MOST Ethno-Net publication: ICTs and International Cooperation

MOST ETHNO-NET AFRICA PUBLICATIONS

Information & Communication Technologies (ICTs), Training

and International Scientific Cooperation

MOST / ENA / LIMSI, 2002


Conflis ethniques en Côte d'Ivoire


Agbroffi Diamoi Joachim
Anthropologue, Enseignant-Chercheur
Université de Bouaké (Côte d'Ivoire)
01 B.P.3671 Bouaké 01
Côte d'Ivoire

Introduction
Les étrangers et les allochtones contribuent au développement de la Côte d'Ivoire par leurs activités d'ouvriers agricoles, de planteurs pour les uns et de pêcheurs pour les autres. Leur grand nombre fait qu'ils sont nécessaires pour le développement. Lorsque les conflits se produisent dans les secteurs d'activité dans lesquels ils sont présents, il y a des perturbations à travers lesquelles les Ivoiriens se rendent bien compte de l'importance de leur rôle dans le pays.

Les étrangers ont développé les secteurs d'activité qui étaient au départ considérés par les nationaux comme peu porteurs ou travail de femme. A titre d'exemple peuvent être cités le maraîchage, le sarclage, la récolte agricole, la vente de l'attiéké accompagné de poissons frits. En général, ils dominent les nationaux dans les petits métiers. Eu égard à ce qui précède, ils sont importants pour le développement du pays.

Cependant, il y a bien longtemps que les litiges fonciers et halieutiques existent entre eux et les ethnies ivoiriennes. Ces litiges touchent aussi les allochtones. Le présent travail retrace l'historique, fait la typologie des conflits, dégage leurs conséquences et indique leur évolution dans ces deux dernières années. Il s'appuie sur une bibliographie ancienne et récente, et s'accompagne de cartes géographiques des ethnies concernées et des régions touchées.

I - TYPOLOGIE DES CONFLITS

Il y a deux choses qui sont à l'origine des conflits en Côte d'Ivoire. Il s'agit de la terre et de l'eau. Elles donnent respectivement lieu à des litiges fonciers et halieutiques.

A - Litiges fonciers

1 - Les causes
Les causes des litiges fonciers sont :

La recherche de la main-d'œuvre agricole loin des zones de culture : du Nord de la Côte d'Ivoire vers le Sud ; du Burkina Faso vers les zones forestières de la Côte d'Ivoire ; de l'Ouest de la Côte d'Ivoire vers les plantations de rente du Sud et de l'Est, est à l'origine de la mise en place d'une population allogène et allochtone en conflit avec les autochtones. Il en ressort que le développement agricole et le manque de machines agricoles sont la cause des conflits qui opposent les ouvriers agricoles d'hier et leurs chefs d'exploitation.

L'agriculture arbustive dite culture de rente (café et cacao) et l'exploitation forestière ont fait rétrécir la forêt comme une peau de chagrin, la faisant passer de quinze millions (15 000 000) d'hectares en 1960 à moins de trois millions et demi (3 500 000) hectares en 2001. Bien que la caféiculture et la cacaoculture sont appelées cultures de rente, de nombreuses plantations sont abandonnées pour cause d'improductivité et de mort de plantes. De ce fait, la Côte d'Ivoire a plus de jachères que de forêt. Et ces populations sont plus que jamais en quête de forêt. Cette situation paradoxale est l'une des causes des litiges fonciers. Comme si cela ne suffisait pas, d'autres cultures qui monopolisent en général le sol telles que l'hévéaculture et la palmeraie industrielle et villageoise sont en développement.

Le fait que l'agriculture n'est pas destinée à satisfaire les besoins des nationaux dans l'immédiat, mais par détour par les devises aggrave les tensions du fait de la paupérisation. En plus de cela, l'inadéquation formation / emploi qui se traduit par le retour à la terre de certains déscolarisés vient grossir le nombre des paysans. Ceux-ci procèdent à des revendications et à des retraits de terres occupées par les allogènes et par les allochtones. La politique du retour à la terre des jeunes, celle de l'installation des jeunes agriculteurs modernes et de l'auto-emploi agricole sont de plus en plus développées et encouragées. A cette politique, s'ajoutent les licenciements qui drainent un certain nombre de déflatés qui n'espérant plus trouver du travail vont vers la terre.

Il y a aussi le déplacement des populations vers des zones arables à la suite de la construction des barrages hydroélectriques de Taabo et de Kossou (situées respectivement à environ 180 km et 280 km d'Abidjan). Ce déplacement est à l'origine d'une part importante des litiges fonciers en Côte d'Ivoire.

Une main-d'oeuvre saisonnière venaient du centre de la Côte d'Ivoire pour travailler dans les plantations de café et de cacao. Cette main-d'oeuvre baoulé a profité de l'occasion pour s'installer. Les femmes l'ont fait par le mariage ; les homes par l'appropriation des sols, par cession de terre, par occupation pour impayés et par achat de terre ; Tout cela est source de conflit.

En solution, feu Houphouet-Boigny a élaboré le principe de selon lequel la terre appartient à celui qui l'a mise en valeur. Ce principe a aggravé les problèmes. Il est en contradiction avec le droit coutumier encore en vigueur dans la mentalité des paysans. Selon ce droit coutumier, la terre appartient aux ancêtres. De ce fait, elle est un bien inaliénable. Ce qui entraîne la récupération des terres achetées par les étrangers à tout moment. Le retrait de la terre aux enfants peut également se faire à la mort de leur père étranger.

Le commerce extérieur a sa part de responsabilité dans les litiges. La chute des prix des matières premières et les difficultés de divers ordres mettent les planteurs dans des situations de dette envers les ouvriers agricoles. Leurs plantations gagées sont parfois irrécupérables tellement les dettes s'accroissent. Les ouvriers à qui les planteurs autochtones doivent, garantissent leurs créances par la prise des plantations de leurs chefs d'exploitation. Ces plantations données ou prises en garantie des créances sont sources de conflits ethniques, de litiges fonciers, de crimes crapuleux. A la mort de l'allochtone ou de l'allogène les autochtones récupèrent leur terre et chassent les enfants. Ce type de récupération créent des conflits qui ne s'étendent pas à toute la communauté allochtone ou allogène ; mais ils constituent des problèmes réels.

2 - Les ethnies en conflits

Les ethnies qui sont en conflits en Côte d'Ivoire sont en regard de leur région d'activité :
- Les Baoulé et les Bété à Gagnoa ;
- Les Baoulé et les Dida à Divo, à Guitry, à Hiré, à Lakota, à Lauzoua ;
- les Mossi, les Gourounsi et les Moré - [Burkinabé]- et les Kroumen, les Bakoué - [Ivoiriens] à San Pédro, à Grand Béréby et à Tabou ;
- les Baoulé et les Guéré à Duékoué et à Logoualé ;
- les Guéré et les Mossi à Bloléquin ;
- les Mbatto et les Abouré à Bonoua ;
- les Abidji et les Mossi à Sikensi ;
- les Sénoufo et les Maliens au sujet des enfants travailleurs dans les champs de coton des régions de korhogo, Boundiali, et de Tengrela.

La Côte d'Ivoire compte 19 régions qui sont les suivantes :

 
Régions administratives de la Côte d'Ivoire
Chef lieu
1 Région de Denguelé Odienné Odienné
2 Région des savanes Korhogo
3 Région du Zanzan Bondoukou
4 Région du Worodougou Séguela
5 Région de la vallée du Bandama Bouaké
6 Région des Montagnes Man
7 Région du haut Sassandra Daloa
8 Région de la Marahoué Bouaflé
9 Région des Lacs Yamoussoukro
10 Région du N'zi Comoé Dimbokro
11 Région du Moyen Comoé Abengourou
12 Région du bas Sassandra San Pedro
13 Région du Sud Bandama Divo
14 Région des Lagunes Abidjan
15 Région de l'Agneby Agboville
16 Région du Sud Comoé Aboisso
17 Région du Fromager Gagnoa
18 Région du Moyen Cavally Guiglo
19 Région du Bafing Touba

Parmi ces régions il importe d'énumérer celles qui sont concernées par les litiges fonciers.

3 - Les régions concernées
- La région du Fromager, chef lieu de région Gagnoa ;
- la région du Sud Bandama, Divo ;
- région du Moyen cavally, Guiglo
- la région des Montagnes Man;
- la région des Savanes, Korhogo.
- la région des Lacs, Yamoussoukro,
- La région de la Vallée du Bandama, Bouaké ;
- la région des Lagunes, Abidjan ;

4 - Les pays touchés
- La Côte d'Ivoire ;
- le Burkina Faso ;
- le Mali

B - Les litiges halieutiques

1 - Les causes
- Les techniques halieutiques ;
- les mailles des filets trop petites ;
- la pêche des alevins ;
- l'utilisation des alevins comme bois de chauffe ;
- l'appauvrissement des eaux et lacs en poisson ;
- la forte densité des pêcheurs par rapport à la surface d'eau disponible ;
- l'installation anarchique des allogènes par des cadres non originaires des villages riverains;
- la pêche ne profite pas aux populations riveraines ;
- les frustrations subies par les riverains ;
- l'irrespect des règles et principes de pêche ;
- l'immigration incontrôlée ;
- l'assassinat des autochtones pêcheurs. Ces pêcheurs autochtones sont tués, ligotés, attachés à une grosse pierre et jetés à l'eau de sorte que leurs corps ne puissent jamais remonter à la surface de l'eau. De surcroît, leurs corps en putréfaction attirent les poissons et servent d'appâts aux criminels ;
- la destruction des filets des autochtones par les allogènes.

Dans les zones de retenues d'eau artificielles dont Kossou et Ayamé, une licence de pêche est exigée par les Agents des Eaux et Forêts pour exercer l'activité de pêcheur. Les personnes qui ont le plus eu ces licences de pêche, sont les étrangers. Comment cela se passe-t-il ? En fait, ce sont des Ivoiriens bien placés non originaires des zones de retenues d'eau qui ont les licences de pêche. Ces allochtones les paient plus cher que les personnes originaires des zones concernées. Ils les donnent à plusieurs étrangers. Ceux-ci exerçant dans l'illégalité n'ont pour seuls maîtres que ceux qui leur ont remis une photocopie de licence de pêche. Les Agents des eaux et forêts savent qu'ils sont dans l'illégalité, mais ils ne peuvent leur rien faire. D'ailleurs, à la moindre rigueur à leur égard, ils ont affaire à une autorité du pays. Ils peuvent s'ils s'entêtent être affectés dans des zones enclavées. Les étrangers qui ne sont pas humbles profitent de l'occasion pour faire tout ce qui n'est pas permis chez eux. Les Ivoiriens ont ras-le-bol, comme en témoigne le nombre important de litiges.

2 - Les ethnies en conflits
- Les Ayaou (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Bouaflé ;
- les Gouro (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Maminigui (Bouaflé) ;
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Kossou, Taabo, Béoumi ;
- les Baoulé (Ivoiriens) et les Ewé (Togolais et Béninois) à Béoumi ;
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo ( Maliens) à Assandrè ( Bouaflé)
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Kondrobo (Sakassou)
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Konsou (Béoumi)
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Niambrun (Béoumi)
- les Baoulé (Ivoiriens) et les Fanti (Ghanéens) autour du lac de Kossou ;
- les Agni (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Ayamé ;
- les Dida (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Lauzoua (Grand-Lahou) ;
- les Ebrié (Ivoiriens) et les Ewé (Togolais et Béninois) à Abidjan ;
- les Ehotilé (Ivoiriens) et les Ewé (Togolais et Béninois) à Adiaké ;
- les Neyo (Ivoiriens) et les Fanti (Ghanéens) à Sassandra ;
- les Kroumen (Ivoiriens) et les Fanti (Ghanéens) à San-Pedro ;
- les Ahizi (Ivoiriens)et les Ewé (Togolais et Béninois) à N'jem (Jacqueville) ;
- les Dida (Ivoiriens) et les Nzéma (Ivoiriens) à Grand-Lahou ;
- les Avikam (Ivoiriens) et les Fanti (Ghanéens) à Grand-Lahou ;
- les Adjoukrou (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Dabou ;
- les Adjoukrou (Ivoiriens) et les Ewé (Togolais, Béninois) à Dabou
- les Ayaou (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Djakohou (Bouaflé)
- les Ayaou (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Ndenou (Tiébissou)
- les Ayaou (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Do-Sakassou (Tiébissou)
- Les Baoulé (Ivoiriens) et les Bozo (Maliens) à Amansalékro (Tiébissou)

3 - Les régions concernées
- La région de la Marahoué ; chef lieu de région Bouaflé
- la région du Sud Comoé, Aboisso ;
- la région du Bas Sassandra, San Pedro ;
- la région des Lagunes, Abidjan ;
- La région des Lacs, Yamoussoukro ;
- la région de la Vallée du Bandama, Bouaké.

4 - les pays touchés
- La Côte d'Ivoire ;
- le Mali ;
- le Ghana ;
- le Togo.
- le Bénin.

C - Données statistiques des litiges fonciers et halieutiques

Pour présenter les données statistiques des 19 régions, il importe d'abord de faire un diagramme de répartition de ces régions ayant des conflits ou non.

Diagramme des 19 régions de Côte d'Ivoire avec ou sans conflits ethniques

Les 19 Régions Administratives de Côte D'Ivoires Régions concernées seulement par
les conflits halieutiques
Région du Bas Sassandra
Région de la Marahoué
Région du Sud Comoé
Régions concernées uniquement par
les litiges fonciers
Région du Fromager
Région des Montagnes
Région du Moyen Cavally
Région des Savanes
Région du Sud Bandama
Région à la fois concernées par les
litiges fonciers et les conflits halieutiques
Région des Lacs
Région des Lagunes
Région de la Vallée du Bandama
Régions non touchées par aucun litige Région de l'Agneby
Région du Bafing
Région du Denguelé
Région du Haut sassandra
Région du N'zi Comoé
Région du Moyen Comoé
Région du Worodougou
Région du Zanzan

1) - données statistiques des litiges fonciers
Sur les 19 régions, il y a 8 qui sont touchées par les litiges fonciers, soit 42%.
Sur ces 8 régions, on constate que 5 sont touchées uniquement par les litiges fonciers, soit 63%. Sur les 8 régions, 3 sont touchées à la fois par les litiges fonciers et halieutiques, soit 37 %.
Sur l'ensemble des 19 régions, les 5 régions uniquement touchées par les litiges fonciers représentent 26% et les 3 régions touchées à la fois par les deux litiges représentent 15%.

2) - données statistiques des litiges halieutiques
Sur les 19 régions, il y a 6 qui sont concernées par les litiges halieutiques soit 31%
Sur ces 6, il y a 3 qui sont exclusivement touchées par les litiges halieutiques, soit 50%.
Les 3 autres sont à la fois touchées par les deux litiges, soit 50%

Sur l'ensemble des 19 régions, il y a 3 qui sont uniquement touchées par les litiges halieutiques, soit 15%. Les 3 autres qui le sont pour les deux litiges représentent 15%.

Sur l'ensemble des 19 régions, il y a 5 régions qui sont touchées uniquement par les litiges fonciers et 3 qui le sont uniquement pour les litiges halieutiques soit un total 8 représentant 42%. Sur les 19 régions il y a 11 régions qui sont touchés par un des deux litiges et les deux à la fois. Elles représentent 58% des 19 régions.

Les régions qui ne sont touchées par aucun des deux problèmes sont au nombre de 8 à savoir :
- région de l'Agneby, chef lieu Agboville ;
- région du Bafing, Touba ;
- région du Denguelé, Odienné ;
- région du Haut sassandra, Daloa ;
- région du Moyen Comoé, Abengourou
- région du Nzi Comoé, Dimbokro ;
- région du Worodougou, Séguéla ;
- région du Zanzan, Bondoukou ;

Elles représentent 42%.

II - CONSEQUENCES

- Fragilisation de l'unité africaine ;
- fragilisation de la fraternité africaine ;
- fragilisation et interruption des accords bilatéraux ;
- perturbation des rapports diplomatiques ;
- accroissement des tracasseries douanières ;
- contrôle de routine policier intempestif ;
- ralentissement du commerce intérieur et ouest-africain avec les pays limitrophes ;
- réduction de l'hospitalité ;
- instabilité politique ;
- agitation sociale ;
- multiplication et violence accrue dans les conflits.
- détérioration de l'image de marque de la Côte d'Ivoire à l'extérieur ;

III - EVOLUTION DES CONFLITS EN CÔTE D'IVOIRE

A - Les facteurs accélérateurs

1 - Immigration

a) - Etrangers et développement
Les étrangers exercent beaucoup de petits métiers mais ils réinvestissent très peu en Côte d'Ivoire. Dans leur grand ensemble ils sont une sorte de sangsue pour l'économie ivoirienne. Ils vivent dans des habitats précaires. Leurs lieux de résidence servent de refuge aux gangsters et aux bandits de grand chemin. Les canalisations pour assainissement manquent dans leur quartier. La précarité et la promiscuité sont une source de maladie et d'agression pour tous. Tout cela n'est pas sans tension sociale.

b) - Allochtones et développement local
Les allochtones sénoufo et surtout baoulé jouent un grand rôle par les activités agricoles et commerciales dans les régions où ils exercent ces activités. Cependant, force est de reconnaître qu'ils n'investissent pas du tout dans les autres activités. Comme les étrangers, ils vivent dans des habitats précaires dans les campements. Ils investissent dans l'immobilier et dans les autres secteurs dans leurs régions d'origine.

Pourtant à la période de fin mars à mi avril (la Pâque) de chaque année, les Baoulé rentrent en grand nombre dans leurs régions de provenance. Une fois chez eux, ils débattent beaucoup de questions de développement de leurs régions.

Les autochtones ne sont pas contents de cette situation. Les allochtones et les allogènes occupent leurs terres, mais ils ne contribuent pas au développement régional.

c) - Lois et règles
Les lois, les règles qui ont été élaborés et les arrêtés qui ont été pris, ont dans leur application, beaucoup lésé les populations autochtones. Dans les forêts qui ont été déclassées, les étrangers et les allochtones ont eu plus de terre que les autochtones. Non contents certains se sont faits justice en pénétrant dans les forêts classées. Les comportements des Agents de la Sodefor (Société pour le Développement des Forêts) à leurs égards, caractérisés par le déguerpissement, la destruction de leurs plantations et l'emprisonnement, ont intensifié le mécontentement des Ivoiriens face aux étrangers.

Dans le domaine de la pêche, les agents des eaux et Forêts ont attribué plus de licence de pêche aux allogènes qu'aux nationaux. Cette discrimination est à la base des conflits incessants et de plus en plus violents entre étrangers et Ivoiriens. L'accès discriminatoire aux eaux et l'accès facile à la propriété des terres auxquelles les étrangers et les allogènes ont eu droit, aidés par les Agents de l'Etat, sont la source des conflits ethniques. La différence et l'injustice dans l'accès et au niveau de la propriété des ressources suivant les personnes, constituent un facteur majeur accélérateur des litiges en côte d'Ivoire.


2) Le concept d'ivoirité
Le concept d'ivoirité a ravivé toutes les tensions entre les nationaux et les non nationaux

3) Le coup d'Etat du 24 décembre 1999
Le coup d'état du 24 décembre 1999 applaudi par la population a, par la suite, aggravé les tensions sociales et les conflits. Ceux qui existaient et ceux qui étaient latents ont été mis à nu et intensifiés.

4) Les tentatives de coup d'Etat
La mutinerie des 4 et 5 juillet 2000, le coup de force manqué du 18 septembre 2000, le coup de force manqué des 4 et 5 décembre 2000 et celui des 7 et 8 janvier 2001 ont fait dégrader l'atmosphère à tous les niveaux.

5) les élections
- Elections présidentielles :
- Le rejet de la candidature du Président du RDR, Alassane Ouatttara a été perçu comme l'exclusion des étrangers et de la population du Nord. Une telle perception a opposé les ethnies du Nord à celles du Sud. Les nationaux en conflit avec les étrangers qui viennent pour la plupart des pays limitrophes situés dans la partie septentrionale, ont le plus souffert ;
- les événements des 24, 25, 26 et 27 octobre 2000 en sont une des conséquences. Il en va de même du charnier de Yopougon ;
- élections législatives :
- Le rejet encore une fois de la candidature de Alassane Ouattara a constitué un ras-le-bol de ses partisans et des étrangers ;
- élections municipales :
- Les élus municipaux du RDR ont intensifié la crise socio-politique par la réclamation de nouvelles élections présidentielles et législatives. Ces intensifications ont eu une incidence sur l'exclusion des étrangers.

6) Les guerres dans les pays limitrophes et autres pays
Les guerres dans les pays limitrophes et autres dont il s'agit sont la Guerre du Liberia, la guerre en Guinée et la guerre en Sierra Leone.

Ces guerres ont drainé de nombreux réfugiés qui gonflent le nombre des étrangers. Elles ont fait aussi entrer des armes de guerre dont se servent les gangsters dans les braquages de véhicules, dans les attaques des magasins, des banques, des maisons et des cars de transport interurbain. Ces guerres et les entrées massives d'armes de guerre ont contribué à détériorer les relations entre les Ivoiriens et les étrangers.

7) Les tracasseries douanières et policières
Les contrôles de routine semblaient être dirigés contre les étrangers. Ils paraissaient être la cible de ces contrôles. Ces contrôles faisaient perdre beaucoup de temps aux voyageurs nationaux. Ils ont contribué à détériorer les relations entre les nationaux et les non-nationaux.

8) Nationalité et éligibilité d'Alassane Ouattara
La question de la nationalité et de l'éligibilité d'Alassane Ouattara constituent une sorte d'huile jetée sur le feu. Elle a fait dégradée l'ordre dans le pays.

B- Les facteurs décélérateurs

1) -la régionalisation
Une politique de régionalisation a été adoptée en Côte d'Ivoire depuis longtemps. Le nombre des régions qui était à six (6) est passé à huit (8), puis à seize (16) et enfin à dix-neuf (19). L'un des objectifs de cette régionalisation sans cesse croissante est d'amener les personnes travaillant dans chaque région à réinvestir une partie de son bénéfice là où elles les ont eus. La politique de régionalisation est faite pour réduire dans une certaine mesure les tensions entre les autochtones et les étrangers (allogènes et allochtones) dont les bénéfices des activités ne profitaient qu'à leurs pays et/ou leurs régions d'origine.
La régionalisation vise à développer les cultures saisonnières qui sont plus rentables et moins coûteuses dans leur réalisation que dans celle des cultures pérennes. Les bénéfices de ces cultures saisonnières sont plus grands et constituent de réels moyens de lutte contre la pauvreté qui est une source de conflit. Les jachères dont dispose la Côte d'Ivoire sont immenses par rapport au nombre de paysans actuels. Il va sans dire que si le développement de ces cultures saisonnières réussit à capter l'attention des paysans actuels et ceux de demain, les litiges, autour de quelques rares forêts primaires ou en voie de reconstitution, vont se réduire, sinon disparaître.

2) - La rencontre des dix présidents de la Sous-Région à Yamoussoukro
Président du Togo, du Bénin, du Sénégal, de la Mauritanie, du Cape Vert, du Nigeria, du Ghana, du Niger, des représentants du président de Burkina Faso et du Mali.

3) Le forum pour la réconciliation nationale du 9 octobre au 18 décembre 2001
Le forum pour la réconciliation nationale réconciliation du 9 octobre au 18 décembre 2001 a détendu l'atmosphère à tous les niveaux.

4) La médiation des Présidents Togolais et Gabonais
Cette médiation des présidents togolais et gabonais a permis la participation effective de Alassane et de Guéi au forum. D'une façon générale, cet effort de médiation a concouru au retour de la paix dans le pays.

5) La participation effective de Henri Konan Bédié, de Guei Robert et d'Alassane Ouattara au Forum pour la réconciliation nationale.
La participation effective de Henri Konan Bédié, de Guéi et d'Alassane a été un début de détente à divers niveaux.

6) Le discours du Président de la République à la clôture du forum
Le discours du président à la clôture du forum pour la réconciliation nationale a apaisé les personnes en conflits.

7) Le discours du Président de la République aux Forces de l'ordre et aux Forces armées lors de la cérémonie de présentation des voeux
Le discours du président de la République aux Forces de l'ordre et aux Forces Armées lors de la cérémonie de présentation des voeux a fait ressortir les inconvénients pour l'économie ivoirienne, les tracasseries douanières et les contrôles de routine intempestifs dont les étrangers sont l'objet.

8) Tournées du Chef de l'Etat dans les pays limitrophes et visites des Présidents des pays voisins en Côte d'Ivoire
Les tournées du Chef de l'Etat dans les pays limitrophes et les visites des présidents des pays voisins ont concouru à un retour de la paix tant chez les Ivoiriens que chez les étrangers.

9) La rencontre des quatre leaders politiques à Yamoussoukro les 22 et 23 janvier 2002
Dans la résolution n°6 relative au domaine foncier rural, les quatre grands leaders ont pris acte de la mise en place d'une commission nationale sur le foncier rural au sujet des conflits qui opposent, d'une part les Ivoiriens entre eux pour la grande majorité et d'autre part les Ivoiriens et les Non-Ivoiriens. Le travail de cette commission consistera à sensibiliser les personnes concernées, à identifier les problèmes liés à l'application de la loi relative au foncier rural.
La constitution de la Deuxième République n'est pas neutre dans l'intensification des conflits. Dans la résolution n°1, les 4 grands leaders ont entériné la préparation d'un colloque et l'organisation de celui-ci du 23 juillet au 1er août 2002 sur les points de cette constitution qui font problème.
En ce qui concerne l'insécurité et, de manière indirecte les tracasseries douanières et les contrôles de routine intempestifs de la police, les 4 grands leaders ont demandé, dans la résolution n°3, aux forces de l'ordre et de sécurité d'avoir un comportement républicain.
S'agissant de la nationalité d'Alassane Ouattara, il lui a été demandé de déposer sa demande de certificat de nationalité auprès des autorités judiciaires compétentes.

10) L'entrée des membres du RDR dans les institutions républicaines
- Conseil Economique et Social (CES)
- Commission Electorale Indépendante (CEI)

11) La reprise des relations bilatérales et multilatérales
Les relations bilatérales et multilatérales avec les Bailleurs de fonds (FMI et Banque Mondiale), l'Union Européenne, la France et la Banque Africaine de Développement ont repris. Les Ambassadeurs des pays de l'Union européenne ont, le lundi 18 février 2002, rencontré le Premier Ministre Affi N'guessan. A cette occasion, il a été dit qu'une lettre officielle de reprise de la coopération entre la Côte d'Ivoire et l'Union européenne va être adressée à la Côte d'Ivoire très bientôt.


CONCLUSION
La Côte d'Ivoire est l'un des pays les plus touchés par les conflits ethniques. Mais ces conflits n'ont pas entraîné des troubles conduisant à des guerres civiles. L'apaisement des ethnies en opposition se fait toujours rapidement. En 2000 et 2001, la Côte d'Ivoire était à la une dans les journaux en matière de conflits. De fin 2001 à début janvier2002, des rencontres ont réengagé la Côte d'Ivoire sur la voie de la paix, de la fraternité africaine, de la cohésion sociale et de la syntonie.

BIBLIOGRAPHIE

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Conflit foncier guéré-burkinabé à Bloléquin : "La terre n'appartient plus à celui qui l'a mise en valeur " in Soir info du lundi 14 mai 2001, n° 2014, p.9

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