UNESCO
Management of Social Transformations (MOST) Programme

Publication of ETHNO-NET AFRICA

DÉMOCRATISATION ET RIVALITÉS ETHNIQUES AU CAMEROUN
DEMOCRATIZATION AND ETHNIC RIVALRIES IN CAMEROON

Table of Contents


ETHNIES, MEDIAS ET PROCESSUS 
DEMOCRATIQUE AU CAMEROUN:
Analyse de contenu de quelques journaux

Ferdinand CHINDJI-KOULEU,
Maître de Conférences
Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de la Communication,
(ESSTIC) Cameroun, Chercheur au CIREPE



 Abstract

Here the ethnic questions are exposed as seen by Cameroon newspapers, especially Cameroon Tribune. To facilitate a comparative study, other newspapers such as Le Messager, L'Eveil du Cameroun, Galaxie, Le Temps, Aurore Plus, Dikalo, Le Patriote, La Nouvelle Expression, Génération, Le Quotidien, Inpact-Tribune, which approach the issue from a very different perspective than Cameroon Tribune are also exploited. The analytical point of departure consisted of making a census of all issues of Cameroon Tribune betweeen 1990 and 1991, a period when tribalism reached its peak and civil war loomed in the sky for purely ethnic reasons. Out of some five hundred copies only ten handled the issue of tribalism. So, only ten articles were content-analysed. The study helped in pointing out the role of Cameroon newspapers in exacerbating tribalism in the country. The findings are that Cameroon Tribune, as state-owned newspaper, mystifies, or even excludes debates on these issues. Information on ethnic issues is insignificant either on the "front page" or inside the newspaper in relation to volume of space for political, economic, and cultural questions. By so doing it is merely faithful to government policy. On the contrary, the private newspapers pick on tribalism inexorably though it is true that, solutions to ethnic fanaticism only go as far as exhuming the problem publicly. It is undoubtedly in this light that a quarterly, Inpact-Tribune, came up specialized on tribalism. Other newspapers obviously of official sympathies Le Patriote, Le Combattant, Le Courrier, and especially the spectacular Elimbi specialise on the Bamileke, instead of a healthy and constructive debate on ethnic conviviality, it has a creed to fan ethnic conflict in the democratisation opening.


Au Cameroun, le problème ethnique est inséparable de la politique, dans la mesure où il a été exacerbé surtout depuis 1960, date de l'accession du pays à l'indépendance. Lorsqu'il a fallu libérer le Cameroun du joug colonial, la première question que se posaient sles Camerounais était : " Après le départ des Blancs, quelle ethnie prendra-t-elle le pouvoir ? " En d'autres termes, quel Noir peut-il commander d'autres Noirs ? La question du pouvoir s'est donc posée d'emblée en terme d'ethnie. Avec l'instauration de la dictature monopartiste, la question est restée en couveuse pendant trois décennies, pratiquement jusqu'en 1990, l'année du premier balbutiement de la démocratie au Cameroun : multipartisme, liberté d'expression, liberté de presse, liberté d'association, liberté de déplacement. Les positions sociales ont pris la forme de crise ethnique. La presse n'en fit pas seulement l'écho, elle joua même ce que Bernard Voyenne a appelé " un rôle d'amplification sociale " (La Presse dans la société contemporaine, p.194). Quelle est la responsabilité de la presse camerounaise dans l'exacerbation du tribalisme dans le pays ?

Le sujet nous invite à situer la place qu'occupe les problèmes sethniques dans les médias camerounais voire les rapports entre les différentes ethnies et les médias. Existe-t-il des médias réservés à certaines ethnies et que d'autres ethnies se refusent à fréquenter de peur d'enrichir leurs propriétaires ? En somme, en tenant compte du paramètre de démocratisation quelle est la réaction des médias vis-à-vis des problèmes ethniques au Cameroun ? Ainsi posé, le problème est très vaste. Pour le couvrir entièrement, il faudrait mener des recherches en radio, en télévision, voire en presse écrite. Nous nous sommes limités aux médias écrits.

A l'ouverture démocratique, une soixantaine de titres de presse d'opinion paraissaient au Cameroun. Nous partons de l'étude du quotidien gouvernemental Cameroon Tribune. Ensuite viennent les journaux de droite tels que Le Patriote, Le Confident, Le Combattant, Le Courrier, Elimbi, etc . D'autres de gauche tels que Le Messager, La Nouvelle Expression, Galaxie se veulent plus indépendants.

Cameroon Tribune est donc ici le plat de résistance, journal financé par tous les contribuables camerounais, donc a priori sans parti pris. Comment aborde-t-il les problèmes ethniques ? D'où le nouveau titre suivant : Traitement des problèmes ethniques dans Cameroon Tribune.

Le média que nous avons à étudier est un journal national, c'est-à-dire qu'il appartient à l'Etat du Cameroun, ou, en d'autres termes, à tout le peuple camerounais. Par conséquent, il est censé se placer au-dessus du lot et ne pas se mêler des problèmes ethniques qui ont pour essence de détruire l'unité nationale. Un dirigeant normal ne devrait jamais souhaiter la division de son pays . D'où l'hypothèse suivante : Cameroon Tribune combat le tribalisme. Cette énonciation signifie qu'on ne devrait pas trouver dans cette publication des articles qui incitent à la haine ethnique, comme c'est le cas dans Elimbi.

La période retenue s'étale sur deux ans : De 1990 à 1991. Or, Cameroon Tribune paraît tous les jours, à l'exception des samedis, des dimanches et jours fériés. Nombre de jours exclus : 52 samedis + 52 dimanches multipliés par deux (années) = 208 jours et 11 jours fériés (fêtes officielle et religieuses) multipliés par deux (ans) = 22 jours. Soit un total de 208 + 22 = 230 jours sans journal.

Nombre de numéros de journal : (365 x 2) - 208 = 500 numéros parus. Le corpus a été choisi selon une technique statistique utilisée par Jacques Kayser dans un article intitulé "Etude de contenu d'un journal ; analyse et mise en valeur". in Etude de presse, N° 20-21, 1959, repris dans son livre, Le quotidien français, en 1963. Cette technique de choix de corpus consiste à tirer les numéros de façon séquentielle et hebdomadaire. Par exemple, 1ère semaine : numéro de lundi, 2e semaine, numéro du mardi et ainsi de suite. On obtient en moyenne 50 numéros par an pour la période envisagée. L'ensemble constituera le corpus désiré. Pour des vérifications finales, des matériaux supplémentaires pourront être joints au corpus.

Il reste une dernière éventualité. Les 500 numéros retenus peuvent ne pas avoir assez d'éléments sur le thème à exploiter. Auquel cas, on reprendra une dernière technique de choix de corpus, consistant à parcourir tous les 500 numéros pour n'en retenir que ceux dans lesquels on a effectivement publié un article sur le tribalisme. Cette technique est fastidieuse, mais plus sûre. Chaque article donnera lieu à une analyse de contenu selon la méthode de sémantique quantitative, fondée sur la séparation d'items et la mesure de leur fréquence. Par exemple, la répétition des mots caractéristiques (noms, verbes, adjectifs, symboles, procédés répétitifs dans la rédaction des titres et des intertitres).

Le résultat général de l'analyse sera confronté aux grandes lignes générales de la politique gouvernementale en matière d'information et d'ethnies au Cameroun. Qu'en dit, par exemple, Pour le libéralisme communautaire, synthèse de la politique du président Paul Biya ? " Le brassage des populations étant un facteur de fraternité et d 'union, le RDPC entend oeuvrer à la fois pour une circulation plus accrue des Camerounais à l'intérieur de leur pays, et pour la promotion des unions inter-ethniques " (p. 137) et il ajoute : " Notre parti a donc la responsabilité de réduire les clivages ethno-culturels actuels afin de favoriser l'intégration nationale, condition préalable à l'avènement d'une démocratie pluraliste ". (p. 139)

Sur le plan méthodologique, la technique statistique et l'analyse de contenu s'imposent en tant que techniques d'analyse des données visant à écrire et à interpréter de manière systématique le contenu manifeste de communications Elle sera faite en fonction de la grille suivante : Qui parle ?, Pour dire quoi ? Par quels procédés ? A qui ? Avec quel effet recherché ? Suite à la collecte des données, il a fallu préciser les catégories et le nombre de documents à traiter, puis déterminer l'unité de mesure (concepts, mots, groupes de mots, types d'objectifs à atteindre) et enfin choisir les catégories d'analyse ou valeurs des variables en fonction desquelles l'information sera répartie.

Après avoir montré l'acuité du problème ethnique dans la société camerounaise, à travers quelques échantillons de journaux locaux, l'on s'est penché sur le cas particulier du journal gouvernemental, Cameroon Tribune, quitte s’interroger sur la pratique concrète de ce journal et la politique gouvernementale en la matière.
 

TRAITEMENT DE L'ETHNISME DANS CAMEROON TRIBUNE :
Le dépouillement du journal

- Cameroon Tribune N° 4883, jeudi 9 et vendredi 10 mai 1991. p. 7
Titre : "La tribalisation des rapports doit être dénoncée" dit Ousmane Mey, (ancien gouverneur de la province du Nord)
Rubrique : Politique
Titrage : Caractères moyens
Présentation : Caractères courants
Longueur : 17 lignes en deux colonnes
Signature : Journaliste ordinaire
Type d'article : interview. Ici le journaliste rapporte l'essentiel d'un entretien qu'il a eu avec un ancien gouverneur de province qui soutient le point de vue du Premier ministre Sadou Hayatou, selon lequel la tribalisation des rapports entre Camerounais devrait être dénoncée vigoureusement, parce qu'il y va de l'intérêt de la nation

Cameroon Tribune Numéro 4885 du 14 mai 1991. p. 23
Titre : Sacré Tribalisme ( à l’université de Yaoudé)
Rubrique : Panorama : Revue des médias
Titrage : moyen
Présentation : caractères courants. 60 lignes sur 2 fausses colonnes
Signature : simple lecteur
Genre : Article, type revue de la presse.

Ce numéro relate le malaise qui persiste à l'Université de Yaoundé: L'agitation ethnique là bas est différemment perçue par certains journaux privés:

1) Le Patriote déclare à l'endroit d'un journaliste du Messager: "vous propagez un tribalisme aveugle"

2) Peuple d'Afrique estime que la responsabilité de certains journalistes est engagée dans la résurgence du tribalisme au Cameroun.

3) Selon Le Messager, l'Etat-tribal veut trancher au couteau.

4) Pour Challenge Hebdo, le tribalisme figure en bonne place parmi les dangers qui guettent notre pays à l 'aube de la nouvelle ère des libertés, par la faute de nos dirigeants qui ont entretenu et institutionnalisé le mal.

5) La Détente : Ce sont les agitateurs qui opposent Bétis et Bamilékés en publiant des tracts et autres mémorandas.

6) Pour La Nouvelle Expression, il faut en finir avec les prétendues contradictions tribales. Dans l'Afrique actuelle, la plupart des ethnies n'ont plus grand-chose à voir avec les tribus primitives et archaïques. C'est pourquoi dans les luttes socio-politiques en Afrique aujourd'hui, coexistent des revendications de plus en obstensiblement ethniques, ce qui ne veut pas forcément dire tribalistes au sens de chauvines.

Cameroon Tribune N° 4889, du mardi 21 mai 1991
Titre : A la chapelle de Mvog-Mbi
Appel pour une intégration vitale
Rubrique : Société
Titrage : moyen
Présentation : Caractères courants
Longueur : un quart de page ; illustré.
Signature : Un journaliste ordinaire
Genre : Reportage.
En substance, au cours de la messe de la Pentecôte, le curé de la paroisse de Mvog-Mbi a condamné avec véhémence les barrières de toutes sortes qui empêchent nos tribus de parvenir à une véritable intégration nationale. Il faut dépasser et transcender les différences qui peuvent exister entre nos tribus, pour nous convaincre que toutes ces tribus ont le droit à l'existence et à la prospérité et qu'aucune n'a le droit de sous-estimer les autres

Cameroon Tribune N° 4896 du jeudi 30 mai 1991
Titre : Le président de l'INPACT à propos du tribalisme
Rubrique : Politique
Genre : Interview du président de l'Initiative panafrication contre le tribalisme . (INPACT), première association camerounaise de lutte contre le tribalisme.

Cameroon Tribune N° 4903 du lundi 10 juin 1991
Titre : Le tribalisme aujourd'hui
Rubrique : Tribune libre
Titrage : moyen
Présentation : caractères courants.
Longueur 160 lignes sur 2 fausses colonnes soit 3/5 de la page
Signature : simple lectrice
Genre : tribune libre.

Cameroon Tribune N° 4919 du 3 juillet 1991, p. 23
Titre : Tribalisme exit
Rubrique : tribune libre
Titrage : moyen
Signature : simple lecteur
Présentation : caractères courants
Longueur : 75 lignes sur 2 fausses colonnes soit 4/5 de la page
Genre : tribune d'opinion libre

L'auteur s'étonne qu'on ait trouvé une justification au tribalisme au cours d'un débat télévisé d'antenne libre, le 6 juin 1991. C'est révoltant, conclut-il.

Cameroon Tribune N° 4824 du mercredi 10 juillet 1991
Titre : Tribu et conscience tribale
Rubrique : tribune libre
Titrage : caractères moyens
Présentation : caractères courants.
Longueur : toute une page moins l'ours
Signature : Jean-Maire Abanda Ndengue : professeur d'université
Genre : Article d'opinion
Idée générale : La conscience religieuse ou tribale apparaît comme un danger pour la démocratie

Cameroon Tribune N° 4937, dimanche 28 et lundi 29 juillet 1991, p. 4
Titre : Meeting de la section OJRDPC du Noun : Une mobilisation contre la haine tribale et la manipulation
Rubrique : Activités des partis politiques p. 4
Titrage : moyen
Présentation : caractères courants
Longueur : moitié de la page - article illustré.
Signature : journaliste ordinaire
Genre : reportage

Critique : c'est un article curieux où ne figure nulle part ni le mot ni l'idée du tribalisme pourtant annoncé dans le titre. Par conséquent, le titre de l'article ne reflète pas du tout son contenu. C'est une digression.

Cameroon Tribune N° 4978, du mercredi 25 septembre 1991 p. 23
Titre : Les camerounais et le tribalisme
Rubrique : Tribune libre
Titrage : moyen
Présentation : caractère courants
Longueur : 80 lignes en 2 fausses colonnes
Signature : article d'opinion d'un lecteur
Idée générale : C'est la suit d'un premier article du même auteur, dans

C.T. N° 3118 des 4 et 5 novembre 1984.

Selon lui, " plus on prêche contre le tribalisme, plus les camerounais deviennent tribalistes. En fait qui est contre le tribalisme ? Les textes gouvernementaux ou les hommes qui les appliquent ? "  Se demande-t-il . L'Etat camerounais ne veut pas enlever de la tête des camerounais l'idée qu'ils ont d'appartenir d'abord à leur ethnie. Telle est la thèse de l'auteur.

Cameroon Tribune : N° 5021 du mardi 3 décembre 1991, p. 23
Titre : La misère du tribalisme
Rubrique : tribune libre
Titrage : moyen
Présentation : caractères courants
Longueur : 100 lignes sur 2 fausses colonnes soit 4/5 de la page.
Signature : simple lecteur
Genre : article d'opinion
Idée générale : Autrefois le tribalisme se faisait sentir surtout à propos du terrain à cultiver, espace vital des ethnies. Aujourd'hui avec les migrations ou les déplacements incessants, les données ont changé. L'Etat peut résoudre facilement les problèmes fonciers. " Quant au tribalisme conçu comme droit de chaque tribu à disposer d'elle-même ou de se laisser tenter par une quelconque hégémonie, il peut détruire le pays ".

 
LA PLACE DU TRIBALISME DANS CAMEROON TRIBUNE

L'unité d'analyse

L'unité d'analyse ici est bien sûr l'article, puisqu'il s'agit des journaux. Après avoir retenu à partir de leurs titres, les articles qui relèvent de notre champ d'étude, nous avons élaboré une grille d'analyse à partir de notre technique de dépouillement. Ce dépouillement a été fait suivant la mise en valeur, d'après la catégorie suivante.

A - L'EMPLACEMENT

1 - La pagination.
Il existe une hiérarchisation dans les pages du journal. La "une" est la page des priorités. Suivent par ordre tous les articles à droite des pages intérieures. Cameroon Tribune n'a annoncé aucun de ses article sur le tribalisme à la " une ". Au contraire, tous les journaux privés choisis sont titrés à la "une"

2 - La place
La place dans la page importe aussi. A cause de notre habitude de lecture, un article placé en haut et à gauche de la page est plus valorisé qu'un article dans le ventre du journal ou en pied. A priori, la mise en page de Cameroon Tribune ne semble pas accorder une grande importance à l'emplacement de l'article, dans la page, dans la mesure où les articles sont disposés, de façon monotone de haut en bas. C'est une mise en page verticale.

B - LE TITRAGE

Tous les lecteurs de journaux savent que les journalistes attirent leur attention par la grosseur des titres. Or cette grosseur est elle-même fonction de la longueur de l'article ou du colonnage, de la surface utilisée et des caractères d'imprimerie.

On peut également mettre en exergue des titres par des effets visuels, tels que la couleur. Tous les articles de Cameroon Tribune étaient composés en caractères ordinaires ( corps 12). Les titres sont souvent en corps 24. On peut aussi mélanger les corps 24 familles de caractères comme l'a fait Dikalo dans son dossier sur le tribalisme. Ainsi Cameroon Tribune n'a -t-il utilisé aucune fioriture dans la présentation de ses titres. Tous les autres journaux ont titré à la " une " en corps 60. INPACT Tribune et Le Temps utilisent en plus de la couleur rouge pour mieux attirer l'attention de leur clientèle. Il va de soi que la valeur d'un titre ne s'apprécie que par rapport aux autres titres utilisés dans le journal.

C - LA PRESENTATION

Un article peut être présenté de façon attrayante et un autre de manière à en décourager la lecture. La mise en page est bel et bien un art.

Le style de mise en page est également important. Une mise en page aérée, ordonnée facilitera la lecture plus qu'une mise en page chargée, chahutée ou grise. Avec une mise en page verticale, il est difficile d'apprécier les emplacements. Il est admis que les colonnes qui " ouvrent " le journal, c'est-à-dire en allant de gauche à droite, constituent les places de choix. En se fondant sur cette règle, on peut affirmer que les articles de Cameroon Tribune sur le tribalisme, n'ont aucune importance particulière. Au contraire tous les articles de INPACT Tribune et Le Temps sont illustrés et écrits en caractères variés et spéciaux, tandis que les textes de Cameroon Tribune sont composés dans les caractères courants

D - LA SIGNATURE

La signature d'un article rehausse automatiquement sa valeur. Un article rédigé par une personnalité (un archevêque) ou par une vedette (Mongo Béti), aux yeux des lecteurs n'aura pas la même valeur que l'article d'un inconnu. Tous les articles du dossier de la Nouvelle Expression sont rédigés par des auteurs de renom. Bien au contraire, dans Cameroon Tribune, il s'agit d'opinions émises au passage par simples lecteurs. C'est pourquoi ces articles prennent souvent la forme de la lettre à l'éditeur. Pour montrer qu'il n'est pas partie prenante de ces articles sur le tribalisme. Cameroon Tribune prend toujours la peine de faire ressortir sur fond noir la mention suivante : " Les opinions émises dans cette page n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs ". Par cette formule, les responsables du quotidien dégagent leur responsabilité de tout propos déplacé.

E - TYPES D'ARTICLE

Dans les genres journalistiques, on distingue les genres d'information impersonnels tels que la nouvelle brève, le filet ou la mouture ; les genres de commentaire éditorial, tribune libre, chronique, article de fond, lettre à l'éditeur, revue de la presse, et enfin les genres mixtes : interview, enquête, reportage. Ces articles peuvent être rédigés par des journalistes attitrés ou tout autre citoyen désireux de communiquer ses idées au public.

Lorsqu'un journal traite d'un thème dans son éditorial, on comprend qu'il le tient à coeur. Il en est de même lorsqu'on fait appel à d'éminentes personnalités pour écrire des articles sur ce thème. Or dans Cameroon Tribune, les articles d'opinion occupent 50 % contre 20 % de reportage et 20 % d'interview. Par conséquent, le tribalisme qui ébranle le Cameroun ne préoccupe pas ce quotidien national. Pour lui, le tribalisme est un sujet très sensible, dont on doit parler avec beaucoup de précaution. Au contraire les journaux privés que nous avons sélectionnés ont utilisé tous les genres journalistiques , de l'éditorial aux enquêtes.
 

Résultat du dépouillement

Sur les 500 numéros dépouillés (1990 et 1991) 10 seulement comportent chacun un article traitant des problèmes ethniques, soit 2 % du volume global des articles. C'est dire que le tribalisme n'entre pas dans les préoccupations de Cameroon Tribune, le quotidien gouvernemental .

Analyse de contenu (des 10 numéros)

 

Tirage Présentation Rubrique Genre Signature
Caractère ordinaire 
100 %
Caractère courant 
100 %
Tribune libre 
Nombre % 
5 50 % Politique 
3 30 % Media 
1 10 % Société 
1 10 %
Opinion 
Nb % 
5- 50 % Reportage 
2-20 % Interview 
2-20 % Revue de la Presse 
1 - 10 %
Lecteurs 
5 - 50 % Journalistes 
4 - 40 % 
Personnalité 
1 - 10 %
 

Il découle de ce tableau que le quotidien gouvernemental n'accorde aucune importance particulière au traitement des questions ethniques. Le titrage et la présentation des textes sont tout à fait ordinaires. On ne cherche pas à attirer l'attention des lecteurs. La rubrique tribune libre l'emporte sur la politique, 50 % contre 30 %. Les articles d'opinion des lecteurs sont de moitié plus nombreux que les autres. Ce sont les lecteurs, pour ainsi dire, qui imposent ces articles au journal. On comprend pourquoi 50 % des articles émanent de ces lecteurs indépendants.

Durant toute l'année 1990, Cameroon Tribune n'a publié aucun article sur les problèmes ethniques. Selon ce journal, c'est l'avènement de la démocratie qui a engendré le tribalisme. Par ricochet, la quête de la démocratie est un danger pour notre peuple.

Nous entendons par ethnie ou peuple, un ensemble d'individus que rapprochent un certain nombre de caractères, de traits de culture et de langue. Le mot tribu qui tend à disparaître du vocabulaire des sciences sociales à cause de son imprécision et de sa connotation idéologique, tout comme le mot civilisation, visait un ensemble de familles vivant sous l'autorité d'un même chef patriarche, dans une contrée. Ces individus sont issus d'une même souche ancestrale, ayant une communauté de langue et de traditions culturelles. Chaque groupe tribal a son espace bien délimité, une histoire, des coutumes, des danses, ses mythes, sa cosmogonie et sa langue. Bref la tribu est un microcosme.

La tribalité est alors un sentiment tribal, c'est-à-dire le fait et la conscience d'appartenir à une tribu. Le tribalisme, au contraire est un excès de tribalité, c'est-à-dire ce sentiment tellement exacerbé que ceux qui n'appartiennent pas à la même tribu sont considérés comme des étrangers, voire des ennemis à abattre à tout prix, car on leur attribue tous les maux de la société. Tout ce qui vient d'autres tribus est mauvais. Avec le tribalisme, l'Etat ou la nation n'a plus de sens.

Le tribalisme est un germe du colonialisme selon KOTTO ESSOME, " L'observation et l'analyse établissent la postériorité des " tribalismes " à l'avènement de la colonisation " (La Nouvelle Expression , N° 001, du 23 mai 1996, p. 23). En ce sens, le tribalisme n'est autre chose qu'une vision de la société africaine par les colonisateurs.

Moukoko Priso est donc bien fondé d'écrire : " Il est de plus en plus connu désormais, à mon avis, que ce qu'on continue d'appeler problème tribal en Afrique noire, c'est tout simplement la forme, particulière que revêt dans notre continent, le problème de nationalité Mais le colonialisme, et en réalité la grande civilisation occidentale ne connaissent pas d'autre élément que le mépris et le racisme comme fondement de leur vision de l'Afrique ". (Dikalo, Hors Série, N° 002, du 07 juin 1993, p.8.
 

LE PROBLEME ETHNIQUE DANS QUELQUES AUTRES JOURNAUX

De temps en temps les journaux privés publient chacun un article d'analyse sur le tribalisme. Lorsque la nouvelle Constitution, promulguée en janvier 1996, a consacré les notions d'autochtones et d'allogènes, confirmant par là que le Camerounais n'est pas partout chez lui sur notre territoire, tous les journaux ont pris position, soit pour soutenir cette distinction entre les citoyens d'un même pays, soit pour la combattre. Par ailleurs, la protection des minorités inscrites dans la même Constitution trahit l'intention des dirigeants de différencier en termes de clivage ethnique les Camerounais.

Ici nous avons choisi au hasard quelques journaux qui avaient titré à la " une " sur le tribalisme. Nous nous contentons de les passer en revue, l'objectif étant de montrer que les journaux privés ont une approche différente de celle du Cameroon Tribune en ce qui concerne le traitement des questions ethniques.

Le Messager, N° 184 du 08 mai 1990
Titre : Intégration nationale : Le parti unique a-t-il enrayé la tribalisation du Cameroun ?
Sur cinq colonnes à la " une ". De plus l'article s'étend sur cinq pages (6, 7, 8, 9, 10) sur les seize que compte l'hebdomadaire paraissant à Douala.
Titrage : Très gros caractères
Rubrique : Forum - Politique
Présentation : très aérée.
Genre : article d'analyse
Thème : L'article montre que le fond du débat sur le Pour le libéralisme communautaire, publié par le présidentt de la République - et qui constitue son projet de société - reste la problématique d'une intégration nationale considérée comme étant l'étape suprême de l'unité nationale. En conclusion, il montre que dans les textes comme dans la pratique quotidienne, le pouvoir politique n'a pas encore réussi à détribaliser la nationalité camerounaise.

L'Eveil du Cameroun, N° 002 du 28 février 1991
Titre : " Etre Béti " est-il en train de devenir un péché ?
Sur cinq colonnes à la " une ", mais en caractères moyens (corps 24) et en bas de casse
Titrage : moyen
Rubrique : politique
Présentation : caractères courants
Longueur : cinq pages pleines sur les 12 de ce périodique.
Genre : analyse - tribune libre
Signature : journalistes
Thème : L'article pose essentiellement des questions sans réponse. Par exemple : " Le multipartisme tant réclamé par les Camerounais n'est-il pas finalement, pour un grand nombre d'entre eux, un moyen inavoué et plutôt élégant d'exiger sans toutefois apparaître comme des tribalistes invétérés, le départ des Béti du pouvoir ?

En conclusion, " l'intelligentsia camerounaise, elle, semble se complaire dans des combats, pour écarter tel groupe ethnique du pouvoir, ou empêcher que tel n'en prenne possession ".

Galaxie, N° 017 du 04 décembre 1991
Titre : Des alliances tribales novices, avec la complicité de la France
Titrage : gros caractères, cinq colonnes à la " une "
Rubrique : Feuilleton du politicien. page 2
Signature : n'étant pas signé, cet article, vu sa position, équivaut à un éditorial.
Présentation : Caractères courants. Couvre les 3/5 de la page. soit trois colonnes complètes.
Thème : " Le multipartisme sans démocratie ayant remplacé le parti unique, nos compatriotes désabusés ont décidé de se regrouper par ethnies et de passer des alliances inter-tribales comme à l'époque précoloniale ; l'objectif aujourd'hui est de maintenir la suprématie d'un groupe de " gouvernants " sur les autres camerounais qui sont et doivent demeurer des "gouvernés "

En conclusion, le bimensuel de Douala alerte l'opinion nationale sur le fait que " des alliances nocives se nouent en ce moment au profit de la France et du groupe tribal Haoussa - Béti, dans la tradition et conformément au schéma dicté par Aujoulat pendant l'indépendance. "

Le Temps : N° 125 du 31 août 1992
Titre : - La mafia camerounaise en guerre. Les enjeux de l'antagonisme Béti-Bamiléké.
- Que cache et qui se cache derrière ?
- Qui en profite ?
- Quel sera le prix à payer par les camerounais à l'issue de cette " guerre de fous "?
- Economie et affaires

Le Temps répond à ces questions dans un dossier exclusif et vous propose le voyage au bout de l'absurde (pages 2, 4, 5, 6, 7, 11, et 12)
Titrage : gros caractères couvrant toute la " une "
Présentation : caractères variés, avec de la couleur. Sept pages sur les seize du périodique sont consacrées à l'analyse du tribalisme. Illustré.
Signature : Plusieurs plumes : journalistes et spécialistes
Rubrique : politique
Genre : analyse, reportage.
Thème : L'article montre que l'antagonisme Béti-Bamiléké est né de la tentation hégémoniaque des Bamiléké et a pour enjeu le contrôle de l'Etat et de l'économie et du pouvoir politique. " Les Bami sont la cause de la crise économique. Si l'argent manque c'est parce que les Bamiléké ont vidé les banques et font tourner l'argent entre eux dans leurs tontines " mais  " ce sont les Béti qui ont mis le pays en faillite "

"D'après les intellectuels Bamiléké la réussite économique des Bamiléké justifierait que le pouvoir politique leur revienne. D'après l'intelligentsia Béti la revendication intempestive du pouvoir politique par les Bamilékés procède d'une volonté d'hégémonie et de domination d'autres ethnies".

Qui est le Bamiléké dont on a tant peur ?
" Le Bamiléké est l'homme du ressentiment qui se caractérise par la rumination sempiternelle des maux et malheurs imaginaires, mélanges de haine et de jalousie, le tout impliquant un surinvestissement narcissique sur lui-même et le rejet des autres ".

En conclusion, " La guerre économique entre Béti et Bamiléké bat donc son plein. La mafia bamiléké la masque derrière le combat pour la démocratie. Les Bétis la mènent qu nom du refus de l'hégémonie des Bamiléké en estimant être le dernier rempart face à ce groupe . Les Bamiléké ont compris que les Béti sont le dernier et seul obstacle qui se dresse devant eux pour qu'il assoient leur domination sur le pays ".

Aurore Plus : N° 012, du 26 août 1992
Titre : Que veulent les extrémistes Bamilékés ?
Titrage : Très gros caractères (corps 78) couvrant toute la "une"
Signature : journaliste
Présentation : caractères courants. L'article couvre six sur les seize pages que compte ce périodique. Ce dossier est illustré de sept photos des élites Bamiléké, moteurs de l'hégémonie de cette ethnie
Genre : article d'opinion
Thème: La prétendue supériorité des Bamiléké.
" Les Bamiléké sont à l'étroit sur leurs terres qui bien que fertiles sont soumises à la très forte pression démographique. Dès lors les terres cultivables s'étant raréfiées, ils se doivent d'aller à la conquête des zones forestières du Moungo vides et par conséquent inexplorées . Les Bamiléké se croient partout chez eux au Cameroun d'où leur recherche effrénée d'espaces et donc de terres qui de plus en plus inquiète de nombreux autochtones ".

" La notion d'ethnie supérieure que clament tout haut ses tenants à longueur de journée est malsaine pour les esprits et pour le pays. Elle peut en effet conduire à sa perte, à sa dégradation . Cette marginalisation provoque en retour un sentiment de rejet des Bamiléké chez les autres ethnies et communautés camerounaises ".

" Ne pouvant accéder au pouvoir par des moyens légaux, ils ont créé une voix divine pour y parvenir : la presse privée. Celle-ci constitue leur principale arme de lutte en essayant de faire chacun de leur problème une affaire nationale ".

" A eux seuls donc l'intelligence, la richesse, le courage, l'efficacité et le dynamisme et rien pour les autres ethnies du Cameroun ".

Le Temps : N° 148 du 06 mai 1993
Titre : Longtemps victimes des manipulations , les Bamiléké réagissent. pages 8, 9, 10, 11, 12
Titrage : gros caractères à la "une" sur quatre colonnes.
Présentation : caractères couvrants, mais en couleur. Article illustré.
Signature : Journaliste
Genre : Interview
Thème : Il s'agit de deux longues interviews de deux personnalités Bamiléké, le chef supérieur Batcham et le président d'un parti politique, le Rassemblement Camerounais pour la République (RCR)

Les deux interviews font ressortir le fait que les Bamiléké partout jouent toujours les seconds rôles et qu'ils sont toujours à la traîne des autres et que la nécessité se fait de prendre conscience de cette situation. " Certains leaders d'opinion bamilékés pensent qu'il est temps que leurs frères de l'ouest reprennent conscience des dangers qui les menacent s'ils se laissent embobiner par des mots d'ordre qui ne sont pas toujours à leur avantage. Ici, il n'importe pas, de demander aux Bamilékés de devenir les partisans de tel ou tel bord politique, il s'agit de leur faire prendre en main leur destinée, en toute souveraineté, chacun selon ses aspirations, en toute liberté, sans qu'ils ne soient nécessairement liés aux considérations régionalistes ou tribales. Car la démocratie est le libre choix des individus face aux problèmes nationaux ".

Dikalo : N° 002, du 07 juin 1993
Titre : La plaie s'infecte: Tribalisme : vite, un débat
Titrage : en gros caractères, à la"une"
Présentation : caractères variés. Illustré de photos et de caricatures
Signature : Très variée
Type d'articles : enquêtes, interviews, articles de fond.
Thème : C'est un numéro spécial de 24 pages consacré entièrement aux problèmes du tribalisme. Ce dossier mérite à lui-même toute une étude, tant il est riche.
Voici du reste les différents titres.
1 - Et le tribalisme, ça ne mérite pas un débat ? (éditorial)
2 - Tribu majoritaire et démocratie, par Maurice Kamto.
3 - Le pouvoir en action . Démocratie tribale, par Manu Djemba
4 - La quadrature du tribalisme, par Abanda Kpama
5 - Le Cameroun tribal et le cimetière permanent par Dominik Fopoussi
6 - Tribalisme et politique, par Moukoko Priso
7 - Tribaliste, moi ? Jamais | par Dominik Fopoussi
8 - Que faire de l'équilibre régional ? par Me Joseph Antoine Onambelé
9 - Il faut écraser le tribalisme, par Mgr Jean -Baptiste Ama
10 - Le Renouveau a-t-il exacerbé le tribalisme ?" par Jean-Jacques Ekindi
11 - L'officialisation des pratiques ségrégationnistes ethno-fascistes à l'Université de Yaoundé, par Jongwane Dipoko
12 - La presse dans la mêlée, par Ben N'diaye.
13 - Success story : une provocation nommée T.S.F., par Félix Cyriaque Ebole Bola.
14 - Sport : le vecteur de l'unité nationale, par Manu Djemba
15 - Culture : du fiel dans le miel, par Guy Olama
16 - Le fédéralisme, stade suprême du tribalisme, par Jacques Mangue
17 - Dis, tu es d'où ? Par Félix Cyriaque Ebolé Bola
Il s'agit de 17 articles illustrés de photographies et de caricatures. L'équivalent de tout un livre.

Le Patriote : N°155 du 19 au 26 janvier 1995 p. 10 et 11
Titrage : Les Bamiléké et Paul Biya : Le divorce ?
Titrage : titre à la " une ", en gros caractères, en couleur, sur 4 colonnes
Présentation :: article d'une page et demie ; écrit en caractères ordinaires
Signature : journaliste
Genre : enquête
Thème : L'article pose deux questions essentielles
1 - La province de l'Ouest est-elle victime de la politique du Renouveau ?
2 - Y a t-il divorce entre les Bamiléké et l'homme du 6 novembre 1982 ?

"  Dynamique et prospère, la province de l'ouest a toujours bénéficié d e la sollicitude de Paul Biya. Finis les cauchemars de l'Affaire Ndongmo et du maquis (années 1955-1970). Sereins, les Bamiléké participent, sur toute l'étendue du territoire et dans tous les secteurs, à l'essor politique, économique et social du Cameroun. Mais quelques bonimenteurs, mûs par l'appétit du pouvoir, tentent de creuser un mystique fossé entre les Bamiléké et Paul Biya ".

La Nouvelle Expression : N° 001 du 23 mai 1996 ( numéro hors série )
Titre : Minorités, autochtones, allogènes et démocratie
Titrage : en gros caractères, blancs sur fond gris et couleur noire. 4 colonnes à la " une "
Présentation : petits caractères serrés (corps 8), sans fioriture. Textes et documents illustrés de cartes, tableaux, photographies, graphiques.
Signature : très variée, journalistes et spécialistes
Genre : Dossiers et documents - analyses, interviews.

Thèmes : Ce numéro spécial, dossiers et documents, couvre entièrement les 32 pages de ce bi-hebdomadaire. Il s'agit des textes denses et illustrés auxquels ont participé de nombreuses personnalités.
1 - Séverin Tchounkeu : De nos difficultés qui devraient nous rassembler (éditorial)
2 - Pierre Ngijol : Autochtones, allogènes et minorités au Cameroun
3 - Kotto Essome : De l'intervention de la tribu
4 - Bertrand Toko : Les groupements ethniques du Cameroun sous mandat français
5 - Bertrand Toko : Yaoundé et Douala, villes témoins
6 - Bertrand Toko : Une xénophobie qui date
7 - Bertrand Toko : Plaidoyer pour la capitale
8 - Bertrand Toko : Paul Biya est allogène à Mvoméka'a.
9 - Ahmadou Ahidjo : A chaque président ses minorités
10 - Bertrand Toko : La question anglophone sur la sellette
11 -Bertrand Toko : Protéger les minorités ou se protéger.
12 -Philippe Bisseck : Habitat : L'Afrique des autochtones et allogènes
13 -Victor Ebama : Autochtones et allogènes : des mots maudits
14 -Mbomo Njoya : protéger les minorités au quotidien
15 - Suzanne Kala Lobe : Le poids des mots
16- Sindjoun Pokam : Le problème d'équilibre nous retarde
17- Roger-Gabriel Nlep : Penser l'Afrique selon nos réalités
18 -Moukoko Priso : Les élites manipulent les populations à leurs propres fins
19- Celestin Monga : Raccourci tribal et légitimité ethnique
20-Shanda Tonme : La problématique ethnique dans la réorganisation des Etats modernes
21- Sindjoun Pokam : Les leçons électorales
22- Albert Dzongang : Qui veut divertir les Camerounais ?
23- Emmanuel Nyambio : Lettre ouverte à Albert Dzongang
24- Moukoko Priso : Personne ne remet en cause qu'il est camerounais
25- Jacques Mangue : Les minorités en droit international.

Génération : N° 062 du 04 au 10 mars 1996
Titre : Racines : " Allogènes ", " Autochtones ", Les Sawa dans la rue
La démocratie empoisonnée par la "protection des minorités". La République en péril. pp. 7 à 10
Rubrique : Dossier Génération
Titrage : Gros caractères et en noir et violet. Cinq colonnes à la "une" et illustration
Présentation : Intérieur : Titre en gros caractères textes en caractères courants couvre quatre pages pleines 3 photographies d'illustration.
Signature : journalistes et spécialistes
Genre : enquête
Thème : Après 100 ans d'histoire de Douala, on ne sait plus qui est allogène, qui est autochtones dans cette ville cosmopolite. C'est le pouvoir qui tire la ficelle dans la bataille entre les "allogènes" et les "autochtones".

Quotidien : N° 130, du mardi 25 juin 1996
Titre : Guerre pour un terrain marécageux à Douala. Bamiléké et Sawa se battent .
Titrage : Très gros caractères sur 4 colonnes à la "une" avec une photographie d'illustration.
Présentation : caractères courants mais de très gros titres, ainsi que de gros intertitres. L'article illustré de quatre photographies s 'étend sur deux pages pleines.
Rubrique : Le fait du jour
Genre : Reportage
Signature : journaliste
Thème : Pour une affaire de terrain, menace d'affrontements tribaux à Douala. Les dissensions ethniques menacent l'unité nationale

INPACT Tribune est le bulletin trimestriel d'analyse et de débat de la fondation Initiative panafricaine contre le tribalisme (INPACT) dont la devise est de combattre le tribalisme, pour qu'à jamais vive l'Afrique notre mère. Depuis 1994, ce bulletin trimestriel qui traite uniquement du tribalisme en est à son dixième numéro, en 1997. Passons en revue quelques-uns

INPACT Tribune N°002 de juin-juillet-août 1994.
Titre : Le tribalisme dans les Eglises
. Des révélations troublantes.
. Réactions du Nonce-Apostolique
Titrage : Gros caractères : cinq colonnes à la "une" avec illustration, mélange de couleurs.
Présentation : petits caractères très denses - gros titres. Textes illustrés : photos, caricatures.
Rubrique : Dossier
Genre: enquêtes, reportages, interviews.
Signature : très variée
1 - David Vital Foncho : L'impératif catégorique (éditorial)
2 - Pascal Blaise Touoyem : INPACT : une fondation, un concept (billet)
3 - D. Leuze : Côte-d'Ivoire : " Je ne suis pas allé à Yamoussoukro " (humeur)
4 - Marie Ngobo : Interview du Cardinal Christian N. Tumi (archevêque de Douala)
5 - Marie Ngobo : Interview du Pasteur Emmanuel Njiké
6 - Marie Ngobo : Interview de M. l'Abbé Louis-Paul Ngongo
7 - Marie Ngobo : et Dieudonné Leuze : Interview du Nonce-Apostolique, son Excellence Santos Abril.
8 - Pascal-Blaise Touoyem : INPACT-Section camerounaise. L'heure des défis.
9 - Dieudonné Leuze : Rwanda-Burundi : Après le génocide, vers une solution fédérale ? En exclusivité avec le Ministre Burundais.
10 - T. Ngenda Banyinkwa (Hutu) : Burundi-Rwanda.
Une guerre imposée par des ennemis du Droit des peuples à se choisir démocratiquement des gouvernants.
11 - Jean-Pierre Kantungeko (Tutsi) : Burundi : Pour une solution durable au conflit ethnique Hutu-Tutsi.
12 - Boniface PEM : Ethnicité et problématique du développement en Afrique noire
13 - Droit de réponse. L'Afrique, la grande muette (la Rédaction)

INPACT Tribune : N° 005 de septembre-octobre 1995
Titre : Le tribalisme dans les partis politiques
Grandes signatures
Analyses - Enquêtes - Interviews sur les questions brûlantes et renversantes pp. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15.
Titrage : gros caractères - en couleur - Illustré - cinq colonnes à la " une "
Présentation : caractères variés - gros titres illustration. Tous les titres sont mis en valeur
Rubrique : Dossiers
Genre : Analyses - Enquêtes - Interviews
Signature : De grandes signatures.
Thème : Le tribalisme dans les partis politiques
1 - Dieudonné Leuze, L'absurde (éditorial)
2 - Pascal Blaise Touoyem : L'hypothèse hégémonique de la raison ethno-tribale en Afrique
3 - Dieudonné Leuze et P.B. Touoyem : Le tribalisme dans les partis politiques
a - Interview du R.D.P.C .
b - Interview du Président de l'U.F.D.C, V. Hameni Bieleu
c - Interview du Président du S.D.F, Ni John Fru Ndi
d - Interview du Président de l'U.N.D.P., Bello Bouba Maïgari
e - Interview du Président de l'U.D.C, Adamou Ndam Njoya
f - Interview du Président du M.D.P, Samuel Eboua.
4 - Patrick de Saint-Exupéry : Le verbe au service de la terreur.
5 - Agathe Logeant : Massacre sur ordonnance.

INPACT Tribune, N° 006 de janvier - février - mars 1996
Titre : Y a-t-il un péril bamiléké au Cameroun .
Grands repères
Images et visage du Bamiléké
Réactions et contre pp. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14.
Titrage : cinq colonnes à la " une "
Très gros caractères variés Textes illustrés.
Rubrique : Dossier
Genre : articles d'opinion, d'analyses, longue interview.
Signatures : Très variées pour répondre à la question posée au N°3.
1 - Dieudonné Leuze : L'illusion (éditorial)
2 - P. B : Quel statut pour les minorités. Les dangers d'une manipulation du concept
3 - D. Leuze et P.B Touoyem : Y a-t-il un péril Bamiléké au Cameroun ?
a - Emmanuel Pondi
b - Hubert Mono Ndjana
c - Shanda Tonme
d - Jean-Baptiste Baskouda
e - Mbog Bassong
f - Jean Pahaï
g - Kago Lele
h - Shanda Tonme
i - Gilbert Mboudou
4 - D. Leuze: doit-on banaliser le crime politique ?

INPACT Tribune, N° 007 d'avril - mai - juin 1996
Titre : Camerounais de nationalité allogène pp. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15.
Titrage : gros caractères, en couleur, sur 4 colonnes à la " une "
Présentation : caractères variés - De gros titres. Plusieurs passages sur fond noir. Textes illustrés de caricatures.
Genre : article de fond, analyses.
Signatures : très variées
1 - D. Leuze : La mascarade (éditorial)
2 - P. B. Touoyem : Fief ethno-électoral et démocratie
3 - D. Leuze et P. B Touoyem : Camerounais de nationalité allogène
4 - Abel Eyinga : " Minorités ",  " autochtones ", " allogènes " : le contraire de ce qu'il faut faire.
5 - Kangue Ewane : Allogenéité, nationalité
6 - Mongo Béti : Allogènes ? Autochtones ?
7 - Eboussi Boulaga : Le tribalisme ne prospère que dans le néant d'une conscience nationale.
8 - Jean-Michel Tekam : Quand l'ethnocentrisme fonctionne comme idéologie dominante.
9 - René Tobie Nchouwat : La dynamique culturelle trans-ethnique
10 - Sanda Oumarou : L'Etat africain et conflits tribaux.
11 - Jean-Baptiste Djoumessi : La classification de la population en sous-groupes allogènes et autochtones.
12 - Hubert Mono Ndjana : Un cale dans la dialectique de l'intégration.
13 - Gilbert Mboudou : Minorités, autonomie, démocratie et partis politiques. Jusqu'où peut aller une majorité contre les minorités ?
14 - D. Leuze : La race aryenne était-elle juive ?

INPACT Tribune, N°008 de septembre - octobre - novembre 1996
Titre : Pour une conférence nationale des ethnies
Sauver le Cameroun de la dérive ethno-fascistes. pp. 10, 11, 12, 13, 14, 15.
Titrage : Très gros caractères - cinq colonnes à la "une" en couleurs - illustration
Présentation : Reprise de gros titres à l'intérieur, Caractères variés avec des colonnes sur fond bleu. Les textes sont illustrés - caricatures et photographies
Rubrique : Dossier
Genre : Analyses, enquêtes, interviews
Signature : journalistes et spécialistes"
Thèmes :Pour une conférence nationale des ethnies.
1 - Dieudonné Leuze : L'hérésie (éditorial)
2 - Pascal-Blaise Touoyem : Mondialisation, ethnicisme, démocratie.
3 - Gilbert Mboudou : Que faut-il entendre par intégration nationale ?
4 - D. Leuze et P. B Touoyem :
5 - D. Leuze : Sauver le Cameroun
6 - Mayi Matip : Qu'en pense la sagesse africaine ?
7 - Mayi Matip : La cohabitation, c'est dans la fraternité.
8 - Jean-Paul Simo : Cameroun : Education nationale. L'enseignement public dans les mailles du tribalisme.
9 - Dieudonne Leuze : Gendarme des tropiques et nostalgie coloniale
" Lever enfin le deuil de la République des citoyens qui n'a été que fiction . Esquisser les formes de la nouvelle République des ethnies ! Et . sortir l'Afrique de l'impasse ".

INPACT Tribune : N°009 de janvier - février - mars 1997
Titre : Administration publique, tribalisme et démocratie falciforme
Titrage : Très gros titre sur cinq colonnes à la " une " avec en fond blanc, la carte du Cameroun. Mélange de couleurs
Présentation : De très gros titres en couleur couvrant deux pages consécutives. Les textes sont en caractères variés. Les intertitres en couleur. Chaque page comporte une demi-colonne sur fond bleu pour agrémenter la lecture
Rubrique : Dossier
Genre : analyses, enquêtes, tribune libre.
Signature : variées
Thèmes :
1 - D. Leuze : Paradoxe (éditorial)
2 - P.B Touoyem : Enquête sur la topique de l'inconscient dans l'administration publique
3 - Gilbert Mboudou : Tribalisme, atavisme, refuge ou réaction.
4 - Hubert Mono Ndjana : Administration publique et fonction tribale frein ou levier pour l'avènement de l'Etat ?
5 - D. Leuze et P. B Touoyem : Administration publique, tribalisme et démocratie falciforme
6 - Mbog Bassong : La question du Droit et de la violence dans les structures étatiques post-coloniales (Apport de l'Anthropologie juridique comparée)
 

CONCLUSION GENERALE

On le voit, que ce soit en quantité ou en qualité, la presse privée camerounaise accorde plus d'attention aux questions ethniques que le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune. C'est uniquement à titre d'illustration que nous en avons sélectionné quelques échantillons. Ici, Cameroon Tribune n'accorde aucune priorité au traitement de la question ethnique dans ses colonnes, suivant en cela la politique gouvernementale qui cherche à escamoter ce fait, de peur de faire croire que le pays ne marche pas bien. Et curieusement ce sont les dirigeants qui fomentent la haine " tribale ". " Les élites manipulent les populations à leurs propres fins "(Moukoko Priso)

Ni le titrage, ni l'emplacement dans le journal ni la présentation d'ensemble des articles publiés sur le thème, ni le colonage ne permet de dire que Cameroon Tribune accorde une quelconque valeur au traitement des problèmes ethniques. En cela notre hypothèse est restée invalidée, car on se serait attendu à ce que le quotidien gouvernemental réagisse comme la presse privée, qui sans exception, voit dans le tribalisme un problème crucial pour l'avenir du Cameroun.

A la limite, Cameroon Tribune souhaiterait éviter de parler de ce problème ou tout au moins d'en prendre position. Seulement 2 % des numéros en parle. Rien de surprenant. Car comment peut-il naviguer à contre-courant, alors que, tout le monde le soutient, ce sont les dirigeants qui attisent la haine " tribale " au Cameroun ? Lorsque Cameroon Tribune parle de tribalisme, c'est pour montrer que c'est la quête de la démocratie par le multipartisme qui l'a engendré. C'est pour soutenir à la suite de M. Chirac que notre peuple n'est pas mûr pour la démocratie (voyage à Abidjan en 1990) et à la rigueur il nous faut une démocratie adaptée à " notre " rythme et conforme à " nos "moeurs (voyage à Brazzaville en 1996.)

Lorsque l'armée tire sur la foule, le journaliste de la CRTV annonce que les morts ont été piétinés par la foule (Bamenda en mai 1990) ; personne n'a rectifié cette bévue par la suite. En plus Radio-Centre et la Station de Ngaoundéré sont considérées comme étant des stations provinciales de la haine, car elles incitent impunément les populations à la guerre civile. On les compare à la Radio des Milles Collines du Rwanda qui incita les populations au génocide. " Il vaut mieux dormir ou cohabiter avec un diable que vous connaissez qu'avec un ange que vous ne connaissez pas. Serrez-vous les coudes, car le jour où le pouvoir ira outre rive du Mungo. Vous êtes bannis pour l'éternité ". Voilà le genre de discours que tiennent les journalistes aux contribuables camerounais qui financent ces radios.


INDICATION BIBLIOGRAPHIQUE

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- PAILLET, M, Le journalisme, le quatrième pouvoir. Poitiers, Denoêl, 1974

- UNRUG (d), Maire-Christine , Analyse de contenu et acte de parole. de l'énoncé à l'énonciation, 2e édit. Paris, J.P. Delarge, 1974


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