

R: Ce n’est pas à moi de le savoir. Nous, nous combattions et observions la présence des militaires rwandais. Nous ne connaissons pas leur nombre. Ils sont très nombreux là-bas, c’est tout.

Q: Disposez-vous de preuves pour étayer une telle affirmation?

R: C’est un secret de polichinelle. Les déploiements ne peuvent pas passer inaperçus et ce, quelles que soient les précautions prises. Je pense que la MONUC parviendra à rétablir les responsabilités des uns et des autres. Ce sont eux [la MONUC] qui surveillent ce qui se passe sur le terrain.

Q: Vous attendez que le RCD-Goma ordonne à ses troupes d’arrêter les combats. Pourtant, le RCD-Goma, de son coté, vous accuse aussi d’attaquer. Avez-vous déjà ordonné à vos troupes de stopper les hostilités? Peut-on affirmer que ceux qui se battent encore échappent à votre contrôle ?

R: Les Mayi-Mayi n’ont jamais attaqué. Ils ont fait l'objet d'attaques et se sont défendus. C'est de la légitime défense.

Q: Beaucoup d'autres groupes armés sont apparentés aux Mayi-Mayi, tout en restant distincts de votre mouvement. Le général Padiri représente peut-être uniquement les Mayi-Mayi, mais on peut également lister les Mudundu 40, les Mayi-Mayi du Nord-Katanga que l’on accuse d’être cannibales et le groupe de Patrick Masunzu et d’autres encore. Quelles sont les relations entre ces différents groupes d’autodéfense ? Se sentent-ils représentés par vous au sein du gouvernement ou de l’armée ?

R: Les Mayi-Mayi sont un seul et même mouvement. Mais pour les Mayi-Mayi du Nord-Katanga, nous devons essayer de les aider à comprendre l’importance de ce qu’ils doivent faire comme devoir pour la nation congolaise. Nous apprenons que des exactions sont commises. Nous devons fournir des efforts pour les aider à quitter ces aspects négatifs. Concernant les autres groupes, je pense que nous ne devons pas parler de groupes. Les Mudundu 40, par exemple, sont des enfants égarés, mais qui sont rentrés au bercail. Avant que nous ne venions ici, au mois de mai, Odilo, le chef des Mudundu 40, est venu nous rencontrer et se rallier avec tous ses éléments. Et, nous l’avons laissé à Lolingo. A Fizi, il y a d’autres Mayi-Mayi avec lesquels nous entretenons de bonnes relations. Il n’y a pas de problème pour les Mayi-Mayi.

Q: Et, avec Masunzu?

R: Nous devons travailler étroitement avec toutes personnes capables de ramener la paix en RDC. Quelqu’un qui est en arme et qui est à vos cotés... Je pense que ce n’est pas le moment de régler tel ou tel problème.

Q: Vous aviez l'appui de l’ancien gouvernement dont vous étiez l'allié. Maintenant qu'un gouvernement d'union nationale a été formé, qui sera votre soutien? Joseph Kabila vous soutiendrait-il si vous deviez continuer à vous battre?

R: Nous soutenions Laurent-Désiré Kabila depuis longtemps. Jusqu'à sa mort, nous l'avions soutenu parce qu'il partageait notre politique nationaliste. Son fils s'inscrit également dans la même ligne. Nous n'avons en revanche jamais reçu aucune aide du gouvernement. C’est par principe que nous l'avons aidé.

Q: On vous accusait parfois d'organiser des blocus à l’encontre des activités de la population en dehors des zones que vous contrôliez. Selon la MONUC, vous aviez aussi empêché l’accès de l’assistance humanitaire à Kindu et à Bukavu. Comment réagissez-vous à ces accusations? Que faites-vous pour améliorer l’accès de la population à l’assistance humanitaire?

R: C’est vous qui me dites ça. Moi, je pense que notre population a été sinistrée durant cinq ou six années. Nous avons toujours invité le personnel humanitaire à venir secourir nos populations. C’est le RCD qui empêchait l’accès à nos populations.

Comment pouvions-nous empêcher l’atterrissage des avions humanitaires à Shabunda, lorsque nous étions là-bas, alors que nous étions dans le besoin. Posez la question à Médecins Sans Frontières ou à Action contre la Faim, ils vous témoigneront de l'attitude et du climat de collaboration que nous avions avec eux. Ils avaient regretté que nous abandonnions le terrain.

Q: On vous accuse parfois aussi de piller, de violer et d'incendier des villages entiers.

R: Si on nous accuse, c’est parce que nous sommes des sans voix. Même le RCD n’a pas d’éléments aussi disciplinés que les Mayi-Mayi. Vous êtes maintenant chez nous, avez-vous constaté un élément indiscipliné?

Q: Le RCD-Goma vous a toujours accusé de complicité avec les ex-Far et Interahamwe [les combattants de l’ancienne armée rwandaise et les miliciens accusés du génocide rwandais en 1994]. Le processus de désarmement, démobilisation, rapatriement, réinsertion et réintégration (DDRRR) doit être renforcé. Que deviendront alors vos rapports avec les Interahamwe et ex-Far?

R: Vous parlez d’Interahamwe. Qui est Interahamwe? Nous, dans l’entité d’où nous venons, il y a des réfugiés rwandais. C’est nous qui avions initié le projet DDRRR avec la MONUC. C'est nous aussi qui les avions mis en oeuvre. Un groupe est parti de Bukavu vers le Rwanda. Toute la presse était à Ruzizi pour ce grand départ. Mais par la suite, qui a empêché ce DDRRR de continuer? N’est-ce pas que c’est l’Armée patriotique rwandaise (APR) et le RCD-Goma? Je pense que le fait d’être accusé découle de ce que nous n’avions pas les médias de notre coté.

Q: Des rapports d'ONG font état de tueries. L’ONG Héritiers de la justice a dénoncé récemment des recrutements d’enfants soldats, notamment à Idjwi. Quelles sont vos réactions à ces accusations?

R: Même dans l'hypothèse d'une réconciliation nationale et d'un pardon, il demeure des faits qui ont été commis par des personnes bien connues. Je pense que les auteurs de crimes ne doivent pas rester impunis. Pour les Mayi-Mayi, pouvez-vous nous donner des preuves sur ce que nous avons fait? Nous contrôlions très bien nos troupes, mais nous avons manqué de journalistes comme vous pour couvrir nos faits et gestes, là où nous étions.

De toute façon, le rapport concerne Héritiers de la justice et le RCD-Goma. C’est à eux de tirer les conclusions. Le gouvernement d’union nationale a des responsables qui doivent s’occuper de la sécurité des populations et de leurs biens.

Q: Que deviendront alors les enfants soldats présents dans vos rangs? Pensez-vous les démobiliser?

R: C’est une question à laquelle nous pensons depuis longtemps. Chez nous, il n’y a pas d’enfants soldats. S’il y en a, le nombre est minime. Peut-être une dizaine seulement.

Je crois que nous n’avons pas de soldats à démobiliser. Nous attendons leur intégration [dans l'armée unifiée] et que le gouvernement prenne ses responsabilités. Avant de venir à Kinshasa, nous avions pris toutes les précautions, il n’y a rien que nous puissions nous reprocher.

Q: Une légende fait passer les Mayi-Mayi pour les gris-gris ou une puissance mystico-magique. Qu’en est-t-il?

R: Vous savez, dans chaque troupe, dans chaque corps d’armée, il y a des techniques. Si on doit parler d’invulnérabilité, ce sont des techniques, des tactiques de combats que nous ne sommes pas obligés de dévoiler sur la place publique. Nous ne sommes pas des féticheurs, nous sommes chrétiens.

Q: Le problème des nationalités aux frontières de l’Est du pays est récurrent. Certaines souches, qualifiées de rwandaises, d'ougandaises et de burundaises ne sont pas acceptées par d’autres en raison de leurs phénotypes. De quelle manière cette question peut-elle être solutionnée?

R: Je pense que toutes ces questions relèvent de l’administration. Ce sont des questions administratives qui ne concernent pas tout le monde. Le parlement doit se prononcer.

Q: Etes-vous prêts à accepter les Banyamulenge comme Congolais?

R: Ce n’est pas à moi de les accepter. La nation congolaise a ses lois. Et les lois en matière de naturalisation sont claires. Ce n’est pas à nous de les clarifier. Un parlement a été installé, c'est à lui de décider.

"La loi d'amnistie est un frein à la réconciliation, estime une ONG"

L'ONG de défense des droits de l'Homme, l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), a estimé que la nouvelle loi d’amnistie en République du Congo n’est pas de nature à consolider le processus de réconciliation, a-t-elle indiqué dans sa revue jeudi dernier à Brazzaville, la capitale.

L’assemblée nationale congolaise avait approuvé le 30 août dernier une loi d’amnistie couvrant les faits de guerre commis au Congo par les miliciens Ninjas dans la région du Pool. Le texte avait également été adopté par le sénat à l'unanimité.

Pour l'OCDH "cette amnistie est sélective. Les principaux leaders de l’opposition en exil en sont exclus. Or, la réconciliation concerne d’abord les protagonistes du conflit congolais, à savoir l’actuel président de la République, son prédécesseur Pascal Lissouba et ses anciens premiers ministres, Yhombi Opango et Bernard Kolélas. C’est par eux que la guerre est venue, c’est par eux qu’il va falloir l’enterrer."

L'ONG pense aussi que la loi actuelle visant officiellement les Ninjas, n’est que le paravent nécessaire à l'amnistie en pratique des crimes commis par la force publique et ses supplétifs cobras et autres dans le département du Pool.

Cette loi, selon l'OCDH, entend encore couvrir par l’impunité les atteintes aux droits de l’Homme et les violations flagrantes des conventions et principes relatifs au droit international humanitaire, régissant les combattants en temps de guerre.

Le 6 septembre dernier, les partis politiques de l’opposition avaient, au cours d’un meeting populaire, demandé au pouvoir de s’inspirer de l’exemple de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette dernière avait, en effet, organisé un dialogue national sous forme de table-ronde pour faciliter le retour de tous les exilés.

Ils ont, dans ces conditions, annoncé leur objectif de proposer à l’assemblée nationale une loi d’amnistie prenant en compte tous les exilés, notamment ceux condamnés par la justice.

"Le gouvernement a procédé à la destruction de 1870 mines antipersonnel"

Le gouvernement de la République du Congo a procédé, ce mercredi, à la destruction de 1.870 mines antipersonnel à Pointe-Noire, la capitale économique du pays.

Mardi dernier, 3.350 autres mines avaient été détruites au polygone de tir de Djiri, à 23 km au nord de Brazzaville, la capitale, avait constaté IRIN.

"372 mines [ont été] conservées à des fins de formation du personnel aux techniques de détection, de déminage et de destruction," avait précisé Léonce Nkabi, le chef du projet pour les mines antipersonnel.

Jacques Yvon Ndolou, ministre délégué à la présidence de la République, chargé de la défense nationale, a salué à cette occasion, les efforts fournis par le gouvernement canadien en matière de lutte pour l'éradication totale des mines antipersonnel sur la planète et l'assistance particulière du Canada au Congo dans ce domaine.

Il a, par ailleurs, souhaité que le Canada s'investisse prochainement dans l'évaluation de l'étendue de la zone minée dans le sud-est du Congo, au niveau de la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC) et l'Angola.

"Nous nous réjouissons de l'action accomplie ici et nous encouragerons les Etats partis à la convention d'Ottawa à se débarrasser de ces engins de la mort que sont les mines antipersonnel," a déclaré Yvon Boutillette, chargé d'affaires à l'ambassade du Canada à Kinshasa.

La RDC et la République du Congo s'étaient engagées, à l'issue d'un atelier pour la mise en œuvre de la convention d'Ottawa, les 7 et 8 mai dernier à Brazzaville, à détruire toutes les mines antipersonnel en leur possession.

Après l'inventaire des stocks de mines au Congo en février 2002 avec l'aide du Centre de déminage humanitaire de Genève, un programme de destruction avait été élaboré et soumis aux bailleurs de fonds.

Le gouvernement canadien, parrain du processus d'Ottawa, a accepté de financer en partie cette destruction. Cette première étape est le début d'un vaste programme de lutte contre les mines. La prochaine opération consistera dans la reconnaissance de la zone de Kimongo, dans le département du Niari.

Les instruments d'adhésion au traité d'Ottawa avaient été signés par le président de la République, Denis Sassou Nguesso, et envoyés à Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations Unies, le 3 avril 2001. L'adhésion du Congo au traité devenait définitive six mois après, le 4 novembre 2001.

"Trois officiers du RCD-Goma ont été déférés devant la Haute Cour Militaire"

Trois officiers supérieurs issus du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) ont été déférés devant la Haute Cour Militaire de la République Démocratique du Congo (RDC) pour avoir refusé de participer à l'installation, vendredi dernier, de l'état-major général et du commandement de l'armée unifiée, a annoncé mardi le lieutenant général Liwanga Mata, le chef d'état major-général de l'armée.

Le général de Brigade Laurent Nkunda, les colonels Elie Gichondo et Erick Ruhorimbere, nommés respectivement commandant et commandants adjoints des régions militaires, seront ainsi traduits devant la Haute Cour Militaire "pour indiscipline et refus d'ordre", a précisé Liwanga Mata.

Le lieutenant général Liwanga a, par ailleurs, insisté sur la discipline qui régnera désormais dans la nouvelle armée.

Le RCD-Goma n'a pas encore officiellement réagi. Le porte-parole de l'armée, le colonel Léon Kasonga, a pour sa part demandé aux autres membres de l'état-major de l'armée unifiée de ne pas "pactiser avec les trois officiers".

Le commandement de l'armée est constitué des officiers issus de l'ancienne armée gouvernementale, des anciens mouvements rebelles dont le RCD-Goma, le Mouvement de libération du Congo, le RCD-Kisangani/Mouvement de Libération, le RCD-National et la milice Mayi-Mayi.

"Nous ne savons ce qu'ils sont restés faire à Goma. Ils ne sont pas exclus de l'armée. Nous constatons logiquement qu'ils ont continué des activités de rébellion par rapport à l'ordre établi," a déclaré le colonel Kasonga.

Concernant les débats sur le nom à attribuer à l'armée, le lieutenant-général Liwanga a affirmé que "le débat est clos".
"L'armée s'appellera Forces Armées Congolaises", en précisant que "le débat que nos frères les civils font ne nous intéressent pas. L'armée est apolitique".

Un débat persistait, en effet, sur l'appellation de l'armée malgré l'installation de l'état-major. Les anciens rebelles, notamment ceux du RCD-Goma, s'opposaient au nom Forces Armées Congolaises, l'ancienne dénomination de l'armée sous les régimes de Kabila père et fils.

"Nous sommes des légalistes. Nous nous en tenons à l'appellation Forces Armées de la République Démocratique du Congo comme le prévoit la Constitution de la transition en attendant une appellation définitive," avait déclaré Lola Kisanga, porte-parole du RCD-Goma.

Laurent Nkunda avait été, par ailleurs, cité dans le massacre de Kisangani en 2002. La semaine dernière, Bora Uzima, un autre officier du RCD-Goma, avait vu sa candidature, au commandement de l'état-major, refusée par l’ancien gouvernement. Bora avait, en effet, été condamné à mort lors du procès de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, l'ancien président de la RDC, abattu en janvier 2001 par un de ses gardes du corps. Il avait été arrêté à Kisangani pour avoir fomenté une mutinerie à la suite de son éviction. Il a été ensuite transféré à Goma avant d'être remis en liberté.

Antoanella-Iulia Motoc, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits de l'Homme en RDC ainsi que les ONG des droits de l'Homme avaient dénoncé leur nomination et exigé leur remplacement.

"Interview avec Antoanella-Iulia Motoc, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits de l'Homme"

Antoanella-Iulia Motoc, la rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits de l’Homme en République Démocratique du Congo (RDC), a achevé samedi dernier une mission de 10 jours sur le territoire congolais. Elle s'est rendue à Kinshasa, la capitale, à Bunia et à Bukavu dans le Nord-Est et l'Est du pays.

Antoanella-Iulia Motoc, une Roumaine, a été nommée rapporteuse spéciale en décembre 2001. Elle a remplacé Roberto Garreton qui avait démissionné le 17 octobre en raison de ses nouvelles responsabilités en tant que conseiller des droits de l'Homme au sein de la Commission Economique pour l'Amérique Latine et des Caraïbes.

Antoanella-Iulia Motoc est avocate et professeur. Elle a travaillé depuis 1996 au sein de la sous-commission des Nations Unies pour la promotion et la protection des droits de l'Homme avant de présider l'institution de 2000 à 2001.

IRIN a eu l'opportunité de s'entretenir avec Antoanella-Iulia Motoc à la fin de sa mission.

QUESTION: Vous venez d’effectuer une mission de plus d’une semaine en RDC. Que retenez-vous de votre visite?

REPONSE: C’est la troisième visite que j’effectue en RDC en tant que rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les droits de l’Homme. Les violations massives des droits de l’Homme, perpétrées en Ituri et dans l’Est du pays étaient au centre de cette visite. Il convient de mettre fin à toutes ces atrocités, de rendre justice aux victimes et de réconcilier les populations locales qui vivaient en bon voisinage depuis très longtemps.

Q: Quels sont les sujets que vous avez abordés avec les autorités congolaises lors de vos rencontres?

R: Nous avons abordé avec les autorités congolaises les questions des violations des droits de l’Homme mais surtout celles de l’impunité. Je leur ai fait savoir mon désaccord concernant la nomination de personnes, impliquées dans certains crimes ou violations des droits de l'Homme, au sein des institutions transitoires; comme cela c'est produit dernièrement ! Je leur ai répété ce que j’avais mentionné dans un rapport que j’ai remis au parlement de la transition et à la commission des droits de l’Homme. Les noms de Tango Fort [alias Gabriel Amisi] et de Laurent Nkunda sont cités.(1)

Des institutions sont actuellement impliquées dans le processus démocratique, au nombre desquelles se retrouvent l’Observatoire national des droits de l'Homme et la Commission vérité et réconciliation.(2)

J’estime que ces institutions doivent protéger les lois et que les personnes nommées dans ces commissions doivent être des personnes crédibles. Je souhaite que ces institutions soient indépendantes.

Nous avons également évoqué la Cour d'ordre militaire et le procès de l’assassinat de l'ancien président de la RDC, Laurent-Désiré Kabila. J’ai visité les détenus le dernier jour de mon séjour dans le pays. Ma conclusion est que les détenus de ce procès doivent bénéficier des mêmes conditions de détention que tous les autres. J’ai enfin demandé aux autorités congolaises de réviser ce procès. Une commission, chargée d'étudier la question, a été créée m'ont affirmé les autorités congolaises.

Q: Vous souhaitez voir les violations massives des droits de l’Homme s’arrêter notamment en Ituri et dans l'Est de la RDC. Que préconisez-vous concrètement pour stopper cette situation qui perdure, malgré les efforts de la communauté internationale ?

R: Il faut tout d'abord mettre fin aux conflits entre les différents groupes. Tous les miliciens doivent cesser d’agir contre la population civile et respecter leurs droits humains. Il faut ensuite que le travail de réconciliation commence et que la justice soit réinstaurée.
Cette justice doit être indépendante et impartiale. Les auteurs d'infractions doivent être traduits en justice et condamnés.

Les exécutions extrajudiciaires, perpétrées dans le Sud-Kivu et même dans l’Est du pays, doivent cesser. La liberté d’expression, la liberté de la presse, les droits de partis politiques, le droit à la défense doivent être respectés sur l'ensemble du territoire national.

On doit achever le processus de démobilisation des enfants soldats, conformément au protocole international sur les droits de l’enfant que la RDC a signé. J’ai proposé également que les pratiques appliquées aux enfants dits "sorciers", cessent.

Les droits des personnes déplacées doivent être respectés et leur retour doit être organisé dans les meilleures conditions. Dans ce prolongement, il convient aussi de respecter les droits des peuples autochtones comme les pygmées.

J’ai également demandé la révision des procès de Gbadolite et de Kisangani par des cours indépendantes et impartiales.(3)

Les coupables doivent être jugés par une justice civile. La peine de mort doit être abolie. Les autorités de la RDC doivent revenir au moratoire sur la peine de mort. Elles m’ont d'ailleurs assurée que la Commission des droits de l’Homme étudiait la question.

Q: Parmi les institutions d’appui à la démocratie, vous citez la Commission vérité et réconciliation et vous évoquez la nécessaire réconciliation des populations. Cela signifie-t-il que les crimes commis durant plus de quatre années de guerre doivent être amnistiés?

R: La Commission vérité et réconciliation doit répondre à toutes les conditions pour remplir correctement sa mission. L'amnistie ne devra cependant pas concerner les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité qui sont imprescriptibles. Les coupables de tels crimes devront être jugés et punis.

Q: Pensez-vous qu’il faille créer un tribunal international pour les crimes commis en RDC comme au Rwanda ou en ex-Yougoslavie?

R: A partir de juillet 2002, la Cour Pénale Internationale [CPI] est entrée en fonction. Elle a affirmé que les violations des droits commises en RDC depuis 2002 seraient sa priorité. La CPI a demandé au Haut Commissariat des droits de l’Homme des Nations Unies et à la MONUC [la Mission des Nations Unies en RDC] de réunir et de lui fournir les éléments sur les violations du droit humanitaire international et des droits de l'Homme. Plus de trois millions de personnes sont mortes.

Q: Quels sont les efforts entrepris aujourd'hui pour restaurer l'appareil judiciaire en RDC?

R: C’est là un projet de l’Union européenne. J’en ai parlé avec le représentant. Des initiatives ont déjà été engagées, notamment avec la France à Bunia. Mais la Belgique et d’autres partenaires interviennent aussi dans le domaine de la justice. La prison de Bunia a été reconstruite et nous sommes en train de convaincre les juges de revenir à Bunia car ils avaient fui.

NOTES:

(1) Ces deux officiers du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), un ancien mouvement rebelle, ont été récemment nommés au commandement de l'armée unifiée de la RDC, malgré leur implication dans des violations des droits de l'Homme.

(2) Le dialogue inter-congolais, à l’occasion des discussions sur le partage du pouvoir, avait décidé de créer cinq institutions d’appui à la démocratie: la Commission nationale des élections, la Commission vérité et réconciliation, la Haute autorité des médias, l’Observatoire national des droits de l’Homme et la Commission d’éthique et de lutte contre la corruption.

(3) Le procès de Gbadolite avait été initié par Jean-Pierre Bemba, le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC), au début de cette année à la suite d'accusations concernant des actes de cannibalisme attribués aux membres du MLC à Komanda, en Ituri dans le Nord-Est de la RDC. Le RCD-Goma avait fait de même, en organisant un procès après les massacres à Kisangani.

 

09 / 11 / 2003 

IRIN

"Les Mayi-Mayi et le RCD-Goma entament un processus de réconciliation dans le Sud-Kivu"

La milice traditionnelle Mayi-Mayi et le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) ont entamé mardi dernier un processus de réconciliation dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC), a indiqué mercredi la Monuc, la mission des Nations Unies en RDC. La rencontre s'est deroulée à Burale, une localité à 60 km au sud-est de Bukavu dans la province du Sud-Kivu.

Marcel Munga, le nouveau chef politique des Mayi-Mayi, a confirmé la rencontre, en précisant qu'une mission conjointe d'experts militaires des deux parties est venue sur terrain dans le but de parvenir à une réconciliation.

"C'est dans l'esprit de réconciliation qui caractérise l'état-major général de l'armée intégrée que ce contact entre militaires a été décidé afin de cesser les hostilités," a déclaré Marcel Munga.

La troisième brigade des Mayi-Mayi et la dixième brigade du RCD-Goma qui occupaient chacun une partie du territoire de Walungu se sont ainsi rencontrées, a annoncé pour sa part la radio Okapi de la MONUC. L'ordre de la rencontre émanait du général-major Sylvain Buki, issu du RCD-Goma et chef d'état-major de la force terrestre, et de Padiri Bulenda, commandant d'une région militaire et ancien leader des Mayi-Mayi, a encore précisé la radio Okapi.

Cette commission mixte comporte six militaires des deux camps.

"Elle est chargée d’assurer la police entre les deux forces en attendant la fusion des différentes factions," a expliqué la MONUC.

Les Mayi-Mayi et le RCD-Goma se battent en effet encore dans l'Est de la RDC, malgré leur participation au sein du gouvernement d'union nationale, depuis le 30 juin, et des institutions de la transition.

Les Mayi-Mayi ont toujours lutté contre l'occupation du territoire congolais par le Rwanda et l'Ouganda, et aussi contre le RCD-Goma, l'allié du Rwanda.

Concernant le nouveau processus de réconciliation, Marcel Munga a, néanmoins, émis des réserves.

"Le processus est engagé, mais il faut voir la matérialisation, la concrétisation de tout cela. Il faut attendre l'intégration [dans l'armée unifiée]. Celle-ci doit commencer dans les esprits de chacun," a-t-il dit.

09 / 09 / 2003 

IRIN

"La Brigade Ituri a effectué une mission à Fataki"

La Brigade Ituri de la Monuc, la mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (RDC), a effectué une opération à Fataki, à 85 km au nord-est de Bunia, le chef-lieu de l'Ituri, a rapporté lundi un communiqué de la Monuc.

Trois hélicoptères MI-17, protégés par deux hélicoptères d'attaque MI-25 ont déposé dans cette localité 25 soldats commandos bangladais, du personnel du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) et des fonctionnaires des sections civiles de la Monuc, a précisé le communiqué.

Près de 800 personnes, cachées dans les forêts environnantes, ont alors accouru vers Fataki où les habitations traditionnelles ont été entièrement détruites. Selon les témoignages des populations locales rapportés par le communiqué, la localité de Fataki a été la cible de plusieurs attaques notamment le 19 juillet, le 31 juillet et le 5 août. Elles ont été attribuées aux Forces Armées Populaires du Congo (FAPC) et au Front des Nationalistes et Intégrationnistes (FNI), selon les témoignages recueillis sur place par la Monuc. Au moins 140 personnes auraient été assassinées et déjà enterrées d'après les dires de la population.

Le communiqué relate encore des témoignages d'après lesquels des habitants de Fataki ont été conduits de force à Livo, Ali, Aru, Kpakala, Kwandroma pour y subir un travail forcé. Des femmes feraient, par ailleurs, l'objet d'exploitation sexuelle. Pour l'heure néanmoins, seuls des témoignages de personnes échappées de Livo ont pu être entendus, a précisé le communiqué.

A l'occasion de cette opération la Monuc a acheminé des médicaments de première nécessité, des bâches et des cartons de biscuits qui ont été distribués par l'UNICEF. La mission a aussi permis de restaurer la confiance au sein de la population et d'évaluer la sécurité dans la zone avant le déploiement prochain de la Brigade Ituri.

09 / 08 / 2003 

IRIN

"Joseph Kabila parachève la formation du gouvernement d'unité nationale"

Le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a nommé samedi le dernier ministre et les deux derniers vice-ministres du gouvernement d’union nationale.

Par décret présidentiel, Pierrette Gene a été désignée ministre de la culture. Ferdinand Chimanuka, a été nommé vice-ministre à la fonction publique et Masika Yalala, vice-ministre à l’éducation primaire, professionnelle et secondaire.

Ces ultimes nominations mettent un point final aux spéculations auxquelles se livrait la presse congolaise. Cette dernière citait notamment, Nzanga, l’un des fils de l'ancien président du Zaïre Sese Seko Mobutu, comme un prétendant au poste de ministre de la culture, au nom de la réconciliation. Parmi les ministrables les rumeurs annonçaient également Thomas Lubanga, le leader de l’Union des patriotes congolais (UPC), le principal mouvement armé de l’Ituri, dans le Nord-Est de la RDC.

Ces trois nominations viennent parachever la formation du gouvernement d'union nationale tel que prévu par la constitution de la transition et l’accord global. Aucune raison n’a, cependant, été avancée pour expliquer cette nomination tardive. Elle a eu lieu plus de deux mois après l'installation du gouvernement de transition, le 30 juin dernier.

Le gouvernement d’union nationale est désormais composé de 36 ministres et de 24 vice-ministres. Il est présidé par le président Joseph Kabila. La période transitoire s'achèvera dans deux ans par l'organisation d'élections générales en RDC.

09 / 05 / 2003 

IRIN

"L’état-major général de l’armée unifiée a été installé"

L’état-major général et le commandement de l’armée congolaise unifiée de la République Démocratique du Congo (RDC) ont été installés, ce vendredi, à Kinshasa alors qu’un débat persiste concernant le nom de cette armée.

Une trentaine d’officiers, issus des différentes parties belligérantes et nommés aux postes de commandement de l’état-major général des différentes forces de l’armée et des régions militaires, ont prêté serment devant le président Joseph Kabila, les quatre vice-présidents, les membres du gouvernement et des institutions de la transition.

Ils ont juré fidélité à la RDC, obéissance au président de la République, respect aux institutions et aux lois du pays ainsi qu'au règlement militaire.

Ils ont, également promis de n’entreprendre aucune activité militaire non autorisée.

La cérémonie, initialement prévue lundi dernier, a été reportée en raison de la difficulté à attribuer un nom à cette armée unifiée. Elle regroupe les différentes factions armées issues de l’ancien gouvernement, du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), du Mouvement de libération du Congo (MLC), du RCD-Kisangani/ML, du RCD-National et de la milice traditionnelle Mayi-Mayi.

Le serment faisait plutôt allusion aux "Forces armées de la République Démocratique du Congo".

Le RCD-Goma s'opposait à la dénomination "Forces Armées Congolaises" qui était utilisée sous l'ancien gouvernement. Le porte-parole du RCD-Goma, Jean-Pierre Lola Kisanga a néanmoins affirmé que le Conseil de défense continuera les débats en vue de trouver un nom à la future armée.

Dans le cadre des discussions au sein du dialogue inter-congolais, les différents belligérants se sont répartis les postes de commandement de l’armée unifiée.

Le lieutenant-général Liwanga Mata, issu de l’ancienne armée gouvernementale, est le chef de l’état-major général de l’armée. Il est secondé par quatre adjoints, issus de l’ancien gouvernement, du RCD-Goma et du MLC, les deux principaux anciens mouvements rebelles et du RCD-Kisangani/Mouvement de libération, un autre ancien mouvement rebelle.

Dans cette répartition, le général-major Sylvain Buki du RCD-Goma commande la force terrestre. Son homologue, le général-major Amuli Bahigwa du MLC, est le chef d’état-major de la force navale, alors que le général John Numbi, provenant de l'ancien gouvernement, dirige la force aérienne.

Les officiers qui ont prêté serment ont été nommés le 19 août dernier.

09 / 04 / 2003 

IRIN

"Le FNL massacre des femmes et des enfants dans le Sud-Kivu"

Des miliciens burundais du Front national de libération (FNL) ont massacré, le 24 août dernier, des femmes et des enfants à Rusabagi, à 85 km au sud de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo (RDC), a indiqué à IRIN Jean-Pierre Mazangi, le vice-gouverneur de la province.

Selon les chiffres avancés par Jean-Pierre Mazangi, treize personnes, des femmes et des enfants pour la plupart, ont été tuées lors de cette attaque.

Contrairement au vice-gouverneur, l'ONG de défense des droits de l'Homme, Héritiers de la justice, a dressé une liste de 19 personnes abattues à l'arme blanche. Parmi les victimes, le rapport de l'organisation fait état de l'assassinat d'un enfant de moins d'un mois et d'un homme de plus de 70 ans. L'ONG a encore enregistré neuf blessés graves.

Devant le massacre, Héritiers de la justice rapporte que les éléments du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) n'avaient réagi qu'en tirant en l'air.

L'ONG a accusé, par ailleurs, les militaires du RCD-Goma, positionnés sur le territoire de Fizi, à Swimi, d'avoir commis plusieurs violations des droits humains en tuant deux personnes et en pillant le village.
Le motif de l'opération aurait été la poursuite des membres de la milice traditionnelle Mayi-Mayi, a avancé l'ONG.

Le vice-gouverneur a, néanmoins, catégoriquement démenti ces allégations.

Il a indiqué, pour sa part, que les incessantes attaques des miliciens burundais ont eu pour conséquence d'arrêter le rapatriement des réfugiés congolais qui commençaient à revenir du Burundi.

"Nous sommes en pourparlers avec les autorités burundaises pour qu'elles laissent les miliciens burundais repartir chez eux, ce qui permettra en même temps le retour des réfugiés congolais," a dit Jean-Pierre Mazangi.

09 / 03 / 2003 

IRIN

"Interview avec le général Jan Isberg, le commandant de la Brigade Ituri"

Le général suédois, Jan Isberg est arrivé à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC) à la fin du mois de juillet, en tant qu'adjoint au commandement de la force de maintien de la paix de la Monuc, la mission des Nations Unies en RDC. Quelques jours plus tard, il a été nommé commandant de la Brigade Ituri, la force des Nations Unies qui a succédé, le 1er septembre, à la Force multinationale intérimaire d'urgence. Cette dernière avait été déployée en juin pour sécuriser Bunia, le chef-lieu du district dans le Nord-Est de la RDC.

Dans cette interview, accordée le 2 septembre, Jan Isberg décrit les capacités de la Brigade, ses stratégies et son empressement à répondre aux menaces de violence à Bunia et sur l'ensemble du district.

QUESTION: A quelle date prendra fin le déploiement de la Brigade Ituri ? Combien de compagnies composeront les troupes d'infanterie de la Brigade ?

REPONSE: L'ensemble des troupes de la Brigade Ituri est attendue à Bunia ce mois -ci [septembre]. Lorsqu'elle sera au complet, la Brigade Ituri, comptera 16 compagnies de fantassins avec leurs unités logistiques, soit un total d'environ 5.000 hommes.

Q: Disposez-vous de brigades mécanisées ?

R: Non, la Brigade est essentiellement une brigade d'infanterie, renforcée par des véhicules blindés de transport de troupes. Nous utilisons donc actuellement ces véhicules pour nos opérations.

Q: De quelle manière, la Brigade Ituri appréhende-t-elle sa mission ?

R: Nous allons entreprendre plusieurs opérations en même temps, mais nous avons évidemment un plan d'action précisément tracé. Nous allons immédiatement concentrer nos efforts pour rendre Bunia entièrement sûr. Nous allons également commencer à sortir en dehors de Bunia. Nous sommes présents sur le terrain et nous nous y rendons en utilisant nos hélicoptères.

Q: De quelle manière la Brigade s'attaquera-t-elle aux groupes armés itinérants qui sont responsables de l'insécurité dans les environs de Bunia ?

R: Avant tout, nous devons identifier et définir ce qu'est une bande et ce qu'est une milice. Les milices sont des groupes contrôlés par des partis politiques ou des groupes, alors que les bandes sont sous aucun contrôle. Celles-ci, nous les considérons comme des bandes criminelles.

Je viens juste de parler à la radio Okapi [la radio des Nations Unies, basée à Bunia] et j'ai appelé les leaders de toutes les milices à contrôler leurs hommes. Ceux qui ne sont pas contrôlés, seront considérés comme des groupes criminels et seront traités en conséquence. Je sais que les groupes non contrôlés ne se soumettront pas aux directives des Nations Unies. J'appelle, néanmoins, les leaders des milices à adhérer aux directives des Nations Unies et de la Monuc concernant le comportement de leurs hommes de façon à arrêter la violence.

Q: Quelles sont les règles d'engagement de la Brigade ?

R: Nous agissons maintenant en vertu du chapitre sept de la charte des Nations Unies, tel que l'a décidé le Conseil de sécurité. Cela signifie que la Brigade est une force d'imposition de la paix et non plus une force de maintien de la paix. Depuis que la Brigade s'est déployée à la mi-août, nous n'avons pas eu de rapport faisant état de personnes tuées par nos hommes mais nous avons utilisé la force une paire de fois. Une foule, par exemple, avait lancé des pierres sur les véhicules de la Monuc, nous avons alors répliqué en tirant en l'air pour disperser la foule.

Q: La Brigade possède-t-elle des éléments de la police civile pour remplir des fonctions policières ?

R: Il y a, à Bunia, une police civile qui est déjà déployée. Ce sera un atout énorme pour la Brigade. Mais je devrais me hâter d'ajouter, qu'il relève de la responsabilité du gouvernement de la République Démocratique du Congo de fournir les hommes qui seront affectés dans les différentes parties de la ville. L'unité de la police civile de la Monuc conseillera et facilitera seulement leur déploiement en collaboration avec le gouvernement congolais.

Q: Quelles sont les capacités de la Brigade pour répondre à d'éventuelles attaques ?

R: Je peux dire que les capacités de la Brigade sont énormes. Nous avons tous les moyens nécessaires. Nous avons des hélicoptères, des véhicules blindés de transport de troupes et les armes détenues par chaque soldat. Nous sommes capables de faire face à toutes attaques.

Q: Comment la Brigade va-t-elle organiser la sécurité des déplacements des agences humanitaires des Nations Unies et des ONG opérant à travers l'Ituri ?

R: Nous avons juste commencé nos opérations. Nous allons nous concerter quotidiennement avec ces agences et ces ONG. Je crois que nous serons capables de les assister en facilitant leurs déplacements dans le district.

Q: Quelles sont les leçons, s'il y en a, que la Brigade a retenues de l'expérience de la Force multinationale durant cette phase transitoire entre le 15 août et le 1er septembre ?

R: Au cours de la première réunion que nous avons eue avec les troupes de l'UE, la force multinationale nous a dit d'agir immédiatement et sans hésitation, selon les prescriptions du chapitre sept, et d'être prêt à utiliser la force si la situation l'exigeait. Nous avons retenu cette suggestion et nous agissons en fonction.

Q: Quel serait le plus grand défi pour la Brigade, dans un futur proche et sur le long terme ?

R: Cette Brigade a été déployée rapidement. Elle est composée de différentes nations, et nous faisons tous les efforts pour en faire un instrument efficace des Nations Unies. Je peux dire que le travail accompli est excellent. Je suis confiant, nous réaliserons les objectifs pour lesquels la force a été établie et je promets de remplir mon mandat de la manière la plus professionnelle qui soit.

"La Monuc déploie un important appui logistique pour l'acheminement de la Brigade Ituri "

La Monuc, la mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (RDC), déploie un appui logistique considérable pour le déploiement de la force onusienne, la Brigade Ituri, dans le Nord-Est de la RDC ainsi que pour la mise place des institutions transitoires, a annoncé mardi dernier un communiqué de la Monuc.

Les 1.250 unités armées du Bangladesh qui ont initialement atterri à Entebbe en Ouganda, ont été transportées par les avions Hercules C-130 de la Monuc à Bunia. Une centaine de vols a, par ailleurs, été nécessaire pour acheminer les 2.000 tonnes de matériel militaire, a précisé le communiqué.

Les rotations aériennes n'ont, toutefois, été rendues possible qu'après la réfection de l'aéroport à Bunia. La Monuc a, ainsi, organisé un système d'entretien continu des pistes pour éviter toute interruption des vols.

"Un personnel recruté sur place s'attèle toutes les nuits à réhabiliter les zones endommagées," a expliqué le communiqué.

L'aviation de la Monuc a effectué 554 heures de vol pour convoyer sur les lieux les troupes, le matériel logistique et une centaine de véhicules. Le coût de ces transports s'élève à 5.059.000 dollars américains.

La Monuc a, également, mis à la disposition des acteurs de la transition ses véhicules et ses avions. Les vice-présidents, les ministres et vice-ministres, les députés et sénateurs ainsi que certains de leurs gardes du corps et autre personnel ont, ainsi, été conduits à Kinshasa, la capitale de la RDC.

250 Tunisiens de la force neutre ont, de plus, été affectés à la sécurité des personnalités politiques. Cet effectif sera renforcé par la venue de 210 autres Tunisiens et de 400 Ghanéens. "Les Ghanéens ont été transportés de Mbandaka et Basankusu vers Kinshasa. Une centaine d'éléments est postée à l'aéroport de N'djili," a précisé la Monuc.

Au total, l'assistance logistique représente 80 pour cent du budget, soit quelques 450 millions de dollars américains par année.

09 / 01 / 2003 

IRIN

"Les troupes de l'ONU succèdent à la Force multinationale"

La Force multinationale intérimaire d'urgence qui avait été déployée à Bunia, dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo, a officiellement cédé sa place à la Monuc, la mission des Nations Unies en RDC, ce lundi au cours d'une cérémonie présidée par William Swing, le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, dans ce pays.

La plus chère des paix est préférable à une guerre à bas prix, a dit en substance William Swing lors de son discours après la passation de commandement.

En remerciant les Etats membres de l'Union européenne qui ont fourni des troupes à la force multinationale, William Swing a affirmé que cette force avait réussi à stabiliser la ville de Bunia et à permettre le déploiement des troupes de la Monuc tout en harmonisant leurs commandements respectifs.

Le représentant spécial a encore évoqué, à l'occasion de cette passation de pouvoir entre ces deux forces, un signe par lequel la violence à Bunia en particulier et celle affectant l'ensemble du district de l'Ituri en général allait en s'amenuisant.

Le chef de la Monuc a déploré les affrontements qui perdurent dans ce district depuis des années en rappelant les 50.000 victimes du conflit et les 500.000 déplacés.

Il a appelé les combattants de l'Ituri à arrêter les hostilités et à rejoindre le processus de paix. William Swing a, en effet, évoqué un train en marche qui prend de la vitesse mais à bord duquel il n'est pas trop tard de monter.

Le mandat de la Monuc a été renforcé par la résolution 1493, adoptée sous le chapitre sept de la charte des Nations Unies par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 28 juillet dernier. Ce nouveau mandat autorise le recours à la force. Dans ces circonstances, William Swing a affirmé la volonté de la Monuc d'utiliser pleinement cette habilitation pour sécuriser la région de l'Ituri.

Les nouvelles troupes de la Monuc, appelée Brigade de l'Ituri, vont rapidement se déployer à travers l'Ituri, a expliqué William Swing, en ajoutant que les Nations Unies se sont engagées à s'assurer que la stabilité établie par la Force multinationale serait maintenue et renforcée.

La cérémonie de passation de commandement s'est déroulée au camp de Ndoromo en présence du commandant de la force européenne, le général Jean-Paul Thonier, du commandant de la Monuc, le général Mountaga Diallo et du commandant de la Brigade de l'Ituri, le général Jern Isberg, l'ancien adjoint au commandement de la Monuc.

Les dernières troupes de la force multinationale sont basées au camp de Ndoromo, sur une colline surplombant Bunia et son aéroport.

Le porte-parole de la Force multinationale, le colonel Gérard Dubois a dit à IRIN que la plupart des troupes quitterait Bunia le 8 septembre mais que certains éléments resteraient jusqu'au 15 pour assister les 2.500 hommes de la Monuc. Les nouveaux contingents sont principalement composés de soldats du Bangladesh, de l'Uruguay, du Pakistan, de l'Indonésie, du Népal et de l'Inde.

"OCHA transfert ses prérogatives à une ONG française pour la gestion du camp de déplacés à Bunia"

Le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) a commencé, samedi dernier, à transférer à une ONG française, ses prérogatives concernant la coordination et la supervision du camp de déplacés internes à l'aéroport de Bunia, dans le Nord-Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Seraphim Kazadi, un représentant d'OCHA, chargé de la gestion de ce camp, a affirmé samedi à IRIN que d'ici le 4 septembre, l'ONG Atlas bénéficiera de l'entière gestion du camp qui accueille près de 11.240 déplacés. La participation d'OCHA se limitera alors à des conseils.

La coordination opérée par OCHA a débuté au mois de juin dans le camp de déplacés à l'aéroport de Bunia, a précisé Seraphim Kazadi. La majorité de ces déplacés est arrivée en mai. Ils fuyaient les combats entre les milices locales à la suite du retrait de l'armée ougandaise le 6 mai dernier. Les déplacés ont afflué à l’aéroport après que la Monuc, la mission des Nations Unies en RDC, ait sécurisé les lieux.

La plupart de ces déplacés sont des femmes et des enfants, a précisé Seraphim Kazadi. Au début, plus de 200 personnes arrivaient journellement. Puis, les chiffres ont progressivement baissé. Le représentant d'OCHA a expliqué, par exemple, que 54 personnes ont été accueillies dans le camp la semaine dernière, ce qui revient à une moyenne de moins de dix par jours.

OCHA, avec l'appui d'autres agences des Nations Unies et d'ONG, procure une assistance aux déplacés internes.

Néanmoins, OCHA avait rencontré de nombreuses difficultés pour coordonner les interventions dans ce camp, a rapporté Seraphim Kazadi. Les toiles de plastic pour les tentes étaient insuffisantes. Plusieurs familles ont dû se partager une tente pour dix. Il a néanmoins expliqué que 70 % de ces difficultés ont été résolues. Le taux d'occupation dans les tentes a été réduit à sept familles, l'objectif étant maintenant d'avoir une famille par tente, a-t-il dit.

Le camp est divisé en six quartiers. Le représentant d'OCHA a expliqué que des activités récréatives sont proposées, comme le football ou des jeux pour les enfants.

Toutes les communautés ethniques sont représentées dans le camp, a rajouté Seraphim Kazadi en précisant que même les traditionnels rivaux Hema et Lendu vivent ensemble.

Le camp de déplacés de l'aéroport de Bunia est le seul reconnu par OCHA alors qu'un autre camp, comptant environ 1.200 personnes, est tenu par une ONG locale dans la ville. Seraphim Kazadi a expliqué qu'OCHA n'a pas reconnu ce camp parce qu'il n’était habité que par une seule ethnie, Hema en l'occurrence, et que ces déplacés ont refusé de rejoindre le camp de l'aéroport.

Actuellement, les déplacés craignent encore de regagner leurs domiciles. La Force multinationale intérimaire d'urgence, Artémis, avait été déployée en juin pour sécuriser la ville en empêchant les milices d'entrer en arme à Bunia. Toutefois, les incursions et les menaces opérées la nuit dans la ville par ces groupes armés ont incité les déplacés à demeurer dans le camp de l'aéroport.

La Monuc, dont le mandat a été renforcé par la résolution 1493 du Conseil de sécurité des Nations Unies, succède ce lundi à la force multinationale. La brigade de l'Ituri, le nouveau nom des forces de la Monuc dans la région, est autorisée à recourir à la force pour protéger la population civile ainsi que le personnel humanitaire.

"Report de l'installation de l'état-major de l'armée réunifiée alors qu'une mutinerie éclate à Kisangani"

L'installation de l'état-major de l'armée réunifiée, prévue ce lundi en République Démocratique du Congo (RDC), a été reportée à une date ultérieure, ont indiqué des sources militaires.

Aucune raison officielle n'a été avancée pour expliquer ce report. Des sources militaires ont, néanmoins, avancé que certains officiers du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) n'étaient pas encore arrivés à Kinshasa, la capitale de la RDC, où la cérémonie devait avoir lieu.

Ces mêmes sources ont, également, signalé une mutinerie militaire matée ce week-end à Kisangani. "Les armes ont crépité durant plus d'une heure," ont indiqué de Kisangani des habitants joints par téléphone par l'IRIN.

"Les militaires loyaux au gouvernement d'union nationale ont maté cette mutinerie," a indiqué depuis Kisangani Jean-Pierre Bilusa, le gouverneur de la Province Orientale.

Selon lui, les militaires de cette zone qui étaient, jusqu'en juin dernier, sous le contrôle du RCD-Goma, sont venus à bout des insurgés après des échanges de tirs entre 2h30 et 3h30, dimanche matin.

"Il n'y a eu aucun mort, mais un blessé grave bien identifié en la personne du chef de cortège du commandant de la ville," a affirmé Jean-Pierre Bilusa.

L'officier Bora Uzima, appartenant au RCD-Goma, a été suspecté d'avoir été l'instigateur de la mutinerie. Il avait été écarté de la liste de l'état-major de la nouvelle armée congolaise. Bora Uzima avait, en effet, été condamné à mort lors du procès de l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, abattu par l'un de ses gardes du corps. Le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT), composés d'ambassadeurs accrédités en RDC, avaient, à l'instar de l'ancien gouvernement, exigé son remplacement, jugeant la proposition de nomination trop controversée.

Après avoir été placé en garde à vue, l'officier suspecté a été relâché et ramené à Goma, le fief du RCD-Goma, ancien mouvement rebelle qui fait partie du gouvernement de transition.

Des enquêtes sont actuellement menées à Kisangani avec la collaboration de la Monuc, la mission des Nations Unies au Congo, a indiqué Jean-Pierre Bilusa.

La MONUC a confirmé la mutinerie matée en indiquant que le calme était immédiatement revenu dans la ville.

"Nous suivons la situation de près. Nous suivons aussi Bora, mais sur le plan des droits de l'Homme. Notre contingent marocain a fait des patrouilles et a contribué à ramener le calme. Les populations civiles ont été protégées et les pillages empêchés," a indiqué à Kinshasa, Hamadoun Touré, le porte-parole de la MONUC.

Bora Uzima a toutefois déclaré sur les ondes de la radio des Nations Unies Okapi : "Si je voulais faire un coup d'état, j'aurais eu des armes. On m'accuse d'avoir 45 hommes, mais maintenant je n'en ai qu'un seul," a-t-il expliqué depuis Goma où il est en liberté.

Le RCD-Goma n'a pas émis de commentaire au sujet cette mutinerie.

L'état-major général et le commandement de l'armée réunifiée, regroupant les différentes factions belligérantes congolaises, ont été constitués il y a près de deux semaines selon les termes de l'accord global de partage du pouvoir signé en décembre dernier à Pretoria, en Afrique du Sud.

Un gouvernement d'union nationale regroupant également les différents anciens belligérants a été installé. Il est dirigé par le président Joseph Kabila. Le président est secondé par quatre vice-présidents dont deux sont issus des principaux mouvements rebelles, le RCD-Goma et le Mouvement de libération du Congo. Cette phase de transition doit conduire le pays à des élections générales dans deux ans.

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