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Democratie,
Bonne Gouvernance et Communication
Tjade
Eone
BP 12795
Yaoundé
INTRODUCTION
Le thème proposé à notre réflexion dans le
cadre des présentes assises est le suivant:
"Démocratie, bonne gouvernance et communication"
Il s'agit d'un triptyque dont les trois éléments constitutifs
suggèrent tout naturellement, l'étude des interactions et
des interrelations entre la communication, la bonne gouvernance et la
démocratie. Autrement dit, y a-t-il une relation causale ou non
entre d'une part, la communication posée comme vecteur de progrès
social et d'autre part, la bonne gouvernance et la démocratie pensées
comme attributs d'un développement humain et social durable?
Telle est la problématique que nous entendons privilégier
dans cet échange, sans occulter bien entendu tous les questionnements
articulés autour des concepts fondateurs de cet intitulé.
Intéressons-nous d'abord au concept de bonne gouvernance en raison
de sa nouveauté. Ce néologisme est une traduction littérale
et passablement maladroite de l'expression anglo-saxonne "Good Governance".
Selon Toussaint Tchitchi, Professeur béninois de Linguistique,
la bonne gouvernance n'est ni plus, ni moins qu'un "nouveau virus" utilisé
pour "renforcer le processus démocratique" en Afrique. Cet ancien
Ministre de l'Information du Bénin et Directeur de publication
d'Ablode (une publication en langue béninoise) déclare sans
rire, que "la bonne gouvernance utilisée à tout propos,
est devenue la pacotille devant laquelle on s'extasie aujourd'hui, en
attendant de la vider de son vrai contenu économique, sémantique
et politique".
Dans cette même perspective à peine caricaturale, deux autres
intellectuels béninois: Muftau Lalaye et Mondjannani soulignent
que le néologisme "gouvernance" a un contenu beaucoup plus évanescent
que celui de démocratie et "l'on est en droit de se demander s'il
ne s'agit pas d'une mode".
De ces expressions quelque peu anecdotiques utilisées par des collègues
béninois pour caractériser la Bonne gouvernance, nous allons
faire impasse sur les labels de nouveau virus et de pacotille pour ne
retenir que la mode.
Si l'on convient de considérer la bonne gouvernance comme une mode,
alors il importe avant tout d'en retracer à la fois l'origine et
l'historicité.
1. Historicité
de la bonne gouvernance
Le néologisme "Good Governance" a fait son apparition dans l'abondante
littérature sur la problématique du développement
lors de l'élaboration d'une étude de la Banque Mondiale
sur les perspectives à long terme de panique au Sud du Sahara.
Cette étude a été publiée en 1984. Il fût
patent pour leurs inspirateurs des Institutions de Bretton Woods, que
les politiques d'ajustements structurels mises en place à la fin
des années 70 avaient lamentablement échoué. C'est
dans ce contexte que le concept de "Good Governance" a été
inventé d'abord pour expliquer pourquoi les ressources mises à
la disposition de l'Afrique n'étaient pas utilisées de manière
opérationnelle. Par la suite, au début des années
90, avec notamment l'apparition des mouvements politiques de démocratisation
consacrant la "deuxième libération" de l'Afrique au Sud
du Sahara, ce concept a été popularisé, et a été
désormais repris par beaucoup de donateurs bilatéraux et
multilatéraux. Dans leur entendement, il s'agissait en réalité
d'instaurer des "démocraties parlementaires" en Afrique.
Le contexte d'échec des PAS et leur énorme coût social
vont conduire les dirigeants des Institutions de Bretton Woods à
prendre désormais en compte, la prégnance des problèmes
culturels qui apparaissent plus déterminants que les problèmes
économiques. Pour le FMI et la Banque Mondiale, il s'agirait désormais
"d'incorporer la dimension culturelle dans le paradigme classique du développement".
Cependant, en dépit de la prise de conscience de la dimension culturelle,
la prise en compte des facteurs politiques de la bonne gestion ne pouvait
plus être occultée. Des efforts systématiques furent
donc ouvertement exigés aux gouvernements africains afin de réussir
ce que les experts ont appelé la "capacity building". D'autres
exigences furent adressés aux mêmes gouvernements africains,
des exigences ainsi formulées:
"to build a pluralistic institutional structure, a determination to respect
the ruIe of law and a vigorous protection of the freedom of the press
and human rights" (Memorandum of the Vice-President and general council.
Dec. 21,1990. Washington D.C.)
A. De
la Malgouvernance à la Bonne Gouvernance
En recherchant les raisons de la contre performance des économies
africaines, les experts de la Banque Mondiale ont fait le constat d'une
carence manifeste dans les méthodes de gestion de la Res publica
dans son origine latine (la chose publique). Cette carence manifeste qui
constitue la malgouvernance en Afrique se caractérise par les phénomènes
et attitudes négatives ci-après:
- la personnalisation excessive du pouvoir, phénomène que
traduisent le culte de la personnalité, les tendances au pouvoir
clanique ou familial, les biens publics considérés comme
un patrimoine personnel etc...
- Le déni des droits fondamentaux de la personne entre autres,
la confiscation des libertés de la presse, d'opinion et d'association...
- L'incapacité des autorités non élues à déléguer
leur pouvoir
- La prédominance de gouvernements mal élus et n'ayant de
compte à rendre à personne
- La corruption généralisée: les élites politiques
et les élites tout court, étant avides de s'enrichir et
de s'enrichir vite par tous les moyens.
Pour évoluer,
de la malgouvernance à la bonne gouvernance, la Banque Mondiale
a prescrit une approche technocratique assez drastique consistant à
réduire la dimension de l'Etat, c'est-à-dire "moins d'état"
pour "mieux d'état", libéraliser l'économie, décentraliser
et responsabiliser les collectivités locales et la société
civile, privatiser les organisations para-étatiques etc.
B. De
la bonne Gouvernance comme un service public
Poussant l'analyse au-déla du seul souci d'efficacité et
de croissance économique, des organisations non gouvernementales
comme la Fondation Ford, le Carter Center d'Emory ainsi que certaines
Agences du Système des Nations Unies telles que le PNUD et l'UNICEF
notamment, ont sévèrement critiqué les politiques
préconisées par les Institutions de Bretton Woods en leur
reprochant leur absence de dimension politique, leur oubli de la participation
sociale des populations locales.
Le concept de la bonne gouvernance a donc dû évoluer. Selon
le Président de la Banque Mondiale de l'époque, M. Serageldin,
la Bonne Gouvernance ne signifie rien d'autre que:
"a public service that is efficient, a judicial system that is reliable
and an administration that is accountable to its public" (Serageldin:
"Governance, democracy and world Bank in Africa", Sept. 20.1990).
Pour les experts de la Banque Mondiale, il ne faut pas confondre démocratie
et bonne gouvernance.
La démocratie induit un gouvernement représentatif garantissant
les droits de l'homme. La démocratie se concrétise par l'existence
du suffrage universel et l'organisation d'élections libres. Pour
eux le terme démocratie. " ... deals primarly with the form not
the substance of governing"
Dans leur entendement, cela va de paire avec l'indépendance de
l'appareil judiciaire, le respect scrupuleux des lois et des droits de
l'homme.
En revanche, la gouvernance renvoie à l'idée de bonne gouvernance.
"in the sense of great efficiences and rationality in resource allocation,
an enabling environment and a lack of corruption."
Au total, le concept de bonne gouvernance revu et corrigé, repose
sur trois piliers:
1. La transparence et la bonne gestion des affaires publiques, c'est-à-dire,
pour parler comme le Sénégalais Babacar Sine, "une éthique
de gestion de l'Etat et de ses ressources"
2. Le respect de l'Etat de droit et d'une justice indépendante
3. La participation populaire par la communication
II. Synergie
entre Démocratie, Bonne Gouvernance et Communication
De ces trois piliers, nous allons à présent nous appesantir
sur le troisième, c'est-à-dire la participation sociale
par la communication. Il s'agit de nous interroger sur l'existence ou
non, d'une synergie fonctionnelle entre la communication, la démocratie
et la bonne gouvernance.
Soulignons d'emblée que la société démocratique
voulue comme une société de droit garantissant à
tous, le plein exercice des libertés fondamentales de l'Homme,
de même que la bonne gouvernance définie comme une "éthique
de gestion de l'Etat et de ses ressources" (Babacar Sine) ont, l'une et
l'autre, besoin de la communication pour s'élaborer et se consolider
en permanence. Cela participe du rôle social majeur de la communication
que nous envisageons volontiers, à la suite du sociologue américain,
Wilbur SCHRAMM, comme à la fois "la servante et l'alliée
du développement dans tous ses aspects".,
A. La
communication est l'oxygène de la démocratie
"Si la presse n'existait pas, il ne faudrait surtout pas l'inventer" avait
osé écrire le Français Honoré de Balzac dans
la revue parisienne en 1840. L'écrivain formulait en ces termes,
son réquisitoire contre la presse.
"la presse est en France, un quatrième pouvoir dans l'Etat; elle
attaque tout et personne ne l'attaque. Elle blâme à tort
et à travers. Elle prétend que les hommes politiques et
les littéraires lui appartiennent et ne veut pas qu'il y ait réciprocité;
ses hommes à elle doivent être sacrés. ils font et
disent des sottises effroyables, c'est leur droit/"
Honoré de Balzac devait être très en colère
contre la presse. Depuis cette époque, la contestation du pouvoir
des médias s'est faite encore plus agressive. Spiro Agnew, vice-président
des Etat-Unis en 1969, l'intellectuel Soviétique Alexandre Soljenitsine
en 1978 ont successivement emboîté le pas à Balzac
et dénoncé les abus de pouvoir des médias.
Pourtant, reprenant à son compte l'interrogation formulée
moins de deux siècles plus tôt par son ancêtre, le
professeur Francis Balle, dans un livre opportunément intitulé
"Et si la presse n'existait pas .." répond, péremptoire:
"la liberté n'existerait pas non plus!". Pour ce professeur de
philosophie, ancien directeur de l'institut français de Presse,
ancien vice chancelier des Universités de Paris, membre du Conseil
National de l'Audiovisuel français et directeur de l'institut de
Recherches et d'Etudes sur la communication - IREC - la liberté
d'informer représente tout simplement l'oxygène de la démocratie.
En effet, souligne-t-il, il n'y a pas de démocratie sans liberté
d'informer. Il n'y a pas non plus de liberté d'information sans
démocratie.
Sans la communication la démocratie cesserait d'exister Comment
concevoir par exemple que les gens participent au choix de leurs gouvernants
et à l'élaboration des lois de leurs pays s'ils ne sont
pas éclairés par les médias sur l'importance des
choix à opérer?.
B. Démocratie
"Médiacratie" et "Télécratie"
Cette fin du 20ème siècle et bientôt un nouveau millénaire
nous plongent incontestablement dans le règne de la démocratie,
des médias et de la communication. Aujourd'hui et davantage encore
demain, dans les sociétés démocratiques et donc de
communication, l'on ne peut plus, l'on ne pourra plus élire un
candidat sans recourir aux médias. Le choix des gouvernants est
désormais fortement influencé moins par leur expérience
ou leur action politique que par leurs performances télégéniques,
c'est-à-dire, leur aptitude à communiquer. Nous sommes résolument
entrés dans l'ère de la "Médiacratie" et de la "Télécratie"
autrement dit, une époque où le triomphe des médias
est tel que pour arriver au pouvoir ou y rester, il faudra être
un homme ou une femme cathodique. C'est donc désormais la télévision
qui, par la séduction du tube cathodique, fait l'élection,
fabrique de nouvelles stars de la politique, sélectionne les clients
brillants et rejette les médiocres.
Dans cette nouvelle société démocratique, modelée
par la communication, les règles du jeu politique doivent assurément
intégrer les médias en tant qu'arbitres et régulateurs
de la vie sociale par ce qu'ils sont devenus un passage obligé
pour tout citoyen qui vaudrait conquérir une position de pouvoir
ou la conserver.
Désormais donc, en démocratie, l'élection-représentation
s'accommode d'une nouvelle source de légitimation qui s'appelle
la communication.
Dès lors, ce qui caractérisera la vraie démocratie
dans ce contexte nouveau, ce n'est pas la quantité des titres de
journaux publiés, ni même la qualité des informations
diffusées, mais le combat sans cesse mené pour sauvegarder
et accroître les capacités de chaque citoyen à communiquer
sa pensée et accéder par le même temps à l'expression
de la pensée d'autrui, qu'elle soit exprimée, par le mot,
par le texte, par l'image ou sous une forme artistique. Cela veut dire
surtout que nul ne peut, nul ne doit être inquiété
pour ses opinions et ses idées.
C. La
communication est le levier de la bonne gouvernance
"L'éthique de gestion de l'Etat et de ses ressources", l'exigence
de transparence, le respect de l'Etat de droit et d'une justice indépendante,
ne sont possibles que dans une société de communication,
affranchie des routines de l'angélisme stérile, de la censure
et de l'autocensure. Dans une telle société, les médias
jouent le rôle de chiens de garde, dans le but de former une opinion
publique de discernement, condition d'une participation sociale de qualité.
Toutefois, à l'ère de la société informatisée
et à l'aube du "tout numérique" et après les désillusions
des médias et de leurs utilisations dans le Tiers et le Quart Monde,
la communication peut-elle servir de levain à la pâte de
la bonne gouvernance dans les pays en voie de développement?
Notre réponse à cette question est oui.
Nous partons de l'axiome selon lequel la communication est le levier du
progrès social. En effet, la révolution de l'information
qu'impriment sous nos yeux les satellites de diffusion directe, les réseaux
télématiques et surtout le réseau des réseaux,
c'est-à-dire INTERNET, est un événement aussi important
pour ce siècle finissant que l'a été la révolution
industrielle au siècle dernier. Secteur en expansion très
rapide dans les sociétés dites "post-industrielles", la
communication influe directement et indirectement sur l'ensemble des autres
secteurs de l'activité socio-économique, au point que les
industries de la communication apparaissent aujourd'hui comme la première
des matières premières du monde de demain.
Le rôle social des médias dans nos pays aussi doit être
de mettre en scène et le cas échéant, de mettre en
cause les acteurs de la vie sociale coupables de manquements graves.
Au nom du droit pour tous à la communication sociale, il importe
de reconnaître aux médias africains, une fonction d'évaluation
critique pleinement assumée à côté des fonctions
plus classiques d'information, d'éducation et de divertissement.
Dans une perspective d'enracinement de la bonne gouvernance, les médias
doivent être libres et pluralistes. Leur action doit s'inscrire
dans une logique de compétition et de concurrence.
Cela implique la fin de tous les goulags, la chute de tous les murs, la
désintégration de tous les systèmes clos, la surpression
de toutes les censures.
III.
Pour une citoyenneté participative par les médias en Afrique:
les reformes qui s'imposent
La participation des populations, un des fondements majeurs de la bonne
gouvernance, ne saurait être effective sans "a libre circulation
des idées par le mot et par l'image" (Résolution 25C/104
de la conférence générale de l'UNESCO en 1989).
D'autre part la transparence dans l'exercice du pouvoir, autre grand pilier
de la bonne gouvernance, en d'autres termes, le devoir de rendre compte
régulièrement aux gouvernés, n'est pas concevable
sans la surveillance vigilante des pouvoirs exécutif, législatif
et judiciaire par les médias capables dès lors de dénoncer
les abus de pouvoir de ceux qui gouvernent.
En somme, il faut clairement reconnaître aux médias dans
un contexte démocratique, une responsabilité sociale au
nom de laquelle, ils puissent fonctionner en permanence comme des radars
qui permettent aux citoyens de savoir comment ils sont gouvernés
au jour le jour. L'objectif final d'une telle transparence par l'entremise
des médias est de construire une citoyenneté participative.
Pour que les médias soient à même d'inculquer progressivement
une culture participative citoyenne en Afrique, les réformes de
fonds s'imposent en amont dans les cinq domaines ci-après:
A. Elaborer
un cadre normatif compatible avec les exigences de la démocratie
et de la bonne gouvernance
Le cadre normatif dans lequel s'exerce l'activité médiatique
en Afrique est généralement constitué par tout un
arsenal de textes juridiques, législatifs et réglementaires
allant de la Constitution aux lois et règlements sur les pratiques
professionnelles de la communication. Le plus souvent, ces textes ne consacrent
que peu d'espace et de temps à l'affirmation du principe de la
liberté de presse et à la délimitation de son domaine.
La liberté de communication qui est un des droits fondamentaux
de l'homme n'est souvent proclamée que de façon allusive
dans le préambule des Constitutions africaines. C'est le cas au
Cameroun où le préambule de la Constitution du 18 Janvier
1996 reconnaît et proclame la liberté de la communication
dans une rédaction qui associe cette liberté sans la définir
avec les autres libertés fondamentales.
"La liberté de communication, la liberté d'expression, la
liberté de presse, la liberté de réunion, la liberté
d'association, la liberté syndicale et le droit de grève
sont garantis dans les conditions fixées par la loi" (Constitution
du 18 Janvier 1996: le préambule).
Aucun des 69 articles de cette Loi fondamentale camerounaise ne revient
sur cette liberté ainsi reconnue dans le préambule pour
préciser son domaine, son étendue et ses contours.
Il importe donc d'élaborer un cadre normatif plus compatible avec
les exigences d'un Etat de droit en créant d'autres instruments
juridiques et d'autres espaces de libertés ayant une garantie constitutionnelle.
B. Recourir
à l'IEC comme outil pédagogique d'une participation sociale
au ras du sol
L'appel à la participation sociale justifie le recours à
l'IEC. L'IEC (Information, Education, Communication) est une stratégie
destinée à obtenir la participation sociale la plus large.
Par cette stratégie, il s'agit d'utiliser en les combinant les
techniques et les ressources qu'offrent l'information, l'éducation
et la communication dans le but de solliciter la participation et l'implication
accrues de la population à la gouvernance et donc au développement
Le recours à la stratégie de l'IEC a pour finalité
le changement qualitatif de l'homme, du groupe et de la collectivité
allant dans le sens de l'amélioration de ses conditions de vie.
Dès lors, chaque pays africain devrait, dans un souci de bonne
gouvernance, mettre en place un programme de communication interactive
en créant une structure nationale d'IEC-développement et
d'IEC-formation civique destinée à stimuler la participation
sociale au ras du sol.
C. Libérer
la communication audiovisuelle de la cage du pouvoir
Beaucoup de pays, entretiennent encore une politique de monopole, qu'ils
soient "de jure" ou de fait sur le paysage médiatique. Le cas camerounais,
s'agissant de l'audiovisuel, est significatif à cet égard.
Le Cameroun vit dans une situation ambiguë de "ni totalement interdit,
ni totalement permis". En effet, au terme de la loi camerounaise relative
à la communication sociale (loi n°090/052 du 19 déc.
1990 ), la radio et la télévision d'Etat ont perdu le monopole
qu'elles détenaient sur la diffusion puisque la nouvelle loi proclame
que: "la communication audiovisuelle est libre" au Cameroun (article 36
alinéa 2) sous réserve des textes relatifs à la radio
électricité privée.
Cependant, ces textes d'application définissant les conditions
de délivrance, d'attribution et d'utilisation des licences de création
et d'exploitation des entreprises privées de radio télévision
sont toujours attendus. En attendant, cinq radios rurales et deux radios
privées (Radio Renne, et Radio Lumière) ont été
tolérées et émettent dans les conditions de semi-illégalité.
La mise en œuvre d'une société largement participative doit
s'accompagner de la démonopolisation effective des ondes et l'ouverture
du secteur audiovisuel au pluralisme et à la concurrence.
D'une manière générale, il convient aujourd'hui de
s'inspirer de l'esprit et de la lettre de la Déclaration de Windhoek
(Namibie, 3 mai 1991: Déclaration faite sienne par la conférence
générale de l'UNESCO à sa 2ème session) et
considérer désormais les médias privés, non
plus comme un adversaire, mais comme un allié en vue de la promotion
de la bonne gouvernance et d'un développement humain durable. Cela
fait obligation à l'Etat en Afrique de promouvoir, à côté
du secteur public dont il a la charge, un secteur privé dynamique
et crédible. Cela peut se traduire, s'agissant de la promotion
d'une presse écrite indépendante, par des mesures préférentielles
d'ordre fiscal, douanier, postal etc.
Quant à l'ouverture de l'audiovisuel au capital privé et
au pluralisme, elle apparaît comme, un enjeu de civilisation. Il
s'agit véritablement pour l'Afrique en général et
le Cameroun en particulier, d'une urgence placée au cœur du choix
de société pour le 3ème millénaire. La société
démocratique à construire reposera sur une grande liberté
dans le choix des chaînes et des programmes. Ce sera, l'avènement
d'une nouvelle ère de la communication libérée de
la cage du pouvoir exécutif
D. Repenser
le rôle social des médias d'Etat dans une société
démocratique
Dans cette même perspective, il est urgent de repenser le rôle
social des médias d'Etat en vue de la bonne gouvernance.
Dans une démocratie, les médias d'Etat, bien que relevant
de la responsabilité des pouvoirs publics, ne sauraient être
considérés comme la propriété d'un gouvernement,
d'un régime ou d'un parti politique. L'Etat étant une entité
juridique permanente, qui , dans ses trois composantes organiques (territoire,
population, gouvernement) représente les intérêts
de toute la société, les médias d'Etat par ailleurs
investis d'une mission de service public et partiellement financés
par les usagers, doivent refléter le pluralisme politique culturelle
et social de l'Etat Par conséquent les flux médiatiques
doivent permettre à toute la société de s'y reconnaître,
de s'interroger sur elle-même et sur son devenir.
Dans cette logique, les médias d'Etat en Afrique ne doivent plus
être un lieu clos.
La transparence et la participation sociale qu'induit la bonne gouvernance
commandent l'institution de la pratique du débat et du face à
face télévisé en période électorale
ou non, de manière à permettre au pouvoir et à l'opposition
mais aussi a toutes les autres catégories sociales, de dialoguer
contradictoirement sur diverses questions sociales majeures. Dans ce même
esprit désormais affranchi des archaïsmes de la pensée
unique, il importe d'assurer la retransmission radio-télévisée
des débats parlementaires (direct) et un traitement équilibré
et équitable de l'information politique, chaque intervention majeure
du chef de l'Etat à la radio et à la télévision
devant être suivie de la réaction des partis d'opposition.
E. Mettre
en œuvre des organes de régulation indépendants
Dans une perspective de bonne gouvernance, les médias devront devenir
des instruments de régulation du jeu démocratique. Plus
fondamentalement, il devra être institué des organes d'arbitrage
indépendants chargés entre autres de veiller à l'accès
équitable des partis politiques et autres associations aux moyens
officiels de communication.
La charge d'un tel arbitrage peut être du ressort d'une autorité
de régulation indépendante. Il existe des organes de régulation
dans nombre des pays africains ayant des statuts et des attributions qui
varient selon le degré de démocratisation du pays:
1.
La HAAC au Bénin et au Togo
Au Bénin et au Togo, il existe une Haute Autorité de l'Audiovisuel
et de la Communication - HAAC ayant une garantie constitutionnelle. La
constitution togolaise de la IV République adoptée par Référendum
le 27 Septembre 1992 et promulguée le 14 Octobre de la même
année pose dans son article 130 que:
"La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication veille
au respect de la déontologie en matière d'information, de
communication et à l'accès équitable des partis politiques
et des associations aux moyens officiels d'information et de communication..."
2.
Le CSC au Mali
Au Mali, il existe un Conseil Supérieur de la Communication - CSC
ayant une garantie constitutionnelle. Il est crée par une loi.
3.
Le HCC au Tchad
Au Tchad, il existe un Haut Conseil de la Communication - HCC - crée
par une loi (1oi du 9 avril 1994); le HCC tchadien est investi, entre
autres, d'un pouvoir réglementaire pour réglementer les
conditions d'un déroulement équitable des campagnes électorales
à la radio et à la télévision. C'est cet organe
de régulation qui réglemente le temps d'antenne pendant
les campagnes électorales, l'ordre de diffusion des émissions
des campagnes électorales au Tchad.
Le HCC tchadien veille au respect de l'expression pluraliste des courants
de pensée et d'opinion dans la presse et la communication audiovisuelle
notamment pour les émissions d'informations politiques (art 11),
fixe les règles concernant les conditions de production, de programmation
et de diffusion des émissions relatives aux campagnes électorales
et référendaires par les médias publics (art 13).
4.
Le CNC au Cameroun
Alors que la HAAC au Bénin et au Togo est crée par une loi
avec une garantie constitutionnelle, que le CSC malien et le HCC tchadien
sont crées par une loi, au Cameroun, il existe un Conseil National
de la Communication - CNC - crée par décret présidentiel
(décret n° 91/287 du 21 juin 1991). De même, c'est un
autre décret présidentiel qui fixe les modalités
d'accès des partis politiques aux médias audiovisuels du
service publics de la communication (décret, n° 92/030 du 13
février 1992).
Le CNC camerounais ne jouit ni d'une garantie constitutionnelle ni d'une
indépendance. Il s'agit tout simplement d'un «organe consultatif
placé auprès du premier ministre, chef du gouvernement »
(art 1er) qui donne son avis lorsqu'il est consulté sur la "politique
générale de la communication sociale" (art. 4) et qui veille
à une "égalité d'accès aux médias,
notamment en période électorale" (art. 4).
L'exercice efficace de la bonne gouvernance implique que le Cameroun et
d'autres pays africains présentant les mêmes carences se
dotent d'un organe de régulation investi d'une indépendance
réelle et d'un vrai pouvoir d'arbitrage et de régulation
des prestations audiovisuelles des partis politiques. Cela implique aussi
une ouverture plus affirmée et mieux codifiée des médias
d'Etat à l'expression des partis politiques de l'opposition afin
de permettre un accès équitable de toutes les sensibilités
nationales.
CONCLUSION
Notre effort tout au long de cet exposé introductif, a été
de montrer que la démocratie; la bonne gouvernance et la communication,
en dépit de la froideur des concepts, entretiennent des relations
dynamiques dans une synergie fonctionnelle qui fait que l'une ne peut
pleinement s'assumer sans le concours des autres.
En dernière analyse la communication, lorsqu'elle est libre et
pertinente, nous semble être une force essentielle capable d'aider
la démocratie à s'émanciper et la bonne gouvernance
à s'enraciner dans le terreau culturel de la société.
Pour qu'il en soit ainsi, ce la suppose, pour les communicateurs, l'observance
rigoureuse de trois règles:
1. Une règle d'équilibre: cela veut dire que les médias
sachent refléter la société dans sa diversité
en donnant la parole de manière équilibrée à
tous les courants d'opinion. Cet équilibre doit se traduire par
un traitement équilibré de l'information politique et par
un calcul méticuleux du temps de parole accordé à
chaque famille de pensée.
2. Une règle de modération: cela veut dire que les hommes
et femmes des médias doivent avoir une attitude de neutralité
s'interdire des jugements extrêmes - qu'ils soient favorables ou
défavorables - sur les actes et les opinions des hommes politiques.
3. Une règle d'indépendance: cela veut dire que les hommes
et les femmes des médias se doivent d'avoir une distance critique
à l'égard des différents agents d'influence et de
pouvoir.
Equilibre, modération et distance critique ajoutés à
l'exactitude des faits, sont les principes cardinaux d'une communication
utile et non nuisible à l'instauration de la démocratie
et à l'édification de la bonne gouvernance dans une société.
Qu'ils
soient tenus pour "la première des puissances … après le
peuple" comme le pensait Tocqueville, "le quatrième pouvoir" comme
l'affirmèrent les réformateurs du 19ème siècle,
"un contre-pouvoir" comme le soutiennent les libéraux du 2Oe siècle,
"les organisateurs de la propagande d'Etat" dans les régimes absolutistes
ou encore "les instruments d'éducation, de sensibilisation et de
mobilisation des masses" comme le prétendent les dirigeants politiques
du Tiers Monde, les médias, dans tous les systèmes politiques
sont les régulateurs de l'opinion; ils constituent donc un rouage
indispensable à l'émancipation d'une culture démocratique
et d'une culture de la bonne gouvernance, à condition qu'ils évoluent
dans un environnement de liberté à la fois formelle et concrète.
©
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