DEMOCRATIZATION
AND ETHNIC RIVALRIES IN CAMEROON
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In view of economic unsteadiness which brought back the crisis of the mid-1980s, the Cameroon government came up with adjustment programmes leaning heavily on market forces. This leaning based on economic liberalisation and reduction of demand engendered the resurgence of ethnic solidarities. The trends were manifested principally in the labour and money market. In the labour market, there is monopoly of information on employment and influence peddling in favour of ethnic clusters. In the money market, restrictive monetary policy and loss of confidence in the banks due to the restructuring of the banking system led individuals to resort to the informal banking system ("Njangis") It appears these reactions impair Cameroon's socio-economic balance. And, indeed, efficiency was compromised in the labour market, and on the other hand, the funding of productive investments is reduced.
Au lendemain de l'indépendance du Cameroun , la participation de l'Etat dans l'activité économique est de plus en plus marquée. Cette participation est justifiée par la nécessité de mettre en place un tissu économique moderne, en l'absence d'agents économiques privés locaux capables de procéder à des investissements suffisants. Cette intervention de l'État dans l'activité économique, confortée par la bonne tenue des produits de base exportés sur les marchés internationaux, a permis aux pouvoirs publics camerounais de soutenir la croissance du produit, de mettre en oeuvre des actions sociales conduisant à l'amélioration du niveau de l'emploi et du bien-être des populations, et qui ont parfois fait oublier aux individus leur appartenance ethnique. Cependant, à partir du milieu des années 80, la chute des cours des produits primaires exportés, conjuguée à la dépréciation du dollar américain, a entraîné une perte financière considérable pour l'État. Les déséquilibres qui s'en sont suivis (au niveau du budget et de la balance des paiements) ont amené les pouvoirs publics camerounais à se soumettre aux exigences des principaux bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux. Par conséquent, il a été mis en oeuvre un programme d'ajustement impliquant une moindre intervention de l'Etat dans l'activité économique, et la mise en place des mécanismes de régulation par le marché. Quel est l'impact des différentes mesures d'ajustements sur les comportements ethniques au Cameroun, et comment les replis ethniques influencent-ils l'équilibre socio-économique du pays ? C'est à
ces questions que se propose de répondre la présente étude.
Après avoir présenté les politiques de réduction
de la demande dans leurs fondements théoriques et dans leur mise
en pratique au Cameroun, elle établira ensuite un lien entre ces
mesures et les comportements ethniques, ceux-ci étant néfastes
à l'équilibre socio-économique. LA REDUCTION DE LA DEMANDE, ELEMENT CENTRAL DES MESURES D'AJUSTEMENT MISES EN OEUVRE AU CAMEROUN Les différentes mesures d'ajustement mises en oeuvre au Cameroun à partir des années 80 s'intègrent dans la logique des programmes d'ajustement structurel adoptés par ce pays. Elles ont trait principalement à la libéralisation de l'économie. Mais cette libéralisation, qui implique une moindre intervention de l'Etat dans l'activité économique, s'est fait souvent ressentir au niveau des agents économiques (en particulier le consommateur final) par une réduction de la demande. Celle-ci, qui est impulsée, dans le cadre des programmes préconisés par le FMI, par la diminution des dépenses publiques, vise à comprimer la demande globale de façon a résorber ou, tout au moins , "ramener à un niveau viable le déficit de la balance des paiements courants" (73). Quels sont alors les fondements de cette politique de réduction de la demande au Cameroun, et comment cette politique a-t-elle été menée ici ?
C'est dans l'approche monétaire de la balance des paiements et l'approche en termes d'absorption que les politiques de réduction de la demande mises en oeuvre au Cameroun dans le cadre des PAS trouvent leurs fondements théoriques.
la demande de monnaie est stable, et proportionnelle au revenu, ce qui s'écrit : Md = kpy (1), avec Md : la demande de monnaie, K : l'inverse de la vitesse de circulation de la monnaie, P : le niveau général des prix internes, Y : le revenu national ; - L'offre de monnaie (Ms) dépend de la contrepartie interne (C) et externe (R) : Ms = m(C + R) (2), avec m l'inverse du coefficient de réservé appliqué par les banques secondaires, C : le crédit intérieur, R : Les réserves extérieures ; - pour un petit pays, c'est le niveau des prix internationaux qui s'applique, par simple conversion au taux de change en vigueur (loi du prix unique). On a donc : P = ep* (3), avec e : taux de change, P* : le niveau des prix étrangers ; - sur le marché de la monnaie, l'offre est égale à la demande de monnaie, soit : Md = Ms (4) ; - le solde de la balance des paiements est égal à la variation des réserves de change. On peut écrire : B = D R (5), avec B : le solde de la balance des paiements, D R : la variation des réserves de change. Ces équations permettent alors d'écrire la relation souhaitée entre création monétaire et niveau des réserves, en situation de taux de change fixe.
en remplaçant Md par sa valeur dans l'équation (1), on obtient :
K/m[ep*Y] = C + R Cette relation négative entre crédit à l'économie et avoirs extérieurs a par ailleurs été formalisée par J.J. POLAK qui aboutit au résultat selon lequel l'accroissement du crédit intérieur d'une unité monétaire entraîne une perte en devises correspondant à
C : la consommation des ménages, G : les dépenses gouvernementales, I : l'investissement, X : les exportations, B : le solde de la balance courante, Y = C + I + G + X - M (6) Si on appelle A, l'absorption domestique, cette équation devient : Y + M = A + X (6'), et, par la suite, Y - A = X - M (6'') ; on a alors : B = X - M (7), et l'équation (6'') devient alors :
Des deux
analyses qui précèdent, il ressort que les racines d'éventuels
déséquilibres dans une économie sont à rechercher
au niveau de la demande interne. C'est pourquoi, dans les différents
programmes d'ajustement structurel mis en oeuvre par les pays en développement,
l'accent est mis sur la compression de la demande globale (gel des salaires,
compression des effectifs, limitation du crédit intérieur,
etc.).
- la suppression du principe du la gratuité du logement, du téléphone, de l'eau et de l'électricité en faveur du personnel de l'Etat ; - l'arrêt des recrutements, autres qu'à travers certaines écoles de formation, dans la fonction publique ; - la réduction du personnel dans les ambassades. Cependant, ces différentes stratégies de réduction du train de vie de l'Etat ont connu leur point culminant en 1993, avec deux baisses de salaires en l'espace de 10 mois. En effet, au cours de l'année 1993, les agents de la fonction publique camerounaise ont subi une première baisse de salaire, de l'ordre de 30 %, au mois de janvier, suivi d'une deuxième baisse, d'environ 50 %, au mois de novembre. A travers ces réductions de salaires, les pouvoirs publics camerounais espéraient parvenir à une diminution de la masse salariale d'une ampleur équivalente à ce qu'aurait représenté une compression de 40 % des effectifs dans la fonction publique. Ils pensaient ainsi contourner l'allégement des effectifs exigé par les bailleurs de fonds en l'occurrence le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Mais la persistance des déséquilibres des finances publiques a finalement contraint ces autorité à procéder à un allégement des effectifs dans la fonction publique.
il y a eu tout d'abord ce qu'on peut qualifier de politique monétaire interne, caractérisée par une libéralisation des taux d'intérêt, la tendance étant à la restriction de l'offre de monnaie par les autorités monétaires ; il y a eu ensuite ce qu'on peut qualifier de politique monétaire externe, caractérisée par un réajustement de la parité du franc CFA par rapport au franc français.
S'agissant en particulier de la réduction du nombre de taux d'intérêts débiteurs, elle s'est traduite, depuis 1990, par l'abolition des bonifications et d'autres subventions de taux d'intérêts. C'est ainsi qu'on a assisté à la suppression du taux d'escompte préférentiel (TEP), et à sa fusion avec le taux d'escompte normal (TEN). Par ailleurs, le coût du crédit s'est trouvé de plus en plus accru, atteignant dans certains cas des niveaux de l'ordre de 26 % à 28 % (75). De tels niveaux des taux d'intérêts débiteurs laissent sans doute aux banques, la possibilité d'accroître leurs marges, mais découragent en même temps la demande de crédit pour les opérations productives.
Au-delà de l'impact macro-économique attendu de cette mesure (restauration de la compétitivité des économies concernées, rétablissement de l'équilibre de leurs balances des paiements), il est important de relever que la dévaluation, qui venait à la suite de deux baisses de salaires, a correspondu elle-même à une nouvelle baisse (en terme réels) qui a porté le niveau de rémunération des fonctionnaires à 17,5 % du salaire de janvier 1993 (76). En effet, on a observé, après la dévaluation, un quasi-doublement des prix des médicaments et autres biens de première nécessité (sucre, sel, huile, farine, etc.). Par conséquent, l'accès des populations à ces produits est devenu de plus en plus difficile. Ces populations se sont alors tournées vers la consommation des produits vendus à des prix abordables par les commerçants ambulants. Ces produits pour une part, en provenance du Nigéria et d'Asie du Sud-Est, sont introduits en contrebande sur le terroire national. En matière
de santé, il convient de relever qu'en ville, les populations ont
eu de moins en moins recours aux hôpitaux et aux pharmacies. En
revanche, elles ont opté pour l'automédication, par l'achat
des médicaments vendus au détail le long des rues. Dans
les zones rurales, la préférence pour la médecine
traditionnelle a contribué à marginaliser davantage la médecine
moderne. LES CONSEQUENCES DES MESURES D'AJUSTEMENT AU CAMEROUN:INFORMALISATION DE L'ECONOMIE ET EMERGENCE DES SOLIDARITES ETHNIQUES : La présentation
des différentes mesures d'ajustement au Cameroun a permis de voir
que celles-ci se sont orientées vers la réduction de la
demande. Cette réduction de la demande, qui a entraîné
l'éviction d'un grand nombre d'individus du processus de distribution
des revenus, a contribué en même temps au développement
de l'économie informelle et à l'émergence des solidarités
ethniques entretenues par le besoin de survie des populations marginalisées.
Pourtant, à travers le projet "Dimension Sociale de l'Ajustement"
(DSA), il était question de limiter les effets néfastes
de l'ajustement sur les couches les plus vulnérables de la population.
Dans le domaine de la population, le projet DSA a conduit à l'adoption, en mai 1992, d'une politique nationale de la population. Dans le domaine de la santé, le projet DSA vise la reconstitution d'urgence des stocks de fournitures médicales et pharmaceutiques utilisées pour les soins de santé primaires. Dans le domaine de l'éducation, ce projet prévoit un renforcement de la capacité des structures éducatives. S'agissant de l'emploi, le projet DSA envisage de faciliter la reconversion des travailleurs ayant perdu leur emploi du fait, soit de la restructuration des entreprises du secteur public, soit de la rationalisation des effectifs dans la fonction publique. A cet effet, le Fonds National de l'Emploi (FNE) a été créé, avec pour but d'aider à la réinsertion des personnes ayant perdu leur emploi, à travers la promotion des micro-entreprises. Mais les espoirs placés en la DSA n'ont pas pu être pleinement satisfaits. En effet, ce projet s'est heurté à de nombreuses difficultés, en raison de la non réalisation des promesses de financement par certains donateurs. Ceux-ci exigeaient au préalable la définition d'une politique plus rigoureuse de stabilisation des finances publiques, et la mise en place rapide de mécanismes susceptibles d'assurer une bonne évolution du processus démocratique au Cameroun. Par ailleurs, les différentes suspensions dont a été victime le Cameroun de la part de certains organismes financiers internationaux (suspension de tout décaissement en provenance de la Banque Mondiale en mars 1993, suspension par la Banque Africaine de Développement en janvier 1993) n'ont pas permis le bon déroulement du projet DSA, qui à la fin de 1992, accusait encore une insuffisance de réalisation de promesses de financement de 50 % (77). Ainsi dépourvue de ressources financières, la DSA n'a véritablement pas pu être mise en exécution. C'est à peine si les différentes étapes de ce projet ont pu aller au-delà des études préliminaires. Le Fonds National de l'Emploi, module le plus avancé de la DSA, en qui les chômeurs avaient placé de nombreux espoirs, fonctionne aujourd'hui au ralenti, avec d'importants arriérés de paiements. Par conséquent, il n'arrive plus à remplir ses principales missions, à savoir : l'accroissement des possibilités d'emploi, l'insertion des travailleurs ayant perdu leur emploi, la diffusion d'informations aux chercheurs d'emploi. Face à
l'incapacité du projet DSA à répondre aux attentes
placées en lui, les agents économiques les plus touchés
par les mesures d'ajustement, parce qu'ils se sont trouvés évincés
des canaux formels de distribution des revenus, se sont tournés
vers un mode de vie caractérisé par le contournement des
contraintes réglementaires (informalisation de l'économie)
et le développement des solidarité ethniques (78).
a/ - L'informalisation de l'économie : Les petits métiers de l'agriculture ont trait aux cultures vivrières dans les vallées. A cela s'ajoutent l'élevage et la cueillette de vin de palme. S'agissant des petits métiers de l'artisanat de production, ils sont représentés par la vannerie, la vitrerie, la petite imprimerie, la couture, la sérigraphie, etc. Les petits métiers de services englobent des activités telles que le transport, et divers services domestiques (gardiennage des maisons, balayage, cuisine, lessive). Quant aux petits métiers de commerce, il ont principalement trait au commerce de rue qui englobe la vente des cigarettes, des journaux, des produits vivriers et des mets préparés dans les rues et parkings du centre commercial. Cependant, il faut relever que cette informalisation de l'économie est surtout un phénomène urbain. Elle est plus accentuée à Douala et Yaoundé (79). Dans la ville de Yaoundé en particulier, une enquête réalisée en 1989 montre que 29,7 % des actifs occupés dans cette ville exercent dans le secteur informel (80). Plus généralement, l'informalisation de l'économie peut être appréhendée au niveau macro-économique à trois niveaux : le marché des biens et services, le marché du travail, et le marché de la monnaie. Si au niveau du premier marché (biens et services) l'impact sur les replis ethniques n'est pas très sensible, on peut remarquer qu'au niveau du marché du travail et du marché de la monnaie, l'informalisation de plus en plus poussée de l'économie, conséquence des mesures d'ajustement, a contribué à l'émergence et au développement de solidarités ethniques néfastes à l'équilibre socio-économique .
Dans ce contexte, les rares opportunités d'emplois qui se présentent ne sont pas suffisamment diffusées, ou, quand elles le sont, ne laissent pas toujours la possibilité à un grand nombre de demandeurs (y compris les plus méritants) de faire acte de candidature. Il y a donc une rétention de l'information de la part de certains haut responsables, un trafic d'influence dans certaines structures à travers lesquelles l'Etat a continué à recruter (grandes écoles de formation), pratiques qui privilégient plutôt la fibre ethnique au détriment de la compétence. Une étude se rapportant à la ville de Yaoundé (81) permet de voir la mise en exergue des relations ethniques dans le recrutement de la main-d'oeuvre d'une part dans le secteur informel, et d'autre part dans le secteur formel. Dans le secteur informel, près de 80 % de la main-d'oeuvre des unités de production informelles provient de la même ethnie que son employeur. Cette très forte homogénéité ethnique des unités de production informelles apparaît beaucoup plus chez les "bétis", avec 90,1 % du total de la main-d'oeuvre qui est de la même ethnie que l'employeur (82). En ,revanche, les employeurs informels "bassas" apparaissent plus ouverts, car il recrutent leur main-d'oeuvre dans tous les groupes ethniques. Tableau
1 : Composition ethnique de la main-d'oeuvre du secteur
Source : F. ROUBAUD : La question ethnique sur le marché du travail à Yaoundé ; discrimination ou solidarité ? DIAL, 1994, p. 11. Dans le secteur formel, le phénomène est plus accentué dans le secteur privé ou 71,1 % des membres du secteur privé formel obtiennent leur emploi par le biais de relations. Cependant, F.ROUBAUD relève que la mobilisation des relations personnelles est une fonction décroissante de la taille de l'entreprise et du niveau de qualification, sans jamais devenir marginale. Ici le groupe "bamiléké" apparaît comme celui qui fait appel à ce type de réseau, avec 79,4 % d'individus ayant obtenu leur emploi par des relations personnelles. Tout comme dans le secteur informel, on remarque que le groupe "bassa" est celui qui a le moins recours aux canaux souterrains d'insertion professionnelle, avec 53,6 % d'individus ayant obtenu leur emploi par des relations personnelles (83). Tableau
2 : Main-d'oeuvre ayant obtenu son emploi par relations personnelles
(parents ou amis) suivants le secteur institutionnel (en %).
Cette mise en exergue de la fibre ethnique dans le domaine de l'emploi débouche fatalement sur une situation non optimale sur le plan économique. En effet, chaque haut responsable essaie d'user de son influence pour insérer ses "frères" dans le marché de l'emploi, sans toujours s'assurer de la compétence de ceux-ci. Le pus important pour lui, c'est de parvenir à diminuer le nombre personnes qui sont à sa charge, sur les plans alimentaire et financier. Un tel comportement conduit inévitablement le système vers l'inefficacité, contribuant ainsi à maintenir la production à un faible niveau. Par ailleurs la perte de leur emploi par certains individus a amené ceux-ci, afin de pouvoir survivre, à se tourner vers la recherche de solidarité ethniques. Ces solidarités se sont alors exercées à travers l'hébergement, les associations d'entraide, et les tontines. S'agissant de cette dernière forme, elle sera examinée au niveau du marché de la monnaie. En ce qui concerne particulièrement l'hébergement, il s'est généralement agi, pour les groupes sociaux exerçant encore une activité rémunérée dans le secteur formel ou informel, de donner asile soit aux parents sans logement vivant dans les villes qui, pour cause de restructurations ou de fermetures d'entreprises, avaient perdu leur emploi, soit aux parents venus des villages qui, découragés par les niveaux faibles des prix offerts aux produits agricoles d'exportation, ont afflué dans les centres urbains à la recherche d'emplois rémunérés, ou encore aux parents, jeunes diplômés issus de l'enseignement supérieur ou secondaire, à la recherche de leur premier emploi (84).
Cette politique monétaire et ce comportement des banques ont entraîné un repli des individus vers les systèmes financiers informels, en l'occurrence les tontines. De plus, la perte de confiance du public dans les banques, conséquence de la restructuration bancaire qui s'est traduite dans certains cas par la fermeture pure et simple de quelques établissements financiers, n'a fait que contribuer à revitaliser les tontines. Celles-ci, qui sont des institutions informelles de collecte d'épargne et d'octroi des crédits aux membres, ceux-ci appartenant le plus souvent à la même ethnie. Au Cameroun, M. NZEMEN relève que les tontines regroupent 47,3 % de la population, avec une plus grande accentuation dans l'ouest du pays (85). Cependant, l'auteur établit une distinction entre tontines de solidarité d'affaires (86). Le recrutement dans les premières obéit à des considérations parentales. Quant aux secondes, elles recrutent parmi les hommes d'affaires ayant des revenus comparables au niveau régional ou national, sans que les liens de parenté entrent nécessairement en compte (87). Mais, malgré ce recrutement trans-ethnique dans les tontines d'affaires ou "bourses d'argent", il apparaît que les hommes d'affaire "bamiléké", dont le dynamisme a par ailleurs été établi (88), y sont majoritaires en raison des sommes importantes qui y sont mobilisées. Aujourd'hui les tontines sont en étroite concurrence avec les banques commerciales, tant en qui concerne la collecte de l'épargne que la distribution des crédits. Mais, si au niveau de la collecte de l'épargne, les tontines ne font l'objet d'aucun grief majeur, tel n'est pas le cas, s'agissant de l'octroi des crédits. En effet, les crédits issus des circuits financiers informels sont des crédits de très court terme. M. NZEMEN relève que le crédit tontinal varie de 1 mois à 35 mois (89). Cette période apparaît insuffisante lorsqu'on veut réaliser un investissement. La rentabilité de celui-ci n'est souvent effective qu'après plusieurs années. On pense alors que les circuits informels de crédit canalisent des épargnes relativement faibles et que ces épargnes, du fait de leurs courtes échéances, sont acheminées dans la plupart des cas, vers les besoins de consommation d'autres agents économiques. Même lorsqu'ils contribuent au financement d'un investissement, les fonds provenant du crédit tontinal ne représentent qu'une très faible part, de sorte que le marché informel de crédit apparaît beaucoup plus comme un lieu de confrontation entre épargnants et consommateurs, qu'un lieu de rencontre entre épargnants et investisseurs. Dans ces
conditions, les fonds qui auraient pu servir de "matelas" au financement
des activités productives (à travers notamment des crédits
à moyen et long termes à l'investissement) sont détournés
des institutions financières formelles, contribuant ainsi à
réduire la liquidité de celles-ci, à renforcer leur
attitude restrictive en matière d'octroi des crédits, et
à maintenir l'activité économique à un faible
niveau. CONCLUSION Les programmes d'ajustement structurel mis en oeuvre dans certains pays en accord avec les institutions du Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale) visent principalement le rétablissement des équilibres macro-économiques. Dans le cas du Cameroun, nous avons essayé de montrer que la mise en oeuvre de ces programmes aboutit à des résultats pervers, en ce sens qu'ils contribuent plutôt, à travers les comportements ethniques, à fragiliser davantage l'équilibre socio-économique. Ils conduisent à l'inefficacité sur le marché du travail, et au détournement des ressources financières des circuits formels vers les circuits informels sur le marché de la monnaie. On Peut alors préconiser que les différents programmes d'ajustement structurel en particulier, et la politique économique en général, prennent désormais en compte les variables anthropologiques, notamment le comportement des individus, dans leur mise en oeuvre, pour une meilleure efficacité.
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NOTES 73. J. BRASSEUL : Introduction à l'économie du développement, A. Colin, 1993, p. 88. 74. Déclaration de stratégie de la relance économique de la République du Cameroun, MINPAT, 1989. 75. M.NZEMEN : Théorie de la pratique des tontines au Cameroun, Sopecam, 1988, p. 127. 76. TOUNA MAMA et S.M.FOUDA : Economie dominante et association communautaires au Cameroun : le défi de la survie en milieu rural in S.HONSBERGER (ed.) : Les stratégies des groupes sociaux victimes de la globalisation de l'économie, CRD, Université de Neuchâtel, 1996, p. 104. 77. TOUNA MAMA et S.M. FOUDA, Op.cit., p. 10. 78. Voir TOUNA MAMA et S.M. FOUDA : Economie dominante et stratégies de survie des populations au Cameroun, in D. SESYREZE (ed.) : Quelles perspectives pour les régions et sociétés évincées de l'économie dominante ? CRD, Université de Neuchâtel, 1994. 79. DIAL, DSCN : Conditions d'activité de la population de Yaoundé, premiers résultats, Yaoundé, 1993. 80. KENGNE FODUOP : Les activités informelles dans les centres urbains : l'exemple des petits métiers de la ville de Yaoundé ; Débats économiques de la Fondation Friedrich - Ebert, n° 2, mai 1991, p. 18. 81. F. ROUBAUD : "La question ethnique sur le marché du travail à Yaoundé ; discrimination ou solidarité" ? in DIAL, 1994, p. 11 83. F.ROUBAUD, Op cit., p. 12. 84. TOUNA MAMA et S.M FOUDA :Economie dominante et stratégies de survie des populations au Cameroun, op.cit., p. 161 85. M. NZEMEN, Op. cit., p. 18. 87. D. MIAFFO et J.P WARNIER : Accumulation et ethos de la notabilité chez les bamiléké, in P. GESCHIERE et P. KONINGS : Itinéraires d'accumulation au Cameroun, ASC-Karthala, 1993, p. 56. 88. Voir J.L. DONGMO : Le dynamisme bamiléké, CEPER, 1981. 89. M. NZEMEN, Op.cit., p. 89.
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