MOST ETHNO-NET AFRICA PUBLICATIONS

Democracy and Good Governance, ICASSRT, 1999



 Democratie, Bonne Gouvernance et Communication 

Tjade Eone 
BP 12795 Yaoundé

INTRODUCTION 
Le thème proposé à notre réflexion dans le cadre des présentes assises est le suivant: 
"Démocratie, bonne gouvernance et communication" 
Il s'agit d'un triptyque dont les trois éléments constitutifs suggèrent tout naturellement, l'étude des interactions et des interrelations entre la communication, la bonne gouvernance et la démocratie. Autrement dit, y a-t-il une relation causale ou non entre d'une part, la communication posée comme vecteur de progrès social et d'autre part, la bonne gouvernance et la démocratie pensées comme attributs d'un développement humain et social durable? 
Telle est la problématique que nous entendons privilégier dans cet échange, sans occulter bien entendu tous les questionnements articulés autour des concepts fondateurs de cet intitulé. 
Intéressons-nous d'abord au concept de bonne gouvernance en raison de sa nouveauté. Ce néologisme est une traduction littérale et passablement maladroite de l'expression anglo-saxonne "Good Governance". 
Selon Toussaint Tchitchi, Professeur béninois de Linguistique, la bonne gouvernance n'est ni plus, ni moins qu'un "nouveau virus" utilisé pour "renforcer le processus démocratique" en Afrique. Cet ancien Ministre de l'Information du Bénin et Directeur de publication d'Ablode (une publication en langue béninoise) déclare sans rire, que "la bonne gouvernance utilisée à tout propos, est devenue la pacotille devant laquelle on s'extasie aujourd'hui, en attendant de la vider de son vrai contenu économique, sémantique et politique". 
Dans cette même perspective à peine caricaturale, deux autres intellectuels béninois: Muftau Lalaye et Mondjannani soulignent que le néologisme "gouvernance" a un contenu beaucoup plus évanescent que celui de démocratie et "l'on est en droit de se demander s'il ne s'agit pas d'une mode". 
De ces expressions quelque peu anecdotiques utilisées par des collègues béninois pour caractériser la Bonne gouvernance, nous allons faire impasse sur les labels de nouveau virus et de pacotille pour ne retenir que la mode. 
Si l'on convient de considérer la bonne gouvernance comme une mode, alors il importe avant tout d'en retracer à la fois l'origine et l'historicité. 

1. Historicité de la bonne gouvernance 
Le néologisme "Good Governance" a fait son apparition dans l'abondante littérature sur la problématique du développement lors de l'élaboration d'une étude de la Banque Mondiale sur les perspectives à long terme de panique au Sud du Sahara. Cette étude a été publiée en 1984. Il fût patent pour leurs inspirateurs des Institutions de Bretton Woods, que les politiques d'ajustements structurels mises en place à la fin des années 70 avaient lamentablement échoué. C'est dans ce contexte que le concept de "Good Governance" a été inventé d'abord pour expliquer pourquoi les ressources mises à la disposition de l'Afrique n'étaient pas utilisées de manière opérationnelle. Par la suite, au début des années 90, avec notamment l'apparition des mouvements politiques de démocratisation consacrant la "deuxième libération" de l'Afrique au Sud du Sahara, ce concept a été popularisé, et a été désormais repris par beaucoup de donateurs bilatéraux et multilatéraux. Dans leur entendement, il s'agissait en réalité d'instaurer des "démocraties parlementaires" en Afrique. 
Le contexte d'échec des PAS et leur énorme coût social vont conduire les dirigeants des Institutions de Bretton Woods à prendre désormais en compte, la prégnance des problèmes culturels qui apparaissent plus déterminants que les problèmes économiques. Pour le FMI et la Banque Mondiale, il s'agirait désormais "d'incorporer la dimension culturelle dans le paradigme classique du développement". 
Cependant, en dépit de la prise de conscience de la dimension culturelle, la prise en compte des facteurs politiques de la bonne gestion ne pouvait plus être occultée. Des efforts systématiques furent donc ouvertement exigés aux gouvernements africains afin de réussir ce que les experts ont appelé la "capacity building". D'autres exigences furent adressés aux mêmes gouvernements africains, des exigences ainsi formulées: 
"to build a pluralistic institutional structure, a determination to respect the ruIe of law and a vigorous protection of the freedom of the press and human rights" (Memorandum of the Vice-President and general council. Dec. 21,1990. Washington D.C.) 

A. De la Malgouvernance à la Bonne Gouvernance 
En recherchant les raisons de la contre performance des économies africaines, les experts de la Banque Mondiale ont fait le constat d'une carence manifeste dans les méthodes de gestion de la Res publica dans son origine latine (la chose publique). Cette carence manifeste qui constitue la malgouvernance en Afrique se caractérise par les phénomènes et attitudes négatives ci-après: 
- la personnalisation excessive du pouvoir, phénomène que traduisent le culte de la personnalité, les tendances au pouvoir clanique ou familial, les biens publics considérés comme un patrimoine personnel etc... 
- Le déni des droits fondamentaux de la personne entre autres, la confiscation des libertés de la presse, d'opinion et d'association... 
- L'incapacité des autorités non élues à déléguer leur pouvoir 
- La prédominance de gouvernements mal élus et n'ayant de compte à rendre à personne 
- La corruption généralisée: les élites politiques et les élites tout court, étant avides de s'enrichir et de s'enrichir vite par tous les moyens. 

Pour évoluer, de la malgouvernance à la bonne gouvernance, la Banque Mondiale a prescrit une approche technocratique assez drastique consistant à réduire la dimension de l'Etat, c'est-à-dire "moins d'état" pour "mieux d'état", libéraliser l'économie, décentraliser et responsabiliser les collectivités locales et la société civile, privatiser les organisations para-étatiques etc. 

B. De la bonne Gouvernance comme un service public 
Poussant l'analyse au-déla du seul souci d'efficacité et de croissance économique, des organisations non gouvernementales comme la Fondation Ford, le Carter Center d'Emory ainsi que certaines Agences du Système des Nations Unies telles que le PNUD et l'UNICEF notamment, ont sévèrement critiqué les politiques préconisées par les Institutions de Bretton Woods en leur reprochant leur absence de dimension politique, leur oubli de la participation sociale des populations locales. 
Le concept de la bonne gouvernance a donc dû évoluer. Selon le Président de la Banque Mondiale de l'époque, M. Serageldin, la Bonne Gouvernance ne signifie rien d'autre que: 
"a public service that is efficient, a judicial system that is reliable and an administration that is accountable to its public" (Serageldin: "Governance, democracy and world Bank in Africa", Sept. 20.1990). 
Pour les experts de la Banque Mondiale, il ne faut pas confondre démocratie et bonne gouvernance. 
La démocratie induit un gouvernement représentatif garantissant les droits de l'homme. La démocratie se concrétise par l'existence du suffrage universel et l'organisation d'élections libres. Pour eux le terme démocratie. " ... deals primarly with the form not the substance of governing" 
Dans leur entendement, cela va de paire avec l'indépendance de l'appareil judiciaire, le respect scrupuleux des lois et des droits de l'homme. 
En revanche, la gouvernance renvoie à l'idée de bonne gouvernance. 
"in the sense of great efficiences and rationality in resource allocation, an enabling environment and a lack of corruption." 
Au total, le concept de bonne gouvernance revu et corrigé, repose sur trois piliers: 
1. La transparence et la bonne gestion des affaires publiques, c'est-à-dire, pour parler comme le Sénégalais Babacar Sine, "une éthique de gestion de l'Etat et de ses ressources" 
2. Le respect de l'Etat de droit et d'une justice indépendante 
3. La participation populaire par la communication 

II. Synergie entre Démocratie, Bonne Gouvernance et Communication 
De ces trois piliers, nous allons à présent nous appesantir sur le troisième, c'est-à-dire la participation sociale par la communication. Il s'agit de nous interroger sur l'existence ou non, d'une synergie fonctionnelle entre la communication, la démocratie et la bonne gouvernance. 
Soulignons d'emblée que la société démocratique voulue comme une société de droit garantissant à tous, le plein exercice des libertés fondamentales de l'Homme, de même que la bonne gouvernance définie comme une "éthique de gestion de l'Etat et de ses ressources" (Babacar Sine) ont, l'une et l'autre, besoin de la communication pour s'élaborer et se consolider en permanence. Cela participe du rôle social majeur de la communication que nous envisageons volontiers, à la suite du sociologue américain, Wilbur SCHRAMM, comme à la fois "la servante et l'alliée du développement dans tous ses aspects"., 

A. La communication est l'oxygène de la démocratie 
"Si la presse n'existait pas, il ne faudrait surtout pas l'inventer" avait osé écrire le Français Honoré de Balzac dans la revue parisienne en 1840. L'écrivain formulait en ces termes, son réquisitoire contre la presse. 
"la presse est en France, un quatrième pouvoir dans l'Etat; elle attaque tout et personne ne l'attaque. Elle blâme à tort et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et les littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu'il y ait réciprocité; ses hommes à elle doivent être sacrés. ils font et disent des sottises effroyables, c'est leur droit/" 
Honoré de Balzac devait être très en colère contre la presse. Depuis cette époque, la contestation du pouvoir des médias s'est faite encore plus agressive. Spiro Agnew, vice-président des Etat-Unis en 1969, l'intellectuel Soviétique Alexandre Soljenitsine en 1978 ont successivement emboîté le pas à Balzac et dénoncé les abus de pouvoir des médias. 
Pourtant, reprenant à son compte l'interrogation formulée moins de deux siècles plus tôt par son ancêtre, le professeur Francis Balle, dans un livre opportunément intitulé "Et si la presse n'existait pas .." répond, péremptoire: 
"la liberté n'existerait pas non plus!". Pour ce professeur de philosophie, ancien directeur de l'institut français de Presse, ancien vice chancelier des Universités de Paris, membre du Conseil National de l'Audiovisuel français et directeur de l'institut de Recherches et d'Etudes sur la communication - IREC - la liberté d'informer représente tout simplement l'oxygène de la démocratie. En effet, souligne-t-il, il n'y a pas de démocratie sans liberté d'informer. Il n'y a pas non plus de liberté d'information sans démocratie. 
Sans la communication la démocratie cesserait d'exister Comment concevoir par exemple que les gens participent au choix de leurs gouvernants et à l'élaboration des lois de leurs pays s'ils ne sont pas éclairés par les médias sur l'importance des choix à opérer?. 

B. Démocratie "Médiacratie" et "Télécratie" 
Cette fin du 20ème siècle et bientôt un nouveau millénaire nous plongent incontestablement dans le règne de la démocratie, des médias et de la communication. Aujourd'hui et davantage encore demain, dans les sociétés démocratiques et donc de communication, l'on ne peut plus, l'on ne pourra plus élire un candidat sans recourir aux médias. Le choix des gouvernants est désormais fortement influencé moins par leur expérience ou leur action politique que par leurs performances télégéniques, c'est-à-dire, leur aptitude à communiquer. Nous sommes résolument entrés dans l'ère de la "Médiacratie" et de la "Télécratie" autrement dit, une époque où le triomphe des médias est tel que pour arriver au pouvoir ou y rester, il faudra être un homme ou une femme cathodique. C'est donc désormais la télévision qui, par la séduction du tube cathodique, fait l'élection, fabrique de nouvelles stars de la politique, sélectionne les clients brillants et rejette les médiocres. 
Dans cette nouvelle société démocratique, modelée par la communication, les règles du jeu politique doivent assurément intégrer les médias en tant qu'arbitres et régulateurs de la vie sociale par ce qu'ils sont devenus un passage obligé pour tout citoyen qui vaudrait conquérir une position de pouvoir ou la conserver. 
Désormais donc, en démocratie, l'élection-représentation s'accommode d'une nouvelle source de légitimation qui s'appelle la communication. 
Dès lors, ce qui caractérisera la vraie démocratie dans ce contexte nouveau, ce n'est pas la quantité des titres de journaux publiés, ni même la qualité des informations diffusées, mais le combat sans cesse mené pour sauvegarder et accroître les capacités de chaque citoyen à communiquer sa pensée et accéder par le même temps à l'expression de la pensée d'autrui, qu'elle soit exprimée, par le mot, par le texte, par l'image ou sous une forme artistique. Cela veut dire surtout que nul ne peut, nul ne doit être inquiété pour ses opinions et ses idées. 

C. La communication est le levier de la bonne gouvernance 
"L'éthique de gestion de l'Etat et de ses ressources", l'exigence de transparence, le respect de l'Etat de droit et d'une justice indépendante, ne sont possibles que dans une société de communication, affranchie des routines de l'angélisme stérile, de la censure et de l'autocensure. Dans une telle société, les médias jouent le rôle de chiens de garde, dans le but de former une opinion publique de discernement, condition d'une participation sociale de qualité. 
Toutefois, à l'ère de la société informatisée et à l'aube du "tout numérique" et après les désillusions des médias et de leurs utilisations dans le Tiers et le Quart Monde, la communication peut-elle servir de levain à la pâte de la bonne gouvernance dans les pays en voie de développement? 
Notre réponse à cette question est oui. 
Nous partons de l'axiome selon lequel la communication est le levier du progrès social. En effet, la révolution de l'information qu'impriment sous nos yeux les satellites de diffusion directe, les réseaux télématiques et surtout le réseau des réseaux, c'est-à-dire INTERNET, est un événement aussi important pour ce siècle finissant que l'a été la révolution industrielle au siècle dernier. Secteur en expansion très rapide dans les sociétés dites "post-industrielles", la communication influe directement et indirectement sur l'ensemble des autres secteurs de l'activité socio-économique, au point que les industries de la communication apparaissent aujourd'hui comme la première des matières premières du monde de demain. 
Le rôle social des médias dans nos pays aussi doit être de mettre en scène et le cas échéant, de mettre en cause les acteurs de la vie sociale coupables de manquements graves. 
Au nom du droit pour tous à la communication sociale, il importe de reconnaître aux médias africains, une fonction d'évaluation critique pleinement assumée à côté des fonctions plus classiques d'information, d'éducation et de divertissement. Dans une perspective d'enracinement de la bonne gouvernance, les médias doivent être libres et pluralistes. Leur action doit s'inscrire dans une logique de compétition et de concurrence. 
Cela implique la fin de tous les goulags, la chute de tous les murs, la désintégration de tous les systèmes clos, la surpression de toutes les censures. 

III. Pour une citoyenneté participative par les médias en Afrique: les reformes qui s'imposent 
La participation des populations, un des fondements majeurs de la bonne gouvernance, ne saurait être effective sans "a libre circulation des idées par le mot et par l'image" (Résolution 25C/104 de la conférence générale de l'UNESCO en 1989). 
D'autre part la transparence dans l'exercice du pouvoir, autre grand pilier de la bonne gouvernance, en d'autres termes, le devoir de rendre compte régulièrement aux gouvernés, n'est pas concevable sans la surveillance vigilante des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire par les médias capables dès lors de dénoncer les abus de pouvoir de ceux qui gouvernent. 
En somme, il faut clairement reconnaître aux médias dans un contexte démocratique, une responsabilité sociale au nom de laquelle, ils puissent fonctionner en permanence comme des radars qui permettent aux citoyens de savoir comment ils sont gouvernés au jour le jour. L'objectif final d'une telle transparence par l'entremise des médias est de construire une citoyenneté participative. 
Pour que les médias soient à même d'inculquer progressivement une culture participative citoyenne en Afrique, les réformes de fonds s'imposent en amont dans les cinq domaines ci-après: 

A. Elaborer un cadre normatif compatible avec les exigences de la démocratie et de la bonne gouvernance 
Le cadre normatif dans lequel s'exerce l'activité médiatique en Afrique est généralement constitué par tout un arsenal de textes juridiques, législatifs et réglementaires allant de la Constitution aux lois et règlements sur les pratiques professionnelles de la communication. Le plus souvent, ces textes ne consacrent que peu d'espace et de temps à l'affirmation du principe de la liberté de presse et à la délimitation de son domaine. La liberté de communication qui est un des droits fondamentaux de l'homme n'est souvent proclamée que de façon allusive dans le préambule des Constitutions africaines. C'est le cas au Cameroun où le préambule de la Constitution du 18 Janvier 1996 reconnaît et proclame la liberté de la communication dans une rédaction qui associe cette liberté sans la définir avec les autres libertés fondamentales. 
"La liberté de communication, la liberté d'expression, la liberté de presse, la liberté de réunion, la liberté d'association, la liberté syndicale et le droit de grève sont garantis dans les conditions fixées par la loi" (Constitution du 18 Janvier 1996: le préambule). 
Aucun des 69 articles de cette Loi fondamentale camerounaise ne revient sur cette liberté ainsi reconnue dans le préambule pour préciser son domaine, son étendue et ses contours. 
Il importe donc d'élaborer un cadre normatif plus compatible avec les exigences d'un Etat de droit en créant d'autres instruments juridiques et d'autres espaces de libertés ayant une garantie constitutionnelle. 

B. Recourir à l'IEC comme outil pédagogique d'une participation sociale au ras du sol 
L'appel à la participation sociale justifie le recours à l'IEC. L'IEC (Information, Education, Communication) est une stratégie destinée à obtenir la participation sociale la plus large. Par cette stratégie, il s'agit d'utiliser en les combinant les techniques et les ressources qu'offrent l'information, l'éducation et la communication dans le but de solliciter la participation et l'implication accrues de la population à la gouvernance et donc au développement Le recours à la stratégie de l'IEC a pour finalité le changement qualitatif de l'homme, du groupe et de la collectivité allant dans le sens de l'amélioration de ses conditions de vie. 
Dès lors, chaque pays africain devrait, dans un souci de bonne gouvernance, mettre en place un programme de communication interactive en créant une structure nationale d'IEC-développement et d'IEC-formation civique destinée à stimuler la participation sociale au ras du sol. 

C. Libérer la communication audiovisuelle de la cage du pouvoir 
Beaucoup de pays, entretiennent encore une politique de monopole, qu'ils soient "de jure" ou de fait sur le paysage médiatique. Le cas camerounais, s'agissant de l'audiovisuel, est significatif à cet égard. Le Cameroun vit dans une situation ambiguë de "ni totalement interdit, ni totalement permis". En effet, au terme de la loi camerounaise relative à la communication sociale (loi n°090/052 du 19 déc. 1990 ), la radio et la télévision d'Etat ont perdu le monopole qu'elles détenaient sur la diffusion puisque la nouvelle loi proclame que: "la communication audiovisuelle est libre" au Cameroun (article 36 alinéa 2) sous réserve des textes relatifs à la radio électricité privée. 
Cependant, ces textes d'application définissant les conditions de délivrance, d'attribution et d'utilisation des licences de création et d'exploitation des entreprises privées de radio télévision sont toujours attendus. En attendant, cinq radios rurales et deux radios privées (Radio Renne, et Radio Lumière) ont été tolérées et émettent dans les conditions de semi-illégalité. 
La mise en œuvre d'une société largement participative doit s'accompagner de la démonopolisation effective des ondes et l'ouverture du secteur audiovisuel au pluralisme et à la concurrence. 
D'une manière générale, il convient aujourd'hui de s'inspirer de l'esprit et de la lettre de la Déclaration de Windhoek (Namibie, 3 mai 1991: Déclaration faite sienne par la conférence générale de l'UNESCO à sa 2ème session) et considérer désormais les médias privés, non plus comme un adversaire, mais comme un allié en vue de la promotion de la bonne gouvernance et d'un développement humain durable. Cela fait obligation à l'Etat en Afrique de promouvoir, à côté du secteur public dont il a la charge, un secteur privé dynamique et crédible. Cela peut se traduire, s'agissant de la promotion d'une presse écrite indépendante, par des mesures préférentielles d'ordre fiscal, douanier, postal etc. 
Quant à l'ouverture de l'audiovisuel au capital privé et au pluralisme, elle apparaît comme, un enjeu de civilisation. Il s'agit véritablement pour l'Afrique en général et le Cameroun en particulier, d'une urgence placée au cœur du choix de société pour le 3ème millénaire. La société démocratique à construire reposera sur une grande liberté dans le choix des chaînes et des programmes. Ce sera, l'avènement d'une nouvelle ère de la communication libérée de la cage du pouvoir exécutif 

D. Repenser le rôle social des médias d'Etat dans une société démocratique 
Dans cette même perspective, il est urgent de repenser le rôle social des médias d'Etat en vue de la bonne gouvernance. 
Dans une démocratie, les médias d'Etat, bien que relevant de la responsabilité des pouvoirs publics, ne sauraient être considérés comme la propriété d'un gouvernement, d'un régime ou d'un parti politique. L'Etat étant une entité juridique permanente, qui , dans ses trois composantes organiques (territoire, population, gouvernement) représente les intérêts de toute la société, les médias d'Etat par ailleurs investis d'une mission de service public et partiellement financés par les usagers, doivent refléter le pluralisme politique culturelle et social de l'Etat Par conséquent les flux médiatiques doivent permettre à toute la société de s'y reconnaître, de s'interroger sur elle-même et sur son devenir. 
Dans cette logique, les médias d'Etat en Afrique ne doivent plus être un lieu clos. 
La transparence et la participation sociale qu'induit la bonne gouvernance commandent l'institution de la pratique du débat et du face à face télévisé en période électorale ou non, de manière à permettre au pouvoir et à l'opposition mais aussi a toutes les autres catégories sociales, de dialoguer contradictoirement sur diverses questions sociales majeures. Dans ce même esprit désormais affranchi des archaïsmes de la pensée unique, il importe d'assurer la retransmission radio-télévisée des débats parlementaires (direct) et un traitement équilibré et équitable de l'information politique, chaque intervention majeure du chef de l'Etat à la radio et à la télévision devant être suivie de la réaction des partis d'opposition. 

E. Mettre en œuvre des organes de régulation indépendants 
Dans une perspective de bonne gouvernance, les médias devront devenir des instruments de régulation du jeu démocratique. Plus fondamentalement, il devra être institué des organes d'arbitrage indépendants chargés entre autres de veiller à l'accès équitable des partis politiques et autres associations aux moyens officiels de communication. 
La charge d'un tel arbitrage peut être du ressort d'une autorité de régulation indépendante. Il existe des organes de régulation dans nombre des pays africains ayant des statuts et des attributions qui varient selon le degré de démocratisation du pays: 

1. La HAAC au Bénin et au Togo 
Au Bénin et au Togo, il existe une Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication - HAAC ayant une garantie constitutionnelle. La constitution togolaise de la IV République adoptée par Référendum le 27 Septembre 1992 et promulguée le 14 Octobre de la même année pose dans son article 130 que: 
"La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication veille au respect de la déontologie en matière d'information, de communication et à l'accès équitable des partis politiques et des associations aux moyens officiels d'information et de communication..." 

2. Le CSC au Mali 
Au Mali, il existe un Conseil Supérieur de la Communication - CSC ayant une garantie constitutionnelle. Il est crée par une loi. 

3. Le HCC au Tchad 
Au Tchad, il existe un Haut Conseil de la Communication - HCC - crée par une loi (1oi du 9 avril 1994); le HCC tchadien est investi, entre autres, d'un pouvoir réglementaire pour réglementer les conditions d'un déroulement équitable des campagnes électorales à la radio et à la télévision. C'est cet organe de régulation qui réglemente le temps d'antenne pendant les campagnes électorales, l'ordre de diffusion des émissions des campagnes électorales au Tchad. 
Le HCC tchadien veille au respect de l'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion dans la presse et la communication audiovisuelle notamment pour les émissions d'informations politiques (art 11), fixe les règles concernant les conditions de production, de programmation et de diffusion des émissions relatives aux campagnes électorales et référendaires par les médias publics (art 13). 

4. Le CNC au Cameroun 
Alors que la HAAC au Bénin et au Togo est crée par une loi avec une garantie constitutionnelle, que le CSC malien et le HCC tchadien sont crées par une loi, au Cameroun, il existe un Conseil National de la Communication - CNC - crée par décret présidentiel (décret n° 91/287 du 21 juin 1991). De même, c'est un autre décret présidentiel qui fixe les modalités d'accès des partis politiques aux médias audiovisuels du service publics de la communication (décret, n° 92/030 du 13 février 1992). 
Le CNC camerounais ne jouit ni d'une garantie constitutionnelle ni d'une indépendance. Il s'agit tout simplement d'un «organe consultatif placé auprès du premier ministre, chef du gouvernement » (art 1er) qui donne son avis lorsqu'il est consulté sur la "politique générale de la communication sociale" (art. 4) et qui veille à une "égalité d'accès aux médias, notamment en période électorale" (art. 4). 
L'exercice efficace de la bonne gouvernance implique que le Cameroun et d'autres pays africains présentant les mêmes carences se dotent d'un organe de régulation investi d'une indépendance réelle et d'un vrai pouvoir d'arbitrage et de régulation des prestations audiovisuelles des partis politiques. Cela implique aussi une ouverture plus affirmée et mieux codifiée des médias d'Etat à l'expression des partis politiques de l'opposition afin de permettre un accès équitable de toutes les sensibilités nationales. 

CONCLUSION 
Notre effort tout au long de cet exposé introductif, a été de montrer que la démocratie; la bonne gouvernance et la communication, en dépit de la froideur des concepts, entretiennent des relations dynamiques dans une synergie fonctionnelle qui fait que l'une ne peut pleinement s'assumer sans le concours des autres. 
En dernière analyse la communication, lorsqu'elle est libre et pertinente, nous semble être une force essentielle capable d'aider la démocratie à s'émanciper et la bonne gouvernance à s'enraciner dans le terreau culturel de la société. Pour qu'il en soit ainsi, ce la suppose, pour les communicateurs, l'observance rigoureuse de trois règles: 
1. Une règle d'équilibre: cela veut dire que les médias sachent refléter la société dans sa diversité en donnant la parole de manière équilibrée à tous les courants d'opinion. Cet équilibre doit se traduire par un traitement équilibré de l'information politique et par un calcul méticuleux du temps de parole accordé à chaque famille de pensée. 
2. Une règle de modération: cela veut dire que les hommes et femmes des médias doivent avoir une attitude de neutralité s'interdire des jugements extrêmes - qu'ils soient favorables ou défavorables - sur les actes et les opinions des hommes politiques. 
3. Une règle d'indépendance: cela veut dire que les hommes et les femmes des médias se doivent d'avoir une distance critique à l'égard des différents agents d'influence et de pouvoir. 
Equilibre, modération et distance critique ajoutés à l'exactitude des faits, sont les principes cardinaux d'une communication utile et non nuisible à l'instauration de la démocratie et à l'édification de la bonne gouvernance dans une société. 

  • Qu'ils soient tenus pour "la première des puissances … après le peuple" comme le pensait Tocqueville, "le quatrième pouvoir" comme l'affirmèrent les réformateurs du 19ème siècle, "un contre-pouvoir" comme le soutiennent les libéraux du 2Oe siècle, "les organisateurs de la propagande d'Etat" dans les régimes absolutistes ou encore "les instruments d'éducation, de sensibilisation et de mobilisation des masses" comme le prétendent les dirigeants politiques du Tiers Monde, les médias, dans tous les systèmes politiques sont les régulateurs de l'opinion; ils constituent donc un rouage indispensable à l'émancipation d'une culture démocratique et d'une culture de la bonne gouvernance, à condition qu'ils évoluent dans un environnement de liberté à la fois formelle et concrète.

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