MOST Ethno-Net publication: ICTs and International Cooperation

MOST ETHNO-NET AFRICA PUBLICATIONS

Information & Communication Technologies (ICTs), Training

and International Scientific Cooperation

MOST / ENA / LIMSI, 2002


Carte de localisation au Bénin
des partis politiques dominants à forte base ethnique


AGOSSOU Christian
Université Nationale du Bénin
03 - BP 0455 - Cotonou - Bénin
Tél : (229) 30-21-12 / 33-29-65


Au cours de l'année 2000-2001, le groupe de réflexion Ethno-Net/Bénin s'est retrouvé à plusieurs reprises pour définir les axes prioritaires dans lesquels il pourrait conduire un certain nombre de travaux de recherche dans le cadre de ses activités.

Il a été retenu de reprendre comme premier axe de recherche les bases de données sur l'ethnicité au Bénin initialement commencé par le responsable du groupe il y a quelques années. L'un des points limitant cette volonté et qui a été longuement débattu fut la possibilité de trouver des sources de financement pour soutenir les efforts des chercheurs. Malgré les moyens limités du groupe et après concertation, un mini programme de recherche a été retenu. Il s'agira essentiellement de réfléchir sur les thèmes suivants :
- Carte politique du Bénin et localisation des partis ethniques
- Identification des conflits ethniques au Bénin
- Groupes ethniques dominants du point de vue politique au Bénin depuis 1960.
- Les bases de données socio-ethniques et les sources de conflits

Pour la présente rencontre, un exposé a été préparé sur le premier thème dont voici les premiers résultats.

INTRODUCTION
Depuis février 1990, la conférence des forces vives de la nation béninoise a ouvert la voie à la démocratie fondée sur un système multipartiste intégral. Le souci premier était donc de libérer toutes les formes d'énergie tant collective qu'individuelle, politique qu'économique, sociale que culturelle. Le but essentiel visé était de permettre à la vie nationale de s'organiser pour sauvegarder l'émancipation du pays tout entier par la participation libre de toutes les Béninoises et de tous les Béninois à la gestion des affaires de la Nation.
Ce peuple avait déjà fait l'expérience d'un tel système politique de 1960-1972 avec la triarchie tournante : Groupe Ethnique du Nord (GEN) de Hubert Maga ; Parti Républicain du Dahomey (PRD) de Apithy ; Union Démocratique du Dahomey (UDD) de AHOMADEGBE.

Mise entre parenthèses pendant 17 ans (1972-1989) avec l'avènement de la révolution, cette vie politique a aujourd'hui libéré les rancœurs longtemps contenues et a laissé libre cours au foisonnement des partis politiques (15 en 1991 et 116 en 1999 et plus depuis 1999 jusqu'à nos jours. Ces partis sont juridiquement d'obédience nationale mais ils ne sont en réalité que des partis de régions, d'ethnie et même d'individu, car ne défendant généralement et dans les faits que des intérêts régionaux ou ethniques. Face à ce contact, une question fondamentale se dégage : Doit-on parler des partis politiques ou d'associations régionales, sous-préfectorales ou communales au Bénin ?
Un sommaire état des lieux nous permettra d'avancer quelques éléments de réponse.

Concentration de l'électorat, groupes ethniques représentés
Depuis l'abandon du régime marxisme léniniste, en 1989, l'option de la démocratie comme nouvelle vie politique dans notre pays exige la mise en place des institutions diverses devant conduire et faire évoluer la ''machine démocratique''. Mais au-delà des institutions, nous pouvons dire que la démocratie béninoise doit aussi son existence et son épanouissement à la vie des partis politiques qui animent la scène nationale. Cependant, le constat est que certains partis politiques ont pour la plupart, et ceci de par leur naissance et leur assise, une base plus ethnique, régionale que nationale. Et les résultats des récentes élections législatives en sont un exemple illustratif car montrant la manifestation d'une certaine concentration de l'électorat et groupes ethniques.
Qu'en est-il alors ?

(cf. la nouvelle carte politique du Bénin après les élections législatives : Journal ''le Matinal''n°366).

Une observation attentive de l'évolution numérique du nombre de députés obtenus dans chaque parti dans une circonscription électorale et suivant le nouveau découpage territorial a montré que l'ethnicité de l'électorat a joué beaucoup.

Ainsi, lorsque nous prenons la renaissance du Bénin (RB) le parti qui a le plus de député, nous constatons que si nous prenons le département du Zou ayant les 23ème et les 24ème circonscriptions électorales regroupant Abomey, Bohicon, Agbangnizoun, Zogbodome, Djida, Zakpota, Covè, Houinhi à dominance Fon, la RB a récolté tous les huit (8) sièges à pourvoir. Au niveau des collines, la neuvième (9ème) circonscription regroupant Banté, Savalou, Dassa, zone peuplée majoritairement Mahi, la RB a deux (2) députés sur trois pourvus. Et ceci par rapport à l'appartenance ethnique des deux candidats tels que M. Codjo ATCHODE originaire de Banté (Nagot) et M. Vinounou AZONDEKON originaire d'Aklankpa (Mahi). Mais au-delà de ces considérations, il semble que l'origine maternelle (Savalou) de la présidente de la RB aurait pour quelque chose dans l'acquisition de ces sièges dans ces circonscriptions. Dans le Littoral (15ème et 16ème) circonscriptions, la RB a décroché huit sur neuf (8/9) sièges à pourvoir. Le seul siège restant est obtenu par le PRD dans la zone d'Akpakpa Sègbèya, Yenawa à dominance Goun et Wemê.

Au niveau de l'Atlantique, malgré l'influence de la RB (six sur neuf députés), Mr Valentin HOUDE a pu émerger à Zè, son village natal.
Au Mono et dans le Couffo, le Parti Social Démocratique (PSD) de Bruno AMOUSSOU a obtenu sept sur huit (7 sur 8) députés. Le siège restant a été pris par M. Aurélien HOUESSOU de la RB originaire aussi de la même zone.
Par ailleurs, quant aux départements des Plateau et Ouémé, nous pouvons noter encore que l'appartenance régionale ou ethnique des leaders ou candidats des partis a joué sans doute un grand rôle. Si nous prenons par exemple l'Ouémé (Porto-novo, Aguégué, Adjara, Sèmè Podji) le PRD a pu obtenir quatre sur cinq (4/5) sièges à pourvoir. Le reste a été pris par le Ministre Joseph GNONLONFOUN du Parti National Ensemble à Sèmè, sa terre natale. La 22ème circonscription électorale regroupant Kétou et Pobè a été fief du Mouvement d'Action pour le Développement et le Progrès (MADEP) de M. Séfou FAGBOHOUN. Tous les trois sièges à pourvoir lui sont revenus.

Aussi est-il aisé de constater le même phénomène lorsque nous quittons le Sud pour le Nord. Malgré la scission du FARD-ALAFIA donnant vie au CAR DUNYA, nous avons constaté toujours la fameuse concentration de l'électorat et groupes ethniques représentés. M. Moussa CAKPO a pu être élu par les ''adeptes'' de la RB à Parakou. Cette élection serait due à la dominance des Fon et Mahi dans la zone. Les autres candidats sont élus selon la popularité de chacun des leaders car FARD-ALAFIA et CAR-DUNYA sont les deux partis les plus représentatifs du septentrion. Mais cela n'a pas empêché d'autres partis de ''foncer''. Ces partis ont bénéficié de la fidélité et de la confiance des leurs membres.

A la Donga (Bassila, Ouaké, Djougou, Copargo), le FARD a eu un député sur deux (1/2) qui est Issifou AKOBI originaire de Bassila puis le second est obtenu par le MADEP dont le représentant est Issa KPARA natif de Ouaké et ceci grâce à la popularité de celui-ci dans la région.

Pour finir, nous pouvons prendre deux exemples :Atacora (2ème et 3ème circonscriptions électorales) et l'Alibori (1ère circonscription électorale). Au niveau du 1er, il y a trois (3) postes à pourvoir ; le FARD en a eu deux Daniel TAWEMA et Paul TAWEMA : l'un est de Matéri et l'autre de Tanguiéta. L'honorable Emmanuel TIANDO de l'alliance IPD a été élu dans l'Atacora, centre où il a vu le jour.
Du côté de l'Alibori regroupant Karimama, Malanville, Banikoara, Kandi Ségbana, Gogounou, il y a trois à pourvoir. Le FARD a eu deux :M. Jérôme SAKAKINA originaire de Kandi et secrétaire général du parti, et M. ALAZI Sinti natif de Malanville puis, l'alliance Etoile a occupé le reste du siège c'est M. Aboudou ASSOUMAN qui est aussi de Malanville.

Cependant, comme nous venons de le voir, presque tous ces partis ou alliances de partis ont une assise régionale et plus ou moins nettement ethnique. C'est l'une des raisons pour lesquelles la plupart des députés des dernières législatives doivent leur succès à ce facteur régional et ethnique grâce à la fidélité de leurs ''parents''. Néanmoins, l'autre lecture que nous pouvons faire des législatives est qu'en réalité les électeurs, dans une certaine mesure ont voté pour le fils de leur terroir parce qu'ils estiment que c'est seulement par ceux-là que le développement de leur région peut leur parvenir. Cette hypothèse est en partie vraie dans la simple mesure où il n'y a pas de partis qui soient allés aux élections sans avoir présenté des candidats dans chacune des circonscriptions électorales. Et par surcroît, c'est ici que l'image de la personnalité des candidats élus à jouer aussi dans leur région d'origine. Mais les élections présidentielles de mars 2001auront démontré l'importance du phénomène " argent " dans les joutes électorales. Autrement dit, l'important n'est pas de se créer un électorat aussi grand que possible pour remporter les élections ; les bases ethniques éclatent dès lors que l'on constate que l'argent d'un candidat peut résoudre un certain nombre de problèmes vitaux.

Au regard de cette situation à la fois géo-ethnique et géo-politique, on aurait pu penser que le Président de la République qui est un ressortissant du Nord, s'appuierait sur les partis politiques du Nord pour renforcer son pouvoir. L'observation de l'origine ethnique des ministres choisis par le Président Kérékou montre qu'il n'en est rien. Sûr de son électorat du Nord, (les frères ne se mangent pas entre eux), il se contente de renforcer son équipe par des ressortissants du Sud (6 Ministres originaires du Centre Bénin, 6 du Sud-Est, 4 du Nord et 2 du Sud-Ouest).
Plusieurs points sont à retenir à partir de toutes ces données.
- Les partis politiques ont une assise régionale et plus ou moins nettement ethnique
- Les électeurs ont voté pour le fils du terroir ;
- L'image de la personnalité des candidats élus a joué pour leur élection à l'intérieur de leur région ;

Mais le facteur le plus déterminant qui fait éclater les conflits, c'est l'argent, instrument de résolution de tous les problèmes. Pour ainsi dire, les antagonismes ethniques, qui ont éclaté depuis les premières présidentielles jusqu'à celles d'aujourd'hui ont été de puissants moyens de mobilisation et de rassemblement politico-ethnique. Ces moyens camouflent également les luttes personnelles pour le contrôle des richesses et du pouvoir national.

Conséquences des manifestations politico-ethniques

Les conséquences sont multiples :
- Le comportement régionaliste de la population explique la psychose politico-ethnique conduisant à l'ethnocentrisme ;
- La bourgeoisie béninoise cherche par tous les moyens et surtout sous l'impulsion des relents ethniques à contrôler le pouvoir, synonyme d'intérêts personnels
- La conférence des forces vives de la nation du Février 1990 a ouvert la porte à l'ère du renouveau démocratique. La chaîne du parti unique s'est brisée. On assiste ainsi au multipartisme : fuit de la démocratie de 1991 à 1999 le Bénin a connu trois législatives dont deux sont bouclées. On est passé de quinze (15) à cent seize (116) partis. Cette kyrielle de formations politiques n'a cessé d'inquiéter plus d'un. L'objectif que poursuivent les leaders politiques, n'est un secret pour personne : Il s'agit de défendre les intérêts régionaux voire ethniques qui sans aucun doute se transforment en intérêts personnels.
- Les multiples coups d'Etat connus par le Bénin depuis 1960 s'expliquent par les clivages ethniques ; et l'intervention de l'armée (1972-1990) sur la scène politique est interprétée comme la seule force politique pouvant arbitrer les conflits entre populations et ethnies qui ne s'entendent pas.
- Pour gérer l'équilibre ethnique au plan économique, d'importantes infrastructures (usines et autres équipements) ont été localisées dans les régions peu propices à les accueillir. D'où l'apparition d' "éléphants blancs " qui n'apportent rien à l'économie.

Au total, le débat politique se fait en termes de mouvance et d'opposition. Par rapport à cela, chacun des départements nouveaux comme anciens, s'aligne derrière l'un ou l'autre camp. Le train politique béninois est un " monstre à deux têtes " : Kérékou et ses alliés, SOGLO et les siens. Ce qui donne a penser qu'il y a une " ethnicisation " excessive de la politique. Les partis politiques les plus dominants (RB, PRD, FAR ALAFIA), sont nés sur une base ethnique et les conflits peuvent éclater à tout moment entre partis lorsque les paramètres de légitimité ne sont pas respectés par l'un ou l'autre parti. De plus, elle offre aux jeunes générations un exemple tronqué de la vie politique qui ne peuvent plus apprécier la vie démocratique dans sa juste dimension. La question finale serait de savoir s'il faut continuer à lutter sur des bases ethniques ou sur les intérêts particuliers.


Liste des membres du Gouvernement KEREKOU III


Noms & Prénoms
Poste occupé
Ethnie d'origine
Parti politique
KEREKOU Mathieu Président de la République, Chef d'Etat, Chef de Gouvernement Somba
ELEGBE Amos Culture et du Tourisme Savè
ZOSSOU Gaston Communication et des Technologies Nouvelles Goun Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP)
SEHOUETO Lazard Commerce et Industrie Fon M A P
FASSASSI Kamarou Energie, Mines et Hydraulique Yoruba P R D Nouvelle génération au
KANDISSOUNON Céline Santé Publique Kandi Mouvance (Amoussou Bruno)
SOSSA Dorothé Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique Mahi Société civile
TCHABI Orou Enseignement Primaire et Secondaire Nagot (Tchaourou) Fard Alafia
GNANCADJA Luc Environnement, Habitat et Urbanisme Ouidah
LAOUROU Grégoire Finance et économie Bantè (Itcha)
AYEMONA Claire Condition féminine Fon Société civile
AMOUSSOU Bruno Ministre d'Etat chargé de la Coordination de l'Action Gouvernementale, du Plan et du développement Adja Parti Social-Démocrate
OTCHO Pierre Ministre d'Etat charge de la Défense Fon Sans parti
TAWEMA Daniel Intérieur, de la Sécurité et de la décentralisation Berba Fard-Alafia
SOHOUNHLOUE Dominique Enseignement Technique et Professionnel Kotafon (Lokossa) Parti Social-Démocrate
KOLAWOLE Idji Affaires Etrangères et de l'Intégration Africaine Nagot (Kétou) Mouvement Africain pour la Démocratie et le Progrès
NATTA Théophile Agriculture, Elevage et Pêche Ottamari Impulsion pour le Progrès et la Démocratie (IPD)
BATOKO Ousmane Fonction Publique, du Travail et de la Réforme Administrative Bariba Fard-Alafia
GNONLONFOUN Joseph Justice, Garde des Sceaux et des Droits de l'Homme Goun Parti National Ensemble
ATTIN Sourou Travaux Publics et des Transports Idatcha
HOUDE Valentin Jeunesse, des Sports et des Loisirs Aïzo (Zè) Rassemblement pour le Progrès et le Renouveau (RPR)


Autres Institutions


HOUNGBEDJI Adrien Président de l'Assemblée Nationale Goun Parti du Renouveau Démocratique
OUINSOU Conceptia Présidente de la Cour Constitutionnelle Adja Sans Parti
ADANLIN Timothée Président de la Haute de l'Audiovisuelle et de la Communication Fon Union Démocratique pour la Force et le Progrès

ABOUDOU Saliou
Président de la Cour Suprême Dendi (Djougou) Mouvance


© The ideas and opinions expressed in this article are those of the author
and do not necessarily reflect the views of UNESCO.

© Les idées et opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur
et n’engagent pas la responsabilité de l´UNESCO.