MOST ETHNO-NET AFRICA PUBLICATIONS

DÉMOCRATISATION ET RIVALITÉS ETHNIQUES AU CAMEROUN
DEMOCRATIZATION AND ETHNIC RIVALRIES IN CAMEROON

Publications du CIREPE, n°1
coordonné par
Dieudonné ZOGNONG et Ibrahim MOUICHE



Table des matières / Table of contents


© The ideas and opinions expressed in this publication are those of the authors and do not necessarily represent the views of UNESCO.

© Les opinions exprimées dans cette publication engagent la responsabilité des auteurs et ne réflètent pas nécessairement le point de vue de l'UNESCO.


PRÉFACE

Jusqu’à la fin de la guerre froide, le discours intellectuel a constamment tendu à faire de l’ethnisme un phénomène typiquement africain. Mais la libéralisation politique des régimes totalitaires en ex-URSS et en europe de l’est est venue révéler les replis identitaires comme un phénomène planétaire. et il y a bientôt une décade que les débats et les recherches - interventions sur la politisation de l'ethnicité se sont rendus inévitables tant au plan mondial que dans le contexte africain ; un contexte marqué depuis l'ouverture démocratique par l'explosion des affirmations identitaires et sectaires, souvent accompagnées de rivalités violentes.

Et si l'on s’accorde à dire que les cas rwandais et burundais, pour ne citer que les plus récents, ne constituent que les figures extrêmes de la corruption politique de l'ethnicité et du dévoiement de la pluralité, ( cette valeur démocratique qui fait son entrée en Afrique plutôt sous un joug belliqueux), c'est que ces pays n'en ont ni l'apanage, ni l'exclusivité. La presque totalité des pays africains, conglomérats et mosaïques ethniques s'il en fut, se trouvent en effet à des trajectoires différentes sur le chemin de l'exacerbation des antagonismes ethniques, à l'ombre des joutes politiques.

L'ethnie est rapidement devenue en Afrique un fonds de commerce politique, et les comportements des sujets de la démocratie fortement ethnocentrés. Affectivité ethnique et affectivité politique sont deux phénomènes partisans qui coïncident en Afrique ce d'autant plus que, comme le dit Mamadou Diouf, l'ethnie est ici le site primaire de l'engagement politique. D'où les votes ethniques qui persistent toujours de façon globale.

C’est sous ce rapport de réalités sociologiques têtues que se justifie dans la recherche, une approche ethnisante, qui, bien que n'étant ni une fin en elle-même, ni arbitraire, se présente comme la clé appropriée pour comprendre les nouvelles dynamiques sociales. Cette approche ethnisante des problèmes ethniques est loin de raviver les rivalités, comme l'estime une certaine opinion. Il s'agit plutôt de s'inscrire en faux contre la politique de l’autruche qui fuit le tabou ethnique, étant donné que les données anthropologiques africaines s'accommodent mal de ce préjugé qui atteint même les chercheurs.

Les solutions les plus déterminantes aux rivalités ethniques sont suggérées ici comme consistant dans une nouvelle orientation des politiques de construction nationale moins centralisatrices et mieux adaptées aux réalités africaines; les politiques centralisatrices en vigueur en Afrique pendant plus de 30 ans ayant abouti aux résultats exactement contraires à ceux escomptés: la production des forces centrifuges plutôt que centripètes, due au musélage et à la compression des identités ethniques. C'est donc sans étonner qu'à la fin des régimes autocratiques de parti unique, régimes de consensus artificiels et de façade, que les sentiments ethno-régionaux explosent dans le vent de la liberté retrouvée.

A l'ère de l’universalisation du modèle démocratique, la pluralité est une valeur par excellence; et pour les nouvelles politiques de construction nationale, une bonne régulation ethnique semble passer désormais par l’ajustement de la forme de l'Etat et des institutions aux configurations sociologiques et anthropologiques complexes des pays africains. D'où l’impératif d’une démocratisation intégrale et authentique.

C'est dans cette perspective qu'à travers un riche éventail thématique, le présent ouvrage collectif met en évidence pour les dénoncer les différents visages de la corruption politique de l'ethnicité au Cameroun dès les premières heures de la démocratisation. L'on examine ici le rôle joué par les médias dans l'exacerbation des rivalités ethniques, les survivances des taxonomies coloniales des ethnies dans l'Etat post-colonial, les revendications d'affirmative -action par des groupes dits minoritaires ou autochtones, les velléités hégémoniques et contre-hégémoniques des groupes dits dominants: la question bamiléké généralement répugnée par les chercheurs fait l'objet ici de deux contributions ; le problème de l'intégration politique des femmes n'est pas en reste. Toute cette thématique converge vers la position en termes neufs de la question nationale au Cameroun. Les propositions également émises ici dans une vision prospective peuvent avantageusement être prises en compte par les décideurs et les chercheurs.

L'ouvrage est l'oeuvre d'une équipe pluridisciplinaire d'universitaires camerounais regroupés au sein du CIREPE, qui focalisent leurs travaux sur les nouveaux enjeux de l’ethnicité en Afrique.

Après ce premier coup d'essai, à mon avis réussi, la recherche sur la problématique ethnique a encore beaucoup de défis sur son chemin. C'est pourquoi le CIREPE travaillera désormais dans un cadre plus vaste, le réseau ETHNONET-AFRICA, du programme UNESCO- MOST (Management of Social Transformation), network africain sur l'ethnicité où le CIREPE assure le Bureau ETHNONET - Cameroun.

Puisse la présente contribution apporter sa pierre à une meilleure compréhension et maîtrise des enjeux de l'ethnicité ; puisse t-elle également contribuer à une convivialité interethnique et catalyser la paix au Cameroun, d’autant que la diversité ne doit pas être source de division mais facteur d’enrichissement.

    Professor Paul N. Nkwi,
    Coordonnateur du projet ETHNONET- AFRICA

FOREWORD

Up to the end of the cold war, intellectual discourse constantly tended to make of ethnicity a typical African phenomenon. But the political liberalisation of the totalitarian regimes of the ex-Soviet Union and Eastern Europe shall come to reveal the identity twists as a global phenomenon. And it shall soon be a decade that debates and operational researches on the politicisation of ethnicity became inevitable, both at the level of the world as well as on the specific African context. A context marked with the explosion of identity and sectarian assumptions, accompanied with violent rivalries since the advent of democracy.

Observers agree to say that the cases of Rwanda and Burundi, just to mention the most recent, only constitute the extreme faces of the political corruption of ethnicity and the deviation of plurality (this democratic value which makes its entry in Africa rather on a bellicose way). That means, these countries don't have the exclusivity thereof.: Almost the entire African countries, ethnic conglomerates and mosaics, find themselves in effect on different paths as concerns the exacerbation of ethnic antagonisms, due to political jousts.

In Africa, ethnicity has fast become a political business, and the behaviour of the actors of democracy highly ethnocentred. Ethnic affectivity and political affectivity are two partisan phenomena which coincide here, and so much so that, as says Mamadou Diouf, the ethnic group is herein the primary site of political commitment, hence, the ethnic votes which continue to persist in a global manner.

It is under this relationship of stubborn sociological realities that an ethnic approach is justified in africanist research, which even though not an end on its own, nor arbitrary, presents itself as an appropriate key to understand african problems. An ethnic approach to ethnic problems is far from adding thereof to the exacerbation of rivalries, as a certain opinion estimates it.

Specific african anthropological realities adapt hardly to this taboo which affects even researchers. The most determining solutions to ethnic rivalries are herein suggested as consisting of a new orientation of national policies, adapted to the sociological realities of African countries. Centralising policies in force in Africa for more than 30 years have indeed ended up with results completely contrary to those expected : The production of centrifugal rather than centripetal forces, due to the unoozing and compression of ethnic identities. It is therefore without surprise that at the end of the one party autocratic regimes, artificial and apparent consensus regimes, that ethno-regional sentiments explode under the current waves of liberty.

In the democratic era, plurality is a value par excellence, and for new national construction policies, a good ethnic regulation seems henceforth to come through the adjustment of the form of states and institutions with complex sociological and anthropological configurations. Hence, the imperative of an integral and authentic democratisation.

It is in this perspective that through a wide range of themes, this collective work underscores and denounces the different faces of the political corruption of ethnicity in Cameroon, since the early hours of democracy. We hereby examine the role played by the media in the exacerbation of ethnic rivalries; the survival of ethnic taxonomies in the post-colonial state; the affirmative action claims by presumed minority and indigenous groups; the problem of some tribal hegemonies. The Bamiléke problem is here subject to two contributions. The question of the political integration of women is not left behind. All this set of themes converge towards the position in new terms of the national question in Cameroon. Equally, propositions advanced herein in a prospective vision can be taken into account by decision makers and researchers.

The book is the work of a pluridisciplinary team of Cameroonian academics brought together under the banner of CIREPE, who focus their works on the new stakes of ethnicity in Africa.

After this first trial, research on the ethnic issues still has many challenges ahead of it. This is why CIREPE shall henceforth work in a wider framework: ETHNONET-AFRICA, the UNESCO-MOST network programme (Management of Social Transformation), an African observatory on ethnicity, where CIREPE operates as ETHNONET-Cameroon Bureau.

May this work be a strong contribution to a better understanding and mastery of the stakes of ethnicity and rebound as a catalyst to peace in Cameroon. So that diversity must not become a source of division but an enriching factor.

    Professor Paul N. NKWI,
    Coordinator, ETHNONET – AFRICA

INTRODUCTION GENERALE

Historiquement, la question ethnique a toujours eu au Cameroun une forte résonance politique, alimentant tant la culture populaire que savante ; et la vague démocratique enclenchée depuis 1990 a comme par enchantement coïncidé avec plusieurs formes de replis identitaires et de rivalités ethniques, donnant une coloration spécifique au processus de démocratisation, l'entrepreunariat des acteurs politiques majeurs ainsi que les attitudes des populations semblant avoir systématiquement suivi les chemins de retranchements régionaux. Aussi l’ethnie s’est-elle révélée comme le site primaire de l’engagement politique. La démocratie est-elle le jardin du tribalisme ? Déjà au lendemain des élections de 1992, des données statistiques révéleront une répartition ethno-régionale des votes.

Aujourd'hui, les replis identitaires se vérifient à divers niveaux de la scène nationale: configuration des partis politiques, des associations civiles et culturelles, des fiefs électoraux voire la formation des lobbies, le déploiement de la presse écrite, etc. Il faut en ajouter la résurgence des questions " anglophone " , " bamiléké ", " kirdi " et plus récemment, la question de l'autochtonie chez les Sawa à Douala. Toutes choses qui donnent un visage atypique à la démocratisation au Cameroun, où la compétition politique semble en effet s'être systématiquement muée en compétition ethnique.

Le CIREPE était ainsi fondé à se demander si les rivalités ethniques au Cameroun ne constituaient pas un obstacle à court, à moyen et à long terme à une démocratisation authentique et pacifique de notre pays. D'où le lancement en 1996 de cette étude sur "Démocratisation et rivalités ethniques au Cameroun", avec pour objectif principal d'évaluer les sensibilités politiques des Camerounais en fonction de la variable ethnique.

Cette étude s'est voulue rétrospective et prospective et l'on se proposait aussi de faire le point sur :

  • la culture et la socialisation politique des Camerounais, sept ans après l'ouverture démocratique;.
  • les réflexes paroissialistes et régionalistes des Camerounais dans leurs comportements politiques, notamment en matière électorale;
  • et les velléités hégémoniques supposées ou réelles de certains groupes ethniques.

Cadre de l'étude

L'étude qui s'est déroulée de novembre 1996 à mai 1997 couvre les dix provinces que compte le Cameroun, avec pour sites d'enquêtes les capitales provinciales. Le Cameroun, cadre humain et physique de l'étude se caractérise par une exceptionnelle complexité et diversité. Car en effet, pays de l'Afrique centrale d'environ douze millions d'habitants, il comprend plus de deux cents groupes ethniques, parlant autant de langues nationales, à côté du français et l'anglais, les deux langues officielles. Quatre grands ensembles culturels se partagent le pays: les populations bantoues de la zone forestière, les semi-Bantous de la zone de savane, les populations de l'ensemble soudano-sahélien du grand Nord-Cameroun et les peuplades négritiques de la côte de Guinée.
 
TYPE DE L’ÉTUDE ET MÉTHODOLOGIE

L'étude s'est voulue à la fois quantitative et qualitative dans ses approches méthodologiques
 

Pour le volet quantitatif

L'enquête de terrain s'est déroulée de novembre à décembre 1996, l'outil de collecte de données étant un questionnaire (en français et en anglais) de quarante-deux questions monté conformément aux objectifs de la recherche. Il a été administré par dix chercheurs du CIREPE, déployés dans les dix capitales provinciales du Cameroun, choisies comme sites de l'enquête quantitative:Bafoussam, Bamenda, Bertoua, Buéa, Douala, Ebolowa, Garoua, Maroua, Ngaoundéré et Yaoundé.

 

Échantillonnage et sélection des unités statistiques

La conception du plan de sondage s'est articulée autour de quatre axes. Il fallait respectivement définir une base de sondage adéquate, procéder au choix de la taille de l'échantillon et des sous-échantillons, repérer le mode de tirage approprié. En raison de l'inexistence de données primaires sur la répartition ethnique au Cameroun, la base de sondage a été reconstituée à partir des quotas linguistiques de la SIL (Société Internationale de Linguistique) dans son annuaire (1991) et son atlas linguistique ALCAM (1984), qui donnent la répartition ethnique suivant le critère linguistique. Les chiffres sont corrigés et ajustés à l'année 1996 en tenant compte du taux de croissance démographique (2,9 %). L'option de la méthode du sondage stratifié par grappes s'est fait en fonction des quatre variables retenues: l'ethnie, variable principale, suivie des variables sexe, deuxième langue officielle et niveau d'instruction. La taille de l'échantillon prenait en compte les critères traditionnels tenant au seuil de signification, la marge d'erreur et l'estimation des grandeurs en présence, toutes choses ayant conduit au tirage d'un échantillon minimum de huit cent soixante douze sujets, chiffre que nous avons élevé à mille et réparti sur six sous-échantillons de sujets âgés de vingt à quatre-vingt un ans:

- Nordistes et assimilés (Province du Nord, Adamaoua, Extrême-Nord)
- Bassa (Littoral et Centre)
- Béti et assimilés (Province du Sud, Centre, Est)
- Bamoun (Ouest)
- Grassfields (Ouest et Nord-Ouest)
- Sawa (Littoral et Sud-Ouest)
 

Pour le volet qualitatif

L'enquête quantitative a été étayée et complétée par des études thématiques qualitatives réalisées par les chercheurs du CIREPE dont les noms suivent :

Ferdinand Chindji Kouleu : "Ethnies, médias et processus démocratique au Cameroun : analyse de contenu de quelques journaux"

Emmanuel Tatah Mentan : "Colonial legacies, democratization and the ethnic question in Cameroon"

Dieudonné Bondoma Yokono : "Ajustement structurel, solidarités ethniques et équilibre socio-politique au Cameroun"

Dieudonné Zognong : "La question bamiléké pendant l'ouverture démocratique au Cameroun"

Wang Sonnè : "De la dynamique de la qualité d'autochtone dans le processus de démocratisation au Cameroun : le cas de la région de Douala"

Ibrahim Mouiche: "La question nationale, l’ethnicité et l’Etat en Afrique : le cas du Cameroun"

Joseph Patrice Onana Onomo : "Symétries hégémoniques béti-bamiléké et rivalités politiques au Cameroun"

Jean–Jules Fomchigbou Mbanchout  : "L’intégration socio-politique de la femme au Cameroun : le cas de la société bamoun"
 

Analyse des données

Pour l'analyse quantitative des données collectées sur le terrain grâce aux questionnaires, les données relevant des questions fermées ont été saisies et analysées sur logiciel EPI INFO (du CDC, Atlanta, Etats-Unis) installé sur un ordinateur de type PC. Les questions ouvertes quant à elles ont été exploitées suivant les procédures de l'analyse de contenu: dépouillement manuel et regroupement thématique des informations recueillies.

 

Résultats de l'étude

Les résultats se présentent sous une quadruple articulation:

1- Culture et socialisation politiques
2 - Eveil politique des femmes
3- Sensibilité politique et appartenance ethnique
4- Question nationale et replis identitaires

 
Culture et socialisation politiques

Le propos ici était de savoir d’une part , dans quelles proportions les Camerounais sont imprégnés d’une culture politique de participation et d’autre part l’impact des pesanteurs ethno-régionales sur l'autodétermination du citoyen, en tant que sujet averti de la démocratie. Cette enquête révèle une maîtrise considérable des concepts de base de la démocratie classique, après sept ans de processus de démocratisation. Ainsi, sur la définition de la démocratie, la quasi-totalité des sujets interrogés, toutes ethnies confondues fait référence à la souveraineté du peuple et à la participation politique, la justice, l'égalité et l'Etat de droit, la pluralité et la liberté d'opinion et surtout, la libéralisation de la sphère politique et économique ; 7 % seulement des sujets avouent ne pas savoir ce qu'est la démocratie.

Cette sécularisation politique en progression prend le contre-pied d'un certain discours intellectuel qui dès les années 1990, opposant universalisme démocratique et relativisme culturel, soutenait que le régime démocratique, en tant que pur produit de la sphère culturelle européenne ne pouvait être que l'apanage exclusif de l'Occident, l'univers culturel et sociologique des sociétés africaines ne prêtant pas à une démocratisation authentique. L’on prenait à témoins les tendances " traditionnelles " des sociétés africaines pour le consensus, la solidarité collective, l’identité commune, les relations personnelles informelles qui semblent contraires à l’individualisme démocratique, la compétition interpersonnelle et les relations formelles caractéristiques de la démocratie multipartisane.

Ce point de vue s'avère aujourd'hui d'autant plus caricatural que très peu de Camerounais se montrent nostalgiques du parti unique : 87 % des enquêtés reconnaissent les vertus du régime pluraliste malgré certains dysfonctionnements qu'il entraîne; et 91 % reconnaissent la nécessité de s'inscrire sur une liste électorale. Dans le même registre, pour déterminer si le manichéisme politique, la politique-passion et d'affection qui ont persisté au Cameroun autour de l'élection présidentielle d'octobre 1992 connaît une mutation positive, l'on a questionné les sujets sur les représentations du parti adverse. Ainsi 9 % se représentent l'opposition comme de simples adversaires du pouvoir en place et non plus comme des ennemis, tandis que 56 % la définissent comme des défenseurs des droits de l'homme et de la démocratie.

Toutefois, il persiste encore une proportion non négligeable de 14 % qui présente les "opposants" comme des " fauteurs  de troubles sociaux ", ce qui laisse à penser qu'il y a encore pour les leaders politiques un important travail de socialisation politique à mener pour dépassionner les attitudes.

Au sujet du problème crucial de la connaissance et de l'importance accordée par les populations à un programme politique, 81 % des sujets affirment s'intéresser aux programmes politiques comme projets de société des partis, contre 19 % qui se recrutent surtout parmi les couches les moins scolarisées. On peut cependant relever quelques variations régionales car, si au sein des groupes étudiés, plus de 80 % des sujets déclarent être surdéterminés dans leurs comportements électoraux par la connaissance des programmes politiques et non par l’affectivité ethnique, il reste que dans le sous-échantillon des " Nordistes " et assimilés où la culture politique s'avère très paroissienne, la culture de sujétion constitue une pesanteur non négligeable. Ici, plus de 27 % des individus ne savent pas ce qu'est un programme politique, avec les conséquences électoralistes que cela peut impliquer. La sécularisation politique est donc certes en nette progression mais, du fait que c'est avec beaucoup de peur et de méfiance que la plupart de nos enquêtés se prêtaient à nos entretiens, percevant la politique comme dangereuse, le jugement peut comporter des réserves, eu égard à ce tabou persistant.
 

Eveil politique des femmes

En Afrique, l'intégration politique des femmes est un indice certain de leur socialisation politique. Et, en ce qui concerne le Cameroun, outre la constitution qui reconnaît le principe de l'égalité des sexes, le discours politique a toujours reconnu la nécessité de l'intégration politique des femmes et la lutte contre la discrimination dont elles sont l'objet. Néanmoins, dans la pratique, c’est avec la démocratisation de la décennie 90 que cette participation de la femme à la vie politique s’est améliorée.

C'est ainsi qu'au cours de notre enquête, à la question de savoir si les femmes avaient les mêmes droits politiques que les hommes, 78 % des femmes et 75 % des hommes nous répondaient par l’affirmative. 73 % des femmes et 63 % des hommes pensent même qu'elle peut exercer la charge de la magistrature suprême.

Le Congrès extraordinaire du R.D.P.C de 1995 à Yaoundé est allé plus loin dans la volonté d'intégration des femmes, en fixant un quota de représentations féminines dans les instances décisionnelles à l'instar du Parlement. Mais ce train de mesures demande encore à être mis en pratique. L'on peut ainsi déplorer que l'Assemblée Nationale issue des législatives de Mai 1997 demeure une assemblée masculine avec seulement 10 femmes contre 23 dans l'ancienne chambre, sur un total de 180 députés. D'où il en a résulté un tollé de protestations chez des leaders féministes.

Sur le rapport de cet éveil, les femmes qui constituent près de 52 % de la population camerounaise pourraient de toute évidence transformer cette surface démographique en majorité politique en contexte électoral, d'autant qu'il reste que la clé de leur émancipation d'un conditionnement social aliénant passe par l'accession aux postes de décision. Il faudrait cependant pour cela l'émergence de leaders politiques femmes en vue d'organiser le potentiel politique féminin en dormance. C'est le lieu d'encourager le travail de conscientisation qu'opèrent sans relâche quelques associations camerounaises de promotion féminine. Car du fait des dispositions mentales hors d'état de catalyser l'épanouissement politique de la gent féminine, elles restent vertigineusement sous représentées dans les arènes de décision puisque leur entrée en politique ne daterait que de l'Indépendance. Plusieurs raisons concourent à ce biais sexiste:

- l'absence d'ambition politique avec la conviction que la politique est l'apanage de l'homme ;
- le rôle de mère, de ménagère et d'épouse qui prédomine sur celui de citoyenne ;
- les modalités et conditions d'accès aux postes électifs, comme l'exigence d'une caution s'avèrent prohibitives pour les femmes, pauvres dans leur immense majorité
- l'absence d'information et l'analphabétisme de celles-ci .

Quelques indicateurs donnent une idée des conséquences de cet état de marginalisation,

- Sur près de 130 Présidents de partis politiques, une seule est femme
- Sur une trentaine de ministres 2 seulement sont femmes
- Sur 180 Députés, 10 seulement sont femmes
- Sur 334 Maires, 2 seulement sont femmes.
- Aucune femme n'a jamais été nommée au commandement territorial.

Au vu de ceci, il est significatif que parmi nos enquêtées, 42 % soient favorables à l'opposition contre 35 % pour le pouvoir, qui à leur avis ne promeut pas suffisamment les femmes, malgré les éclats médiatiques des congrès. 26 % sont sans affinité politique.
 

Sensibilité politique et appartenance ethnique

Au chapitre de la sensibilité politique, il convient de remarquer d'abord que l'apathie politique présente toujours des survivances au Cameroun. 22 % des sujets enquêtés affirment n'avoir aucune appartenance politique et sont apolitiques par principe ; pire, ils ne prennent délibérément pas part au vote. Pour le reste, 48 % sont proches de l'opposition contre 30 % pour le pouvoir. En ce qui concerne la variation ethnique des sensibilités politiques, on ne peut certes plus, compte tenu des mutations socio-politiques et économiques qui ont conduit à la sécularisation culturelle, parler de découpage ethnique rigide des sensibilités politiques ( voir Le Messager n° 252 du 7 mars 1992.). Néanmoins, la variable régionale reste caricaturalement significative.

En effet, 53 % des Bamoun se disent proches de l'opposition, contre 36 % pour les Bassa, 20 % pour les Béti et assimilés, 56 % pour les Grassfields et assimilés, 42 % pour les Nordistes et assimilés et 33 % pour les Sawa et assimilés. 65 % des Anglophones se disent politiquement engagés contre 37 % pour les Francophones. D'où il découle que le plus grand taux d’apathie politique s'enregistrerait chez les Francophones. Cette réalité est en porte-à-faux avec la situation des années 90-93 où les masses furent très impliquées dans les mouvements de revendication démocratique. "Le changement" escompté s'étant longtemps fait attendre, l'on peut comprendre la résignation de beaucoup.

L'un des résultats les plus attendus de l'enquête de terrain était de savoir si les affiliations politiques des Camerounais restent toujours tributaires de l'appartenance ethnique, après sept ans d'apprentissage démocratique. L’étude permet de dire que les réflexes régionalistes ne sont pas totalement dépassés. Mais c'est un signe de progrès dans les mentalités que 78 % des Bamoun aient opté pour leurs partis politiques uniquement en fonction des idéologies de ces partis, et non parce que le fondateur était de leur région ou de leur ethnie. Ce chiffre est de 72 % pour les Bassa, 85 % pour les Béti, 83 % pour les Grassfields, 74 % pour les Nordistes et 70 % pour les Sawa et assimilés. Ces chiffres tranchant si net avec les observations quotidiennes, l’on peut s’interroger sur la sincérité des sujets interrogés .

Mais ces chiffres signalent au moins une tendance dans la sécularisation des comportements, et l'on est en droit d'affirmer que la variable ethnique est de moins en moins le seul facteur déterminant les options politiques des Camerounais, progressivement surdéterminés dans leurs choix par les programmes politiques que leur présentent les partis. Ainsi 57 % des Bamoun affirment connaître les programmes politiques de leurs partis, contre 72 % des Bassa, 61 % des Béti, 72 % des Grassfields, 62 % de Nordistes et 52 % des Sawa. Il est donc logique qu'une proportion nulle des sujets étudiés dise avoir voté pendant les trois dernières élections en fonction de l'unique critère régional, à l'exception d'une petite excroissance de 10 % et 8 % de Béti et Grassfields, respectivement.

 

Médias écrits et sensibilité politique

Au Cameroun, la libéralisation politique a fait le lit du pluralisme médiatique, avec la levée du monopole gouvernemental sur l'information . A preuve, l'embonpoint des kiosques à journaux avec plus de 70 titres , la variété des titres allant de pair avec la variété des tons. Le rôle des médias, en particulier les médias privés, a été déterminant dans l'apprentissage démocratique, dans la mesure où l'explosion vertigineuse des titres a joué un rôle crucial, comme ferment de l'éveil politique, la quasi totalité des journaux ayant inscrit le " changement " dans leur ligne éditoriale Dans la foulée, l'intérêt naissant des populations pour les mutations politiques s'est accompagné d'un intérêt spectaculaire pour la lecture des journaux dits d'opposition. Aujourd'hui, 67 % des sujets affirment lire régulièrement la presse écrite. Ce taux est de 53 % chez les femmes et de 71 % chez les hommes. Il faut noter que l'intérêt pour ces journaux demeure toujours étroitement en partie liée à la sensibilité politique des individus favorables ou non au " changement ". Au nombre des journaux les plus lus figurent : Cameroon Tribune, avec 33 % des enquêtés, Le Messager, 30 %, L'Expression 15 %.. The Herald, Challenge Hebdo, Génération, Le Nouvel Indépendant, Mutations, Cameroun Post, Le Quotidien, Dikalo, Le Patriote , etc, se partagent le reste du lectorat

Dès 1991, l'idée a été avancée selon laquelle la plupart des journaux d'opposition étaient sous l'emprise des lobbies ethniques, en particulier le lobby bamiléké, d'où l'invention à cette époque du fameux concept de " Sainte Trinité " pour désigner trois des journaux les plus importants détenus par ce lobby: Le Messager, La Nouvelle Expression, Challenge Hebdo. Cela préfigurait l'idée selon laquelle la lecture des journaux est considérablement tributaire des réflexes régionalistes. Or, à la question de connaître les raisons de la lecture préférentielle de ces journaux, 75 % des sujets de toutes les ethnies font référence à la qualité des informations servies. 32 % avancent diverses autres raisons et une proportion presque nulle reconnait leur effectivité ethnique ou idéologique pour les propriétaires de certains organes.

 

Question nationale et replis identitaires

Au Cameroun comme dans la plupart des pays africains, l'Etat a précédé la nation et cela a justifié le modèle étatique jacobin adopté par les dirigeants dès l’indépendance comme cheval de bataille dans les politiques de construction nationale. Mais l'exacerbation de l'ethnisme passionnel et la radicalisation des replis identitaires observés sur la scène du pays depuis l’ouverture démocratique semblent découler fondamentalement de l'échec de ces diverses politiques de construction nationale qui se sont succédé depuis la période coloniale.

En effet, depuis l’indépendance, le Cameroun a connu trois idéologies de construction nationale : celle de " l'unité nationale et de l'équilibre régional " du Président Ahidjo et celle de " l'intégration nationale " du Président Biya. Mais, face à la persistance, voire l'explosion de l'ethnisme au quotidien, il est constant dans la communauté des intellectuels et autres observateurs politiques que ces trois idéologies n'ont pas pu réaliser leurs objectifs pour la simple raison qu'elles ont pris une tournure démagogique et politicienne, les spécifités ethniques ayant été hypocritement niées, et l'intégration nationale n’ayant été que de façade. D’ailleurs, ces politiques proclamées semblent avoir abouti aux résultats contraires, en conduisant à une incessante aggravation des clivages ethniques.

La tâche était de savoir en définitive si ces idéologies officielles de construction nationale qui n'accordaient une attention particulière à la pluralité et à la complexité ethniques du Cameroun que pour les nier, n'ont pas constitué à terme la cause la plus pernicieuse de l'intensification et du développement des contradictions ethniques ; puis de l'apparition de la radicalisation et de l'expansion des rivalités dans le contexte démocratique d'aujourd'hui, avec pour enjeu essentiel la conquête du pouvoir perçue par les ethnies longtemps frustrées comme la clé symbolique de leur émancipation. C'est visiblement au niveau de la politique de construction nationale et de l'adaptation harmonieuse de la complexité ethnique à la forme de l'Etat que doivent être cherchés les éléments de solution aux replis identitaires qui explosent aujourd'hui.

C'est ainsi que la quasi - totalité des Camerounais (87 %) estiment qu'avec la vague actuelle du processus de démocratisation, il y a aggravation du " tribalisme " et des réflexes régionalistes au détriment de l'idéal national. A ce sujet, l'anathème est jeté sur les hommes politiques à qui la manipulation des masses est imputée. Et c'est avec une réelle révolte que sont évoquées les marches des politiciens sawa, baptisées " Marches sawa ", au lendemain des élections municipales du 21

janvier 1996 à Douala . Il s'agissait pour les initiateurs de ces marches de protester contre une présumée hégémonie politique des " Allogènes bamiléké " sur les " Autochtones sawa " dans ce que ces politiciens appellent leur terroir ancestral, la ville de Douala. .

Il est à rappeler qu' au lendemain de ces élections municipales, quatre maires élus se trouvèrent être des Bamiléké contre un maire " autochtone " sawa. C'est en se prévalant de la constitutionnalisation dans la nouvelle loi fondamentale du 18 janvier 1996 des concepts d'autochtone et d'allogène et de la protection des minorités que se fondaient les initiateurs des " Marches sawa ". Or, nos investigations révèlent que l'homologation par les constituants du tandem autochtone/allogène a été très mal reçue par la majorité des Camerounais. Ainsi 66 % des sujets interrogés la désapprouvent et 79 % avouent ne pas en tenir compte pendant les élections. On note cependant des variations ethniques sur la question: Dans le groupe bamoun l'hostilité au concept allogène/autochtone est de 64 % contre 63 % chez les Bassa, 51 % chez les Béti, 79 % chez les Grassfields, 67 % chez les Nordistes, et 56 % chez les Sawa.

A la question de savoir qui d'un autochtone ou d'un allogène vote -t- on de façon préférencielle, 6 % seulement des Bamoun optent pour un autochtone contre 19 % des Bassa; 11 % des Béti, 8 % de Grassfields, 18 % des Nordistes et 23 % des Sawa, la majorité des sujets faisant référence plutôt à des raisons de compétence.

Toute proportion gardée, et mis à part les risques de manipulations politiciennes, le CIREPE prend fait et cause pour la défense et la protection des minorités qui sont légitimes en elles-mêmes. L'anthropologie politique insiste du reste sur les contradictions auxquelles se heurte la démocratie classique face aux complexités anthropologiques des sociétés africaines, composées de minorités ethniques aux consciences identitaires très fortes et où les solidarités affectuelles priment sur les solidarités contractuelles. La démocratie à la " un homme, une voix " semble bien présenter des perspectives génocidaires ( génocide politique s'entend) pour les minorités, dont la présence politique ne peut être assurée que par la création des systèmes proportionnels adéquats qui puissent les prendre en compte comme des unités politiques élémentaires du système politique. Il s'agit du passage d'une démocratie simplement quantitative à une démocratie qualitative, dans la perspective d’un nouveau paradigme démocratique.

Il est né au Cameroun depuis l'ouverture démocratique plusieurs lobbies ethniques, souvent régionalistes, dont les plus connus sont : le mouvement de la kirditude pour la défense et la promotion des Kirdi dans le Grand Nord; le mouvement de l'Essigan pour la défense des valeurs culturelles béti au Sud Cameroun, le Laakam pour la défense des valeurs culturelles bamiléké de l'Ouest-Cameroun, le Cameroon Anglophone Movement (CAM) pour la conscientisation de la communauté anglophone du Cameroun, et plus récemment le mouvement sawa pour la défense de la minorité sawa. Ces associations peuvent elles se prévaloir d'un mandat légitime des populations qu’elles prétendent promouvoir? Les enquêtés, d'après nos études n'adhèrent pas massivement à ces mouvements. Ainsi, 19 % seulement des sujets béti interrogés s'intéressent et adhèrent à l'Essigan ; 12 % seulement des Bamiléké au Laakam ; 22 % des Kirdi aux idées de la kirditude ; 23 % des Sawa au mouvement sawa.La proportion des Anglophones qui s'intéressent ou adhèrent aux idées du CAM est de 27 %.

Dans l'ensemble, une large proportion de 64 % des sujets ne s’intéresse pas à ces mouvements. Et, bien que l'autopromotion et l'auto-organisation pacifiques des communautés ne soient pas à proscrire, l’on peut tout au-moins penser à la lumière de ces chiffres que ces Camerounais aspirent de plus en plus à passer d'une citoyenneté ethnique à polarisation variable vers une citoyenneté purement républicaine .

Par contre, en ce qui concerne l’idée de décentralisation et de l'autonomie régionale, la plupart des sujets y sont favorables ; soit les proportions suivantes: 48 % chez les Bamoun, 55 % chez les Bassa, 48 % chez les Béti, 45 % chez les Grassfields, 46 % chez les Nordistes et assimilés, 44 % chez les Sawa et assimilés et 50 % chez les Anglophones.

Face à cette persistance des revendications de la décentralisation, révélatrice des limites du modèle étatique jacobin au Cameroun, le CIREPE pense que depuis l'éveil démocratique, il est désormais inévitable d'harmoniser la complexité ethno-culturelle du pays à la forme de l'Etat. Le retour du sentiment national en perte de vitesse passerait ainsi par la réalisation effective des unités périphériques du pouvoir, d'où l'importance de la mise en application de la nouvelle constitution qui a enfin reconnu l’impératif de la décentralisation et de la décompression des pouvoirs.

Ce problème de la décentralisation régionale est inséparable de celle des présumés monopoles hégémoniques au Cameroun qui hantent l'imaginaire de 54 % des sujets enquêtés ; ainsi, dans l'ensemble bantou et semi-bantou, le monopole économique est attribué par nos enquêtés aux Bamiléké, et l’hégémonie politique aux Béti. Dans la partie soudano-sahélienne, le monopole économique est attribué par les Kirdi plutôt aux Foulbé, tandis que le monopole politique est attribué à ceux qu'on appelle là-bas les " Sudistes " pour désigner tous ceux qui ne sont pas du grand Nord.

 

Pour une nouvelle politique de construction nationale

La complexité et la pluralité ethniques du Cameroun ont pendant longtemps justifié les politiques jacobines de construction nationale. C'est ainsi qu'au début de la décennie 1990, le " déficit de culture politique " ou ce que les nostalgiques du régime autoritaire appelaient " le manque de maturité des citoyens " sera vite invoqué comme frein à la démocratisation : " la démocratie ne pourrait que souffrir des pesanteurs de la pluralité ethnique, voire des rivalités qui devaient exploser inévitablement ".

Aujourd’hui, l’on est en droit d'affirmer avec l'appui d'investigations approfondies que la démocratie, en tant que socialisation politique graduelle suit avec assurance sa longue marche au Cameroun, tant il est vrai que la démocratisation, est toujours une projecture et non la réalisation instantanée d’un archétype. Néanmoins, les pesanteurs ethno-régionalistes continuent de hanter l’imaginaire des citoyens pris comme sujets de la nation. Ce qui constitue une preuve évidente des limites des idéologies de construction nationale des Présidents Ahidjo et Biya.. Sur ce rapport, le CIREPE est en droit d'inviter ou d'encourager les pouvoirs publics à passer à l'application effective des dispositions de la constitution du 18 janvier 1996 où sont enfin envisagées la décentralisation de l'Etat et la création des unités périphériques du pouvoir. Ceci permettra de prendre en compte les spécificités ethno-culturelles de notre pays. En outre, sans pour autant cautionner les concepts ambigus d'allogène et d'autochtone, l'on pose ici comme un impératif catégorique, la protection des minorités dans des proportions adéquates, pour leur assurer une légitime présence politique sur la scène nationale. Cela est pourtant bien loin de donner prétexte aux entrepreneurs politiques en mal d'idéologie constituée, de cultiver la manipulation de l'affectivité ethnique à des fins personnelles, d'où résultent les rivalités porteuses de risques insondables.

Dans presque tous les pays africains, l’ouverture démocratique s’est révélée comme un catalyseur redoutable de rivalités ethniques, souvent violentes. D’où la délicatesse désormais extrême de la gestion de la convivialité ethnique. Les chercheurs montrent de façon consensuelle que, légitimée à l’ère démocratique, l’ethnicité pourrait être diffusée, contrôlée et mieux administrée que si elle continue d'être hypocritement mise sous éteignoir au rang de phénomènes sociaux illégitimes. Une gestion maladroite des rapports ethniques peut de toute évidence stopper toute l’entreprise de modernisation et de développement des sociétés africaines, dont l’épisode rwandais constitue la figure extrême.

    Dieudonné ZOGNONG et Ibrahim MOUICHE

RÉSUMÉS THÉMATIQUES

COLONIAL LEGACIES, DEMOCRATIZATION
AND THE ETHNIC QUESTION IN CAMEROON

German, French and British colonialism in Cameroon played a major role creating ethnic disparities and conflicts. These disparities were introduced through the school, town, crops, medical care, communications infrastructures cash crops industries ; etc. The historical process reproducing these disparities and conflicts is the outcome ot the continuing interaction between Europeans (German, French, British) colonization and Camerounian ethnic groups. This interaction occured in every walk of life. But the importance of each has varied at different historical periods. Andd the main feature in this changing pattern of interaction was the gradual replacement of the economic determinant, which were preponderant during the German colonial period, by the political in the post colonial period. Conceptually, which are these Cameroonian societies that are now a problem to the democratization process ? Today, the concept of an ethnic group has been of ethnological connotation in so far as it no longer refers solely to a single cultural dimension as its dominant and constant feature. It also connotes a political space, one or more modes of production, social relationships of a specific type with their consequent stratifications, a degree of participation within regional relationships, and a past and present historical. The concept of an ethnic group, as a complex and mobile reality involved in events, is conveived of in an historical and changing perspective : colonial, single party ans multiparty perspectives. Colonial activities were geared towards maximizing a developpement which was intended to benefit the mother country and its merchants. To sustain this relationship, colonial authorities to classify ans relocate individuality along artificial lines by destroying the entire pre-colonial political and ideological structure. Cameroon nationalists originated in these ethnic groups. It was the same ethnic groups which, when they rose to power after independence, spearheaded the struggle against tribalism in the name of national unity and applied same for policy cultural destruction among tribes which succeed in perserving their pre-colonial cultures. With the advent of multi-partyism in the 1990s, the political elite pursued contradictor policies of forcing "enemy" ethnic groups to submit to progressive political decapitation. Enemy groups were made to exhaust their energies in inter-ethnic warfare and rivalries while "friendly" ones were politicized, radicalized and militarized by the establishment. Hence, national question in Cameroon.


ETHNIES, MEDIAS ET PROCESSUS DEMOCRATIQUE AU CAMEROUN:
Analyse de contenu de quelques journaux

L'on met ici en exergue le traitement des questions ethniques par les journaux camerounais à partir d'un cas, celui du journal gouvernemental Cameroon Tribune. Et pour faciliter la comparaison nous avons évoqué d'autres journaux tels que Le Messager, L'Eveil du Cameroun, Galaxie, Le Temps, Aurore Plus, Dikalo, Le Patriote, La Nouvelle Expression, Génération, Le Quotidien, Inpact-Tribune qui tous ont une approche très différente de celle de Cameroon Tribune. La démarche suivie a consisté à dépouiller dans leur totalité tous les numéros du quotidien Cameroon Tribune sur deux années, 1990 et 1991, durant lesquelles le tribalisme a atteint son paroxysme et où l'on a frôlé la guerre civile, pour des raisons essentiellement ethniques. Soit au total cinq cents numéros dont dix seulement ont traité du tribalisme d'une manière ou d'une autre. Seuls les dix articles des dix numéros retenus ont été étudiés suivant la méthode de l'analyse de contenu. L' étude permet de mettre en lumière le rôle des journaux camerounais dans l'exacerbation du tribalisme dans le pays. Au bout de la recherche, on peut noter que Cameroon Tribune, journal gouvernemental, occulte, voire escamote le débat ethnique. Les informations sur la question n'en font pas un fait significatif, ni à la "une", ni en pages intérieures. Le pourcentage d'espace attribué à la question est insignifiante par rapport au volume des questions politiques, économiques, culturelles, sportives. En cela il est fidèle à la politique gouvernementale. Par contre une bonne partie de la presse indépendante s'attaque sans ambages à la problématique, tant il est vrai que les solutions aux fanatismes ethniques passent par la position voire l'exhumation publique du problème. C'est sans doute dans cette perspective qu'est né en 1993 un journal spécialisé sur la question, le trimestriel Inpact-Tribune. Quelques autres journaux, visiblement de droite comme Le Patriote, Le Combattant, Le Courrier, et surtout le spectaculaire Elimbi donnent une orientation intégralement ethnisante de la vie politique du Cameroun, non sans exacerber au passage les récriminations tribales. Elimbi se spécialise sur les Bamiléké. La chicane irresponsable est ici le leitmotiv, en lieu et place du débat sain et constructif très attendu sur la convivialité ethnique, rendu possible par l'ouverture démocratique.


SYMETRIES HEGEMONIQUES BETI-BAMILEKE
ET RIVALITES POLITIQUES AU CAMEROUN

La démocratie est-elle otage du tribalisme au Cameroun ? L'on propose ici une réflexion sur l'antagonisme béti-bamiléké qui s'articule sur trois points : le choix porté sur les deux groupes ethniques ; le clientélisme d'Etat ayant favorisé la constitution des monopoles des deux groupes à savoir : le monopole politico-administratif des Beti et le monopole économico-commercial des Bamiléké ; dans le troisième point il est question de l'exploitation profonde du tribalisme aussi bien par les hommes politiques que par certains intellectuels depuis décembre 1990 qui marque l'avènement de la démocratie au Cameroun. Il s'agit de deux " poids lourds "de la population camerounaise qui se battent. Et les rivalités entre les deux groupes dominent la scène politique. Chacun des deux groupes ayant reçu un monopole durant les trente années de clientélisme d'Etat caractérisé par la cession aux individus d'un secteur ou d'un métier en fonction de leurs spécificités ethniques. Parce qu'elle libéralise toute activité, la démocratie menace la continuation de ces moyens. D'un côté, chaque groupe essaie d'étendre son hégémonie au-delà de l'espace qui lui était traditionnellement réservé ; de l'autre les monopoles constitués voient d'un mauvais oeil l'arrivée de nouveaux prétendants. Dès lors, le pouvoir politique s'avère comme le seul moyen de préserver les acquis, d'où la mobilisation ethnique pour son contrôle. Les Bamiléké optent pour la stratégie de la frustration : vanter les mérites et les réussites du peuple bamiléké et revendiquer le pouvoir politique selon une logique ethnisante. Les Beti élaborent la stratégie de la peur caractérisée par l'inculcation à leurs membres, de l'idée du danger qui pèse sur leurs terrains, leurs biens et leur survie en tant que peuple noble, si les Bamiléké s'emparent du pouvoir, peuple envahisseur et hypertribaliste.L'antagonisme béti-bamiléké construit chaque jour des stéréotypes coriaces, fabrique des étiquettes. A telle enseigne qu'aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Cameroun : qui dit Beti dit parti au pouvoir ; et qui dit Bamiléké dit partis d'opposition radicale. Les individus qui sortent de cette caricature font figure d'intrus quand déjà ils ne sont pas suspectés d'espion politique du camp d'en face.


LA QUESTION BAMILEKE
PENDANT L'OUVERTURE DEMOCRATIQUE AU CAMEROUN:
Retour d’un débat occulté

Les Bamiléké considérés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Cameroun comme une ethnie dominante, semblent être, à l’ouverture démocratique, plus que victimes des nombreux atouts de puissance qu'on leur attribue depuis Jean Lamberton. Ce groupe est en effet admis dans les analyses ethnisantes comme le plus démographiquement important, contrôlant les points les plus stratégiques de l'édifice économico-commercial national, doté de remarquables caractéristiques migratoires, entreprenante et surtout travailleuse. D'où la métaphore traditionnellement avancée depuis le professeur E. Mveng de " juifs Bantou ". A ce titre, une tendance de son élite intellectuelle pose ce groupe, non sans révolte, comme étant naturellement devenu la cible privilégiée de toutes les discriminations, soit du fait de la méfiance des autres groupes, soit du fait d'une mystification excessive de leur prépondérance, surtout à l'ouverture démocratique où le "dynamisme politique " semble être venu s'ajouter au dynamisme économique. Mais l'on ne s'attarde dans cette réflexion que sur la ré-émergence dans le champ politique camerounais de la question. Indexés en effet comme animés d'une fringale hégémonique qui les pousserait vers la prise du pouvoir afin d’opérer une traduction politique de leurs présumés atouts de puissance économique, et établir une hégémonie irréversible sur l'ensemble du Cameroun, les élites intellectuelles bamiléké se défendent mordicus de pareil projet délibéré. Pour eux, on veut plutôt tirer prétexte d’arguments fallacieux pour les mettre sous éteignoir en torpillant le processus démocratique, leur majorité démographique étant redoutée en cas d'élections transparentes. Au-delà de ces diverses considérations, il importe de juger de l'ampleur du problème au fait qu'il constitue sans conteste une hypothèque majeure sur le destin global de la démocratisation au Cameroun, d'où l'impératif d'une solution qui passerait par un large débat national, décisif sur la question bamiléké, afin de préparer des institutions plus conformes à l'esprit d'une citoyenneté républicaine pour toutes les ethnies.


DE LA DYNAMIQUE DE LA QUALITE D'AUTOCHTONE
DANS LE PROCESSUS DE DEMOCRATISATION AU CAMEROUN

Installés depuis le XVIIIe siècle, les Duala comptent parmi les premiers habitants de Douala, avec les Bakoko et les Bassa. Au début de l'expansion européenne, amorcée dans la première moitié du siècle suivant, les Douala en se prévalant et en préservant leur qualité d'autochtones, se sont rapidement imposés comme des interlocuteurs et des intermédiaires obligés des échanges entre les Européens et les populations de l’hinterland. D'où ils en tireront un certain prestige et des bénéfices appréciables sur les plans politique, économique, et culturel. Ils seront ainsi considérés au Cameroun comme "créateurs de modernité" selon le géographe Guy Mainet. En même temps, Douala, cité portuaire, ouverte sur l'Océan Atlantique, a, au lendemain du second conflit mondial, attiré de nombreux migrants camerounais à la recherche de meilleures conditions d'existence. Ce sont pour la plupart, les Bamiléké de l'ouest, aussitôt classés "allogène". La libéralisation de la vie politique, initiée dans la moitié des années 80 a prôné la protection des minorités et la primauté accordée aux autochtones dans la gestion des unités politiques locales et surtout des communes. Mais cette nouvelle donnée ne requiert-elle pas une participation et un engagement réguliers et soutenus de la part des acteurs, fussent-ils des autochtones, dans la mesure où, aujourd'hui, l'on note comme si les Duala se repliaient sur leur qualité d'autochtones et contemplaient leur passé glorieux pour revendiquer paresseusement des positions de pouvoir à différentes échelles, nationale et locale. Il n'y a plus assez d'efforts pour ajouter au prestige légué par les aînés. Le concept d'autochtone est relativisé ici dans une perspective historique. Il ne saurait être un brevet de compétence pour accéder au pouvoir dans une ville cosmopolite comme Douala. C'est davantage par le travail et les efforts que les Douala peuvent ajouter à leur prestige d'antan s'ils veulent s'imposer comme ils l'ont fait au cours des années 1950 et 1960.


AJUSTEMENT STRUCTUREL, SOLIDARITES ETHNIQUES
ET EQUILIBRE SOCIO-ECONOMIQUE AU CAMEROUN

Face aux déséquilibres économiques qui ont résulté du retournement de conjoncture au milieu des années 80, les pouvoirs publics camerounais ont mis en oeuvre un programme d'ajustement accordant une plus grande importance aux mécanismes de régulation par le marché. Ce programme, qui se caractérise par une libéralisation de l'économie et des mesures spécifiques de réduction de la demande, s'est traduit par une résurgence des solidarités ethniques. Celles-ci se sont manifestées principalement sur le marché du travail et sur le marché de la monnaie. Au niveau du premier marché, on relève une plus grande rétention de l'information et un trafic d'influence qui tendent à privilégier la fibre ethnique dans les choix. Au niveau du second marché, la politique monétaire restrictive et la perte de confiance du public dans les banques, conséquences de la restructuration bancaire, ont entraîné un repli des individus vers les circuits financiers informels (tontines).Il apparaît alors que ces réactions se sont opérées au détriment de l'équilibre socio-économique du Cameroun. En effet, d'une part, l'efficacité s'en trouve compromise sur le marché du travail; d'autre part, les possibilités de financement de l'investissement productif s'en trouvent réduites.


LA QUESTION NATIONALE, L'ETHNICITE
ET L'ETAT EN AFRIQUE : LE CAS DU CAMEROUN

Au sortir de la colonisation, à cause des forces périphériques et centrifuges qui menaçaient le pouvoir central, les Etats africains choisirent la voie du centralisme hérité du système colonial avec pour objectif, la construction de l'Etat-nation. 30 ans durant, ils se sont lamentablement trompés et le constat d'échec est cuisant.. D’ailleurs l'Etat-nation est une construction sociale et historique dont la réalisation aussi bien en Afrique qu'en Europe demeure incertaine et problématique. Et les rivalités ethniques, les replis identitaires qui accompagnent le processus démocratique amorcé dès le début de la décennie 90 sont là pour l'attester. D'où la nécessité de la forme adaptée d’État qui prendra en compte le pluralisme sociétal africain et camerounais par un recours à la décentralisation et aux mécanismes de la démocratie consociationnelle.


LES AUTEURS

Dieudonné ZOGNONG

Enseignant associé à la faculté de Philosophie de l’Université Catholique de Yaoundé, il a été Secrétaire Général de l'ACAJECS (Association Camerounaise des Sciences Sociales), Président du Cercle Philosophie et de sociologie de l'Université de Yaoundé; Membre fondateur du Laboratoire de Recherches Environnementales d'OCISCA-ORSTOM., Chargé des communications au Comité Camerounais de Philosophie. Il a reçu plusieurs distinctions dans le domaine des Droits de l’Homme, dont:

  • Le Diplôme d'observateur d'élections du NDI et des Nations-Unies, Yaoundé, 1995
  • Le Dplôme de Contrôleur d'élections du GERDDES-Cameroun, Yaoundé, 1995.
  • Le Diplôme MRG de défense des Droits des minorités, Genève, 1998.
Directeur exécutif du CIREPE, il est également membre du Comité directeur du bureau Ethnonet-Cameroon.
 

Ferdinand CHINDJI KOULEU

Maître de Conférence à l'ESSTIC, École Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication, (Université de Yaoundé II). Ancien Chercheur au CNRS-France, il a également enseigné la Sociologie dans plusieurs universités françaises et américaines. Il est membre de la Professors World Peace Academy ( PWPA), auteur d'une vingtaine de publications et de communications internationales, il a dirigé plusieurs thèses et mémoires. Il est actuellement Consultant à l'UNESCO, l'UNICEF, la FAO et Président du Comité Scientifique du CIREPE jusqu’en 1998, et membre du comité directeur du bureau Ethnonet-Cameroon.
 

WANG SONNE

Enseignant d'Histoire à l'Université de Yaoundé I, a coordonné plusieurs opérations de recherches au Cameroun dans le cadre de l'ORSTOM (Institut Français de Recherche pour le Développement en Coopération) et de l'ISH (ex Institut des Sciences Humaines de Yaoundé) où il fut chargé de recherche en poste depuis 1985. Il a publié une dizaine de ses travaux de recherches dans les domaines de l'Histoire, de l'Archéologie et de la Démocratie. Il est collaborateur permanent au journal "Le Messager" et Chercheur au CIREPE et membre du bureau Ethnonet- Cameroon
 

Emmanuel TATAH MENTAN

Maître de Conférence à l'ESSTIC, École Supérieure des Sciences et Techniques de la Communication (Université de Yaoundé II). Il est l'auteur d'une douzaine de publications dans les domaines des Sciences Politiques, des Médias et des Droits de l'Homme. Il a participé à un nombre impressionnant de colloques internationaux et nationaux. Actuellement Chef de Département Radio à l'ESSTIC, il est aussi vice-président du comité scientifique du CIREPE, et membre du bureau Ethnonet-Cameroon.
 

Joseph Patrice ONANA ONOMO

Enseignant au Département Sociologie à l'Université de Yaoundé I. Après ses études à l’Université de Strasbourg en France, il prend poste à l’Université de Yaoundé I où il enseigne la sociologie rurale en même temps qu’à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports de Yaoundé. Il est Chercheur au CIREPE, membre de Ethnonet- Cameroon.
 

Dieudonné BONDOMA YOKONO

Enseignant d'Économie politique à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l'Université de Yaoundé II, au Centre Professionnel de Formation en Assurance (CPFA), et à l'Institut Sous-Régional de Statistique et d'Economie Appliquée ( ISSEA) de Yaoundé, il est l'auteur de plusieurs travaux de recherche sur la politique de change, l'intermédiation financière et l'industrialisation. Administrateur de programme Adjoint du CIREPE, il est chef de cellule de suivi de l'Economie réelle au Ministère camerounais de l'Économie et des Finances.
 

Ibrahim MOUICHE

Enseignant au Département de Science Politique à l'Université de Yaoundé II, est connu pour ses nombreuses communications et publications dans diverses revues africaines et occidentales dans le domaine des Sciences Politiques. Il est membre de l'Association Africaine de Sciences Politiques (AASP) et du CODESRIA (Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique). Il occupe actuellement le poste de Directeur de Programme du CIREPE, membre du bureau Ethnonet- Cameroon.


Presentation of CIREPE

IDENTITY: CIREPE is a private non profit and non-governmental research institution, established since 1994 in Yaoundé, Cameroon. It is open to the collaboration of other research institutes of african studies.

PURPOSE: CIREPE. was born to contribute to fill a gap in Africanist research. Africa is a continent of incredible ethnic diversity, and contemporary realities are only serving to increase ethnic tensions : political instability, economic crisis, colonial borders that divide peoples. CIREPE maintains that an intensified studies need to be undertaken of the compromising effects of ethnic racism in the world politico-economic system. CIREPE aims to promote research and dialogue in the interest of peace.

OBJECTIVES:- Establish, conduct, and sustain permanent research on ethnicity on African soil, led by international interdisciplinary research teams; - Systematically study, support, and safeguard the rich cultural traditions of these ethnic groups; - Dedicate anthropological research to the service of peace and improved ethnic relationship in Africa, and promote through education a spirit of understanding between people of different ethnic and sociocultural groups; - Defend and protect ethnic minorities through the written word; - Promote the political socialisation of indigenous and grassroots populations.

PLAN OF ACTION: - Organise of public conferences, seminars, colloquiums;- Publish annually research results, themes of conferences and seminars; - Work in collaboration with existing parent structures in Africa and abroad, with universities, NGO's and international institutions; - Conduct independent research missions in the field.

ORGANISATION :- Founding Council,- Executive Committee, - Research Committee; - CIREPE’s library with three research departments : Anthropology, Political Science, and Psychology-Education.


Présentation du CIREPE

IDENTITE: Le Centre Interafricain de Recherches Pluridisciplinaires sur l'Ethnicité ( CIREPE) est un organisme apolitique, indépendant et sans but lucratif basé à Yaoundé au Cameroun depuis 1994. Réseau d'études scientifiques sur les replis identitaires en général, il est ouvert à la collaboration de tous les Instituts d'Etudes Africaines dans le Monde.

VOCATION: Le CIREPE a le souci de contribuer à combler un vide dans la recherche africaniste. Face aux nouveaux enjeux que revêt l'ethnicité en Afrique depuis l'ère de l'ouverture démocratique, ses recherches-interventions ont pour objet privilégié la politisation de l'ethnicité et ses avatars : il est question d'évaluer les effets des fanatismes ethniques eu égard à la marginalisation du continent dans le système mondial et d'oeuvrer à désamorcer les rivalités ethniques dans la perspective d'un développement soutenu. Le CIREPE est un Observatoire des nouvelles dynamiques ethniques en Afrique.

OBJECTIFS GLOBAUX:

1 - Mener des études sur les phénomènes identitaires et leurs avatars, en mettant à contribution des chercheurs en sciences sociales (experts en sociologie des relations ethniques, des africanistes tant internes qu'externes) autour des nouvelles dynamiques ethniques; -
2 - Mettre la recherche anthropologique au service de la paix et d'une harmonieuse interethnicité en prospectant les mécanismes de prévention pacifique des rivalités.
3 - Oeuvrer à l'éducation politique du petit peuple.
4 - Étudier et mettre en exergue la richesse culturelle des ethnies .
5 - Oeuvrer à la protection des droits des minorités ainsi qu'à leur intégration sociale.

MOYENS D'ACTIONS: 1- Enquêtes et études de terrain.; 2 - Organisation de conférences publiques, séminaires, colloques ; 3 - Publication de divers rapports, des actes de conférences, de séminaires et d'études; 4- Travail en coopération avec d'autres structures apparentées d'Afrique et d'Occident, les institutions internationales; 5- Assistance technique/consulting auprès des étudiants-chercheurs pour des travaux sur la thémathique ethnique.

ORGANISATION: Un Comité fondateur; Un Comité Exécutif permanent; Un Comité Scientifique et des consultants; Une Unité de documentation spécialisée et trois départements de recherches; 1 - Anthropologie; 2 - Sciences Politiques; 3 - Psychologie sociale.



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