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Le
Rwanda dans le processus démocratique
Isabelle
Kalihangabo Mugemzi
Collectif
de Défense des Droits de l'Homme
BP 3060
Kigali
Rwanda
INTRODUCTION
Le Rwanda, comme tout autre pays d’Afrique, a entamé son processus
de démocratisation. Mais comme dans beaucoup de pays à régime
monopartique, ce processus a été combattu par les pouvoirs
en place, car il ne permettait pas à un groupe d’individus de monopoliser
tous les pouvoirs. La volonté du peuple et de la communauté
internationale devait bien sûr, avoir le dessus sur cet obstacle.
0. Historique
Il s’agit ici de la démocratie basée sur le multipartisme
qui permet plus de liberté d’expression et d’opinion du peuple.
Il y avait un régime dit démocratique car il y avait des
élections de députés, du Président, la séparation
des pouvoirs, … mais suivant la Constitution du 17 décembre 1978,
le Président de la République avait tous les pouvoirs. Il
fut un temps où il était à la fois Président
de la République, Président du Parti unique MRND, Ministre
de la Défense et Chef d’Etat Major de l’Armée rwandaise.
Il y avait une centralisation du pouvoir qui ne permettait pas d’avoir
une véritable démocratie. La conséquence en était
que le groupe au pouvoir tentait d’écarter le reste du gâteau
par des discriminations ethniques et régionales.
Il est à noter en effet que le drame d’avril 1994 était
le résultat d’un long processus préparé depuis l’époque
colonial. La politique de "diviser pour régner" apportée
par les colonisateurs a vite été adoptée par les
politiciens de l’époque. La haine ethnique entre les Hutus et les
Tutsis a été utilisée comme moyen de division alors
que les Rwandais entre eux n’avaient aucune raison de se haïr, d’autant
plus qu’ils faisaient et font toujours des mariages entre eux, partagent
des bières, s’offrent des vaches en guise d’amitié, se font
des cadeaux, … bref, étaient un peuple uni.
Ce moyen ne suffisant pas, l’on a dû y ajouter la discrimination
régionale entre le Nord et le reste du pays, le pouvoir étant
détenu les Nordistes. Ainsi, l’on ne pouvait avoir accès
à l’éducation et au travail, même pour une affaire
privée, il fallait être allié au pouvoir ou verser
des pots de vins. L’on ne peut par conséquent pas dire qu’il y
avait démocratie sans respect des Droits de l’Homme. C’est d’ailleurs
cette situation qui a amené les gens à l’intérieur
du pays à unir leurs forces au sein des Associations de Défense
des Droits de l’Homme pour dénoncer le non-respect de ces droits
et interpeller les autorités. C’est par ailleurs pour cela que
le Front Patriotique Rwandais est né et a pris les armes en octobre
1994.
Le vrai processus de démocratisation a commencé vers les
années 1991 avec la vague du multipartisme en Afrique. La Constitution
a été révisée le 10 juin 1991 pour permettre
l’instauration du multipartisme qui fut reconnu avec cette Constitution.
Cette nouvelle démocratie qui devait constituer un obstacle fut
combattu par les tenants du pouvoir et la création des partis politiques
fut l’occasion des violations massives des Droits de l'Homme surtout par
les partis politiques MRND du Président Habyarimana et CDR, son
allié dont les miliciens avaient pour objectif, la déstabilisation
du pays, à imputer au multipartisme. Ils avaient également
comme objectif de semer la terreur chez les opposants au régime
Habyarimana.
La période de 1990-1994 fut caractérisée par une
insécurité extrême à l’intérieur du
pays où: qui n’est pas allié au régime est sujet
à toute forme de violation des Droits de l’Homme et où qui
exprime son opinion (contraire), expose sa vie.
Les accords de paix d’Arusha du 4 août 1993, dans le protocole relatif
à l’Etat de droit ont confirmé que l’Etat de droit constitue
une manifestation concrète de la démocratie et s’articule
autour de celle-ci, avec l’unité nationale, le pluralisme et le
respect des Droits de l’Homme.
L’article 6 de ce protocole stipule que les principes fondamentaux de
la démocratie sont:
- la souveraineté du peuple;
- le gouvernement reposant sur le consentement du peuple exprimé
à travers des élections régulières, libres,
transparentes et justes;
- la séparation des pouvoirs;
- l’indépendance du pouvoir judiciaire;
- La garantie des droits fondamentaux suivant la DUDH;
- La constitution qui organise les pouvoirs de l’Etat et définit
les compétences et les limites des institutions de la République;
- Le multipartisme, le pluralisme social et économique.
Malgré
la reconnaissance et la signature de ces accords par le Gouvernement rwandais
en place à l’époque, le pays a connu un génocide
sans précédent de toute l’Afrique et de tout le siècle;
génocide qui a emporté plus d’un million de la population
rwandaise et qui a été stoppé par le FPR le 4 juillet
1994, avec la fin de la guerre gagnée par le FPR.
Celui-ci, avec les autres partis politiques qui n’ont pas commis le génocide,
ont mis sur place, un gouvernement de transition basé sur les Accords
de Paix d’Arusha. Il s’en est suivi l’instauration de toutes les autres
institutions qui sont prévues par la loi fondamentale, en particulier
les Accords de Paix d’Arusha: il s’agit de la reconnaissance des partis
politiques, l’instauration d’un parlement, de la Cour Suprême, et
d’autres institutions étatiques prévues par les Accords
de Paix d’Arusha.
1. La
reconnaissance des partis politiques
Le Protocole d’accord entre les forces politiques sur la mise en place
des institutions nationales reconnaît neuf partis politiques œuvrant
au Rwanda, à l’exclusion du MRND et de la CDR, écartés
par le FPR dans sa déclaration relative à la mise en place
des institutions du 17 juillet 1994 pour avoir commis le génocide
et pour avoir constitué un régime fasciste pendant longtemps.
Ces partis font partie du gouvernement et de l’Assemblée Nationale
de Transition. Etant donnée la situation d’après-guerre,
leurs activités ont été suspendues. Le gouvernement
devait instaurer d’abord la paix, la réconciliation et toutes les
institutions nécessaires. Ces partis peuvent faire des réunions
statutaires et autres activités, sauf des meeting au sein de la
population qui n’est pas encore prête à comprendre la démocratie
attendue à travers les partis politiques.
2. La
mise sur pied d’un Parlement
L’Assemblée Nationale de Transition a été mise sur
pied suivant les Accords de Paix d’Arusha.
Les membres du parlement sont désignés par les partis politiques
reconnus au Rwanda, et d’autres sont des représentants de l’Armée
Patriotique Rwandaise. Cette Assemblée vote des lois soit sur son
initiative, soit sur l’initiative du Gouvernement. Elle exerce également
un contrôle sur l’action du Gouvernement, pour une meilleure gestion
de la chose publique.
3. La
Cour Suprême
Les Accords de Paix d’Arusha ont également réinstallé
la Cour Suprême et toutes ses chambres dont certaines avaient été
suspendues par le régime de Habyarimana. Elle est maintenant dotée
d’institutions nécessaires pour garantir la justice et l’indépendance
du pouvoir judiciaire.
Cependant, en ce qui concerne la justice, beaucoup reste encore à
faire car à cause du nombre élevé de détenus
qui sont pour la plupart, les présumés coupables du génocide,
le système judiciaire demeure encore lent en ce qui est de rétablir
les victimes dans leurs droits.
Un autre système judiciaire est en train d’être initié,
celui de la justice participative GACACA, justice qui sera faite avec
une plus grande participation de la population et les sages sur les collines.
On est en train de le préparer pour qu’il puisse avoir toutes les
garanties de la justice équitable, en respect des Droits de l’Homme.
L’on attend de ce système, l’avancement rapide des procès.
Il connaîtra en effet tous les cas qui ne relèvent pas de
la première catégorie. L’on attend également de lui
l’éclatement de toute la vérité sur le génocide
rwandais, et la réconciliation de son peuple, préalable
nécessaire à un processus démocratique véritable.
4. Les
institutions prévues par les Accords de Paix d’Arusha
Le chapitre IV du protocole sur le partage du pouvoir de ces accords prévoit
l’instauration des commissions spécialisées:
- la commission sur l’unité et la réconciliation nationale;
- la commission juridique et constitutionnelle;
- la commission électorale;
- la commission nationale des droits de l’homme.
Exceptée
la commission électorale, les autres on été mises
sur place et fonctionnent déjà. Elles permettent une préparation
de la population rwandaise au processus démocratique durant de
cette période de transition et également une préparation
des conditions requises pour la mise en place des institutions démocratiques
à savoir l’Assemblée Nationale et le Gouvernement à
travers des élections démocratiques. Elles permettent aussi
un contrôle des pouvoirs sur le respect des Droits de l’Homme et
sur la conformité des lois à la loi fondamentale, la commission
constitutionnelle et juridique ayant pour mission de préparer une
constitution unique (nous avons maintenant une loi fondamentale qui est
composée de quatre textes à savoir la Constitution du 10
juin 1991, les Accords de Paix d’Arusha, la déclaration du FPR
sur la mise en place des institutions nationales et celle des forces politiques
sur la mise en place de ces institutions) et proposer des modifications
de toutes les lois non adaptées à la constitution.
5. Les
autres institutions étatiques
Le pays est subdivisé en douze préfectures, 156 communes,
en secteurs et en cellules. La préfecture est dirigée par
un Préfet qui est un représentant du gouvernement et est
sous l’autorité du Ministre de l’Administration Locale.
La commune est dirigée par un Bourgmestre et son autorité
sur la commune est comme celle du Préfet sur la Préfecture
sous la responsabilité de laquelle il se trouve. La commune diffère
cependant un peu de la Préfecture en ce sens qu’elle est dotée
de la personnalité juridique, ce que n’a pas la Préfecture.
Elle dispose également de son propre budget dont elle cherche elle-même
les recettes.
La commune est, elle aussi subdivisée en secteurs avec à
leur tête un Conseiller. Celui-ci, plus proche de la population,
doit écouter et résoudre leurs conflits avant de les porter
à l’échelon supérieur, la commune. Il reçoit
lui-même les conflits que n’ont pu résoudre les responsables
de cellules. Elles sont la plus petite entité administrative et
politique; avec cette entité, il est facile pour la population
de se connaître, d’organiser des activités de développement
de la cellule. Elle permet également d’impliquer une grande partie
de la population au pouvoir et de la rendre responsable dans leurs circonscriptions
respectives.
Cependant, une mentalité de plus en plus croissante s'installe;
certains individus nommés à ces postes les considèrent
comme un moyen de s’enrichir, corruption aidant, au détriment de
la population qui devrait être le principal bénéficiaire
de leurs services. Ceci handicape beaucoup le développement attendu
de cette décentralisation du pouvoir et des responsabilités.
Afin de pallier à ce vice et de préparer petit à
petit les Rwandais aux élections, une autre structure de décentralisation
du pouvoir a été initiée: celle des structures organisationnelles
de base. En effet, à chaque niveau, on trouve jusqu’à présent
cellule et secteur. Cette structure est dirigée par un comité
élu au suffrage universel, composé d’un responsable, d’un
secrétaire, d’un trésorier et de conseillers techniques,
chacun s’occupant d’un domaine précis: santé, sécurité,
sport, développement rural, économie, droits de la femme,
jeunesse,…C’est maintenant ce comité qui prend des décisions,
propose des projets de développement de la circonscription,… Ce
comité doit rendre des comptes à la population, qui a le
pouvoir de remplacer un individu qui se conduit mal.
Cette organisation permet d’impliquer le plus de monde à la prise
de décision, au développent de la circonscription et à
la proposition de suggestions. Elle permet également de diminuer
la corruption que pratiquaient les responsables, les conseillers uniques,
en échange de service.
Dans la mise sur pied des structures administratives et politiques démocratiques,
on envisage élire également les Bourgmestres et les préfets.
Nous connaissons par ailleurs, d’autres structures organisationnelles:
celles des femmes qui vont jusqu’au niveau de la Préfecture, et
celles de la jeunesse qui vont jusqu’au niveau national. Elles permettent,
elles aussi, une meilleure représentativité de ces groupes
et l’on envisage d'inclure leurs représentants à l’Assemblée
Nationale.
Toutes ces institutions ont été récemment implantées
et une recherche de la voie à suivre suit son cours.
En effet, il ne faut pas oublier que le Rwanda sort d’un génocide
et d’une guerre qui ont coûté la vie à plus d’un million
et demi de Rwandais et a laissé des veufs, des orphelins, des détenus,
des enfants, chef de ménage et de gens traumatisés. Ce sont
tous des problèmes à gérer par ces institutions mises
sur place.
CONCLUSION
Le processus démocratique au Rwanda a souvent été
bloqué d'abord par les tenants du pouvoir de l’époque, ensuite
par l’insécurité causée par les mêmes individus
et les états d’âme des Rwandais après ce qu’ils ont
vécu.
En effet, la situation des Droits de l’Homme était encore alarmante.
Suite à l’insécurité causée par les miliciens
Interahamwe et les ex-forces armées rwandaises déchues dans
le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays, à l’existence des réfugiés
Rwandais en dehors du pays, le système démocratique dans
notre pays s'est trouvé bloqué.
L’on n’atteindra le sommet de la démocratie que quand on aura réussi
à résoudre un nombre considérable de ces problèmes.
Ainsi la période de transition qui devait se terminer en 1999,
a été prolongée de quatre ans car cette condition
n’avait pas été acquise.
Maintenant que la paix est revenue, que le processus de l’unité
et la réconciliation nationale a été initié,
que le pays reconnaît et respecte les Droits de l’Homme, les quatre
ans de transition vont nous permettre d’atteindre une démocratie
véritable, celle qui signifie "pouvoir du peuple, pour le peuple
et par le peuple".
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The ideas and opinions expressed in this article are those of the author
and do not necessarily reflect the views of UNESCO.
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