MOST Ethno-Net publication: Africa at Crossroads

MOST ETHNO-NET AFRICA PUBLICATIONS

Le Manifeste de la Paix en République Démocratique du Congo,

CONGO FRATERNITE ET PAIX - Omnia vincit amor, Février 2002
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Préliminaires I Causes internes des conflits et guerres I
Les causes externes des guerres I
Recommandations I Bibliographie

TITRE II. LES CAUSES EXTERNES DES GUERRES


Chapitre 7
LA RDC, REPERE DES FORCES NEGATIVES

" L'élimination des sources de tensions et de guerres ainsi que l'instauration d'une paix juste et durable, voilà l'exigence et la responsabilité de tous les peuples ".
Anonyme

7.1. La première guerre
Les évènements douloureux qui se sont déroulés au Rwanda en 1994 et qui ont vu environ un million de personnes massacrées simplement parce qu'elles étaient Tutsi ou Hutu modérés, allaient avoir des conséquences graves pour la RDC.

En effet, les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu se sont vues envahies par une foule de réfugiés évaluée à près de 3 millions de personnes. Outre la destruction de l'écosystème de ces provinces, ces réfugiés vont compliquer davantage le conflit ethnique déjà brûlant dans les Kivu, et semer l'insécurité contre la population.

Le plus grave, c'est que parmi ces réfugiés, environ 200.000 sont des militaires des Ex-Forces armées rwandaises du feu président Habyarimana et des interhamwe, impliqués dans le génocide rwandais. Non seulement ils ne furent pas désarmés, mais ils bénéficièrent du soutien des autorités zaïroises pour lancer des attaques contre le nouveau régime installé dans leur pays d'origine. Le pouvoir du Maréchal Mobutu soutint dans le même temps les rebellions ougandaise de l'ADF et Burundaise du CNDD-FDD. Tout ceci eu pour conséquence de liguer ces trois pays contre le Zaïre.

Les relations furent particulièrement tendues avec le Rwanda, dont les nouveaux dirigeants étaient (et sont toujours) déterminés à tout faire pour empêcher la répétition d'un nouveau génocide dans leur pays. On peut lire, à cet effet : " Depuis 1996, le Rwanda était confronté à un problème de sécurité incontestable, surtout dans les trois préfectures de l'Ouest, touchées par des opérations commando qui, du moins en partie, partaient du territoire zaïrois " (62).

Dans une résolution votée le 16 mai 1995, le parlement européen se déclare " effrayée par la responsabilité du Zaïre qui facilite la réorganisation des bandes d'extrémistes et le passage clandestin des armes ". Au cours de la séance un eurodéputé belge, l'Ecologiste Magda Aelvoet, avait déclaré : " Mobutu s'intéresse seulement au désordre et cherche un rôle international mais ne peut pas régler le conflit ". Pour sa part, Madame Andrée Léonard, membre du Parti Libéral belge (PRL) avait exigé des pressions sur Mobutu " pour qu'il cesse d'être une plaque tournante du trafic d'armes " (63).

Le 20 mai 1996, c'est au ministre des Affaires étrangères belge de l'époque, M.Eric Dericke, de monter au créneau dans une interview au journal La Wallonie. L'homme d'Etat belge déclare : " Le rôle du Président-Fondateur est vraiment néfaste dans cette région. Je le dis ouvertement. Ce qu'il produit comme misère par l'importation des armes, par le déplacement de sa propre population en excitant les Rwandais probablement, en créant la possibilité d'une action conjointe des armées rwandaise et burundaise me fait penser que c'est un pyromane ". Intervenant au lendemain d'un entretien avec George Moose, sous-secrétaire d'Etat américain chargé de l'Afrique, M.Dericke se félicite de ce que " les Etats-Unis aient tapé du point sur la table car le seul homme qui ne s'occupe pas de la pacification de cette région et qui rend la situation compliquée, c'est Mobutu. " Le ministre belge poursuit, prémonitoire : " C'est l'Ouganda et la Tanzanie qui sont en jeu. Croyez-vous que Museveni va encore supporter un tel drame ? " (64).

Cette révolte occidentale vient, en fait couronner des échanges verbaux particulièrement virulents entre le Rwanda et le Zaïre depuis le début 1995. Evoquant les attaques des Interhamwe qui viendraient du Zaïre, lors d'un discours prononcé à Tambwe le 19 février 1995, le général Paul Kagame, alors vice-président du Rwanda, déclarait : " Je souhaite de tout mon cœur que ces attaques aient lieu ! Qu'ils essaient ! Je ne le cache pas. Qu'ils essaient" (65).

Et, au moment où M.Roberto Garreton, Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les droits de l'homme au Zaïre, recevait de nombreux rapports sur les Interhamwe qui traverseraient la frontière zaïro-rwandaise pour venir tuer les rescapés du génocide rwandais faisant de nombreux morts, un parlementaire mobutiste, M.Vangu Mambweni (le même !), affirmait le 2 mai 1996 que le parlement serait disposé à donner son accord pour déclarer la guerre au Rwanda si on le lui demandait " (66).

La tension monte, la presse rwandaise se déchaîne. Sous le titre " Une guerre que le Zaïre dirigera contre le Rwanda emportera le régime Mobutu ", le journal Ukuri n°4 de mai 1996 soutient que " Kigali appelle de tous ses vœux que cette guerre éclate pour en finir avec les réfugiés ". De son côté, le journal Amani n°8 écrit : " Si le pourrissement actuel de la situation, caractérisée par des raids, accrochages, meurtres et massacres, continue, la guerre entre le Rwanda et le Zaïre est inévitable ". Pour sa part, Rwanda Libération n°17 de juillet 1996 parle de " la réplique de l'Armée patriotique Rwandaise (APR) et ainsi, la région des grands-lacs assistera à la fin de Mobutu " (67).

Ce climat de tension sera aggravé par les événements d'épurations ethniques au Kivu dont nous avons parlé au chapitre premier. Une chronique s'impose pour mieux situer les faits au cours de l'année 1996 :
- le 12 février, les violences ethniques continuent dans le Masisi. Hutu et Tushi de Sake fuient les attaques des Hunde ;
- le 22 mars a lieu la présentation au conseil de sécurité de l'ONU du premier rapport de la commission internationale d'enquête au sujet des livraisons d'armes aux Ex-Far et Interhamwe au Zaïre ;
- le 31 mars, suite aux combats au Masisi, des milliers de personnes d'origine Banyarwanda sont expulsées vers le Rwanda. Le président Bizimungu rend visite à ces réfugiés installés dans un camp à Gisenyi ;
- le 29 avril, le conflit de Masisi s'amplifie et s'étend à Rusthuru, provoquant des déplacements massifs des populations civiles. Le gouvernement rwandais lance un appel à la communauté internationale afin d'arrêter les violences contre les Banyarwanda zaïrois dont 6500 se réfugient au Rwanda ;
- le 14 avril, a lieu le massacre des centaines de réfugiés Tutsi dans un monastère à Mokoto par des réfugiés Hutu rwandais. Les survivants se mettent sous la protection du Mwami Hunde Bashali à Mweso ;
- le 24 mai l'Ambassadeur du Rwanda à l'ONU demande au Conseil de sécurité de prendre une action immédiate pour arrêter " le génocide à l'Est du Zaïre " ;
- le 3 juin, le gouvernement zaïrois écrit au conseil de sécurité de l'ONU pour préciser que les affrontements de Masisi constituent une affaire interne au Zaïre ;
- le 15 août, le journal gouvernemental rwandais La Nouvelle Relève n°325 parle de " génocide sous incubation à Mulenge ". A la même époque, des milices Maï-Maï Bafulero, dépendant d'Anzuluni Bembe, vice-président du parlement de transition, s'attaquent aux Banyamulenge et les chassent de leurs villages ;
- le 9 septembre, commence le flux de réfugiés Banyamulenge vers la frontière rwandaise ;
- le 13 septembre éclate la fameuse " révolte de Banyamulenge ".
Le gouvernement zaïrois accuse "les bandes armées Banyamulenge" d'attaquer le Zaïre à partir du Burundi, et le Rwanda de les aider et les entraîner ;
- du 22 au 24 septembre, vive tension entre le Zaïre et le Rwanda. Fusillade et bombardement entre Cyangugu et Bukavu. Le journal Le Phare n°582 du 24 septembre titre : " Le Zaïre et le Rwanda au bord de la guerre ! "
- le 15 octobre, le vice-gouverneur du Sud-Kivu, M.Lwabanji, lance un ultimatum aux Banyamulenge de quitter leurs maisons dans un délai d'une semaine ;
- le 17 octobre a lieu la première vraie bataille militaire : les commandos de la DSP et du Sarm, soutenus par les ex Far, affrontent à Uvira les rebelles Banyamulenge, appuyés et encadrés par le 117ème bataillon d'infanterie de l'Armée Patriotique Rwandaise sous le commandement du lieutenant colonel Fred Ibingira. Uvira tombe ;
- le 29 octobre, les troupes de l'APR et les rebelles Banyamulenge prennent Bukavu ;
- le 30 octobre, un communiqué de la présidence rwandaise déclare que " si le Zaïre veut expulser les Banyamulenge, qu'il abandonne également leur territoire en faveur du Rwanda ". La première guerre avait ainsi commencé…(68).
Pourtant, tout ceci était bien prévisible-et, donc, évitable. Témoin, cet article visionnaire d'u journal zaïrois qui, après avoir rappelé que c'est l'armée tanzanienne qui avait chassé Idi Amin du pouvoir en Ouganda se demandait si "les deux pays (la Tanzanie et l'Ouganda) ne vont-ils pas être tentés de rééditer leur exploit, avec désormais en renfort les armées rwandaise et burundaise" pour renverser le régime Mobutu ? (69).

7.2. La deuxième guerre

"…Jusqu'où notre entêtement ne pourrait pas aller pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets "
Kenge Mukengeshayi

Comme nous l'avons démontré, après la victoire des armées coalisées contre le régime Mobutu, les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu ont continué à brûler. Si les Maï Maï ont réussi à y mettre à l'épreuve la nouvelle armée afdélienne, c'est aussi parce qu'ils jouissaient du soutient accru des ex-Far, des Interhamwe et des FDD-CNDD.

Dans un article au Soir de Bruxelles, Colette Braeckman affirme que " l'Ouganda et le Rwanda constataient que la sécurité de leurs frontières étaient moins assurée que jamais : les incursions des guérillas ougandaises s'étaient intensifiées, et au Rwanda, traversant la frontière du Kivu, les Interhamwe multipliaient les attaques génocidaires ". Analysant les causes de la seconde guerre, la journaliste belge estime que " certains reproches sont fondés : l'insécurité aux frontières est bien réelle, tout comme le fait que des commandants congolais, dans le Masisi, ont attisé des sentiments anti-tustsi. Les Tutsi Banyamulenge qui refusèrent d'être dispersé et dilués dans l'ensemble de l'armée ont subi des vexations, entre autres de la part des militaires Katangais, et la question de leur nationalité n'a pas été résolue en priorité ".

Madame Braeckman poursuit : " Au Nord-Kivu, le commandant Ondekane lui-même assure que la révolte de la dixième brigade était due à la frustration d'hommes sans cesse par monts et par vaux, essayaient de poursuivre les miliciens Hutus… ". Selon le même article, le Rwanda affirme que " 10.000 Interhamwe avaient été secrètement entraînés sur la base militaire de Kamina, ainsi que dans le Masisi " (70).

Au cours d'un point de presse tenue devant un panel de journaliste congolais à Kigali en août 2001, le Général James Kabarehe, a abondé dans le même sens, en affirmant qu'à l époque où il commandait l'armée congolaise, Laurent-Désiré Kabila avait mis en place une structure militaire parallèle qui prenait des décisions que lui-même ignorait. Cette structure aurrait apporté un soutien accru à plusieurs mouvements rebelles rwandais dont l'Alir.

En outre, le rapport de la Commission internationale d'enquête sur le Rwanda, rendu public en novembre 1998, déclare : " La Commission est convaincue que les ex-Far et les Interhamwe ont continué à recevoir des armes et des munitions provenant à la fois de leurs relations étroites avec d'autres groupes armés en Angola, au Burundi, en Ouganda et ailleurs, et plus récemment en provenance de la RDC. Cela en dépit de l'embargo sur les armes imposé contre eux par le Conseil de sécurité ; un embargo qui reste en vigueur depuis le génocide en 1994 ".

Ce qu'on peut dire ce que la deuxième guerre était prévisible et également évitable. Le 1er juin 1998, Jeune Afrique Economique tirait la sonnette d'alarme : " Pour des raisons de politique intérieure, le gouvernement rwandais pourrait être tenté de faire des opérations coups de poing en territoire congolais afin de détruire les sanctuaires de la guérilla ou pour soutenir, en cas de besoin, la révolte imminente des Banyamulenge " (71).

Notes

(62) S.Marysse et F.Reyntjens, " Afrique des Grands-lacs ; Annuaire 1996-1997 ", p.53.

(63) Toutes ces citations sont tirées d'une dépêche de l'agence Belga, publiée par le Soft n° 469 du 22 mai 1996, P.5.

(64) La Wallonie du 20 mai 1996.

(65) Afrique des Grands-lacs, Annuaire 1996-1997, op. Cit. , p.54

(66) Rapport sur la situation des droits de l'homme au Zaïre, présenté par Roberto Garreton, Rapporteur spécial, conformément à la résolution 1996/77 de la commission. Addendum : Mission dans le Kivu septentrional, p.22 of 29.

(67) Toutes ces citations sont tirées d'Afrique des Grands-Lacs, Annuaire 1996-1997, op. cit. , p.53.

(68) Cette chronique est basée sur celle publiée en annexe par S.Marysse et F. Reyntjens, Afrique des Grands lacs. Annuaire 1996-1997, op.cit, enrichie par diverses autres sources dont des témoignages directs et des articles de presse.

(69) Le Soft n°469 du 22 mai 1996, p.5

(70) Le Soir de samedi 19 et dimanche 20 septembre 1998

(71) Jeune Afrique Economie, du 1er au 14 juin 1998, p.113

 

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