TITRE
PREMIER: CAUSES INTERNES DES CONFLITS ETHNIQUES ET GUERRES
Chapitre
Premier " C'est ici que le
rôle de tous devient très important pour laisser passer
les temps des émotions vers ceux de la raison " La "question de la nationalité" est certainement le problème le plus douloureux et le plus complexe auquel le Congo a été confronté en 40 ans d'indépendance. Il s'agit du problème central qui explique, pour une large part, les guerres que notre pays a connues en 1996 et en 1998. Les interventions étrangères
qui ont eu lieu pendant ces deux guerres ont trouvé dans la revendication
nationalitaire d'une partie de la communauté nationale un moyen
de maquiller leur propre implication. La résolution de ce problème en respectant le Droit et l'équité revêt une importance capitale si l'on veut voir le Congo retrouver la paix. I.1. Etat des lieux Ces populations peuvent être classées en trois catégories : les autochtones du Bwisha, les immigrés de veille souche des hauts plateaux de l'Itombwe, et les transplantés de Masisi. I.1.1. Les autochtones du
Bwisha Omer Marchal écrit à cet effet : " Cette année-là (en 1910) aboutirent les conventions, en cours depuis 1906, entre les Belges, les Anglais et les Allemands, dont la conclusion enlèvera au Rwanda tout le Bwysha, le Gishari, le Rucyuro, l'île Ijwi, et la moitié occidentale du lac Kivu " (1). En fait la convention du 11 août 1910, qui a définitivement déterminé les frontières la colonie du Congo Belge et le protectorat allemand du Rwanda-Urundi, stipulait que les indigènes du sultanat du Rwanda qui se trouvaient à l'Ouest de la nouvelle frontière, c'est-à-dire au Congo (Goma et Rutshuru essentiellement),avaient le loisir de se transporter avec leurs biens, meubles et leurs troupeaux sur le territoire allemand, c'est-à-dire le Rwanda, endéans un délai de 6 mois (2). Ceux qui restèrent au Congo, en fait la très grande majorité, furent érigés en collectivité secteur de Bwisha, à la tête de laquelle fut placé un notable local, le Mwami Daniel Ndeze. I.1.2. Les immigrés
de vieille souche des hauts plateaux de l'Itombwe Le fait que, selon Jean-Claude Willame (5), l'Etat indépendant du Congo (EIC) avait accordé aux Tutsi de l'Itombwe une entité administrative autonome en 1906, entité qui fut confirmée par le colonisateur en 1910, avant d'être supprimée en 1933, tend à prouver que cette population disposait d'un ancrage sur le territoire qu'elle occupe, et ce bien avant l'arrivée du colonisateur. Leurs descendants ont pris le nom de " Banyamulenge " pour s'affirmer face à un début d'ostracisme qui, dans les années 60-70, tendait à les assimiler aux réfugiés Tutsi du Rwanda que la Croix-Rouge avaient placé les camps dans certains villages du Sud-Kivu. En 1979, le gouvernement zaïrois a crée à leur profit la collectivité de Bijombo. Mais ils doivent leur notoriété grâce à la guerre ( la " révolte des Banyamulenge ") qu'ils ont déclenchée en réaction à une épuration ethnique dirigée contre eux par le pouvoir du Maréchal Mobutu en 1996. I.1.3. Les transplantés
de Masisi En 1938, le pouvoir colonial mit en place la commission n°128/T.F.R.1 du 02 novembre qui désigna M.Etienne Declerk, substitut du Procureur du Roi près le Tribunal de première instance à Bukavu, en qualité de Délégué chargé de négocier un ACTE DE CESSION, au profit de la Colonie, des droits que les autorités coutumières Bahunde possédait sur un terrain de 349,1 km2. M. Declerk servit comme avocat des chefs Bahunde. Les négociations aboutirent en 1939, et le 13 novembre de cette année-là, fut signé " l'Acte de cession des droits indigènes " entre la colonie représentée par M. Amédée Van Cleemput, Assistant de l'Administrateur de territoire de Masisi, et les autorités coutumières Bahunde représentées par M.Declerk et le Grand chef Bahunde, M.André Kalinda. Le prix du territoire ainsi cédé était de 35.000 F de l'époque (6). De 1930 à 1954,la Belgique transféra dans le Masisi des milliers de Banyarwanda Hutu et Tutsi, qui, aujourd'hui, ont fini par devenir majoritaires (80 % de la population). Deux faits démontrent
que le pouvoir colonial, en procédant à ces transferts
de populations, accordait aux immigrés le statut de citoyens
du Congo-Belge : I.2. Question de nationalité
et conflits ethniques Lors des élections provinciales et nationales de 1960, plusieurs personnalités politiques Banyarwanda ont été élues. Il s'agit notamment, de Marcel Bisukiro, sénateur du Kivu, Joseph Midiburo, un autre Hutu de Rutshuru, député national du Nord-Kivu ; Cyprien Rwakabuba Shinga, Tutsi de Rutshuru, député provincial de son territoire d'origine ; Jean Ruiyereka, Tusti de Masisi, député provincial de ce territoire. Par la suite, Marcel Bisukiro fut nommé ministre du Commerce extérieur dans le gouvernement Lumumba ; Joseph Midiburo fut porté à la deuxième vice-présidence de la chambre des députés ( il sera même président de l'Assemblée nationale en 1963); Cyprien Rwakabuka et Jean Ruiyereka furent nommés respectivement ministres des Finances et de l'Education du gouvernement du Kivu. Cette brève introduction tient à démontrer qu'avant et au moment de l'accession du Congo à l'indépendance, il n'existait ni de problème de cohabitation (Au point que Bisukiro a été élu dans une ville majoritairement habitée par les Bashi comme Bukavu), ni de problème de nationalité. I.2.1. La question de nationalité à travers l'histoire de la RDC La loi fondamentale et
la Table Ronde En outre, la loi électorale n°13 du 23 mars 1960 réservait l'exercice des mandats politiques " aux seuls congolais ".. Même si cette loi ne portait pas expressément sur la nationalité, elle n'en réglementait pas moins l'une de ses conséquences les plus importantes : le droit d'élire et, surtout, d'être élu au niveau provincial et national. Or, comme nous l'avons démontré plus haut, plusieurs Banyarwanda pont été élus et ont accédé à de hautes responsabilités de l'Etat en 1960. La constitution de Luluabourg Logiquement, cette définition
de la nationalité a deux conséquences : La constitution de 1967 Loi n°002 du 05 janvier
1972 Loi n°002 du 29 juin
1981 Quelques observations
- La Déclaration universelle
des droits de l'homme - La règle de non
-discrimination - Les articles pertinents
de la Convention sur la réduction des cas d'apatridie Dans la mesure où la
nationalité zaïroise hier, et congolaise aujourd'hui, est
une et exclusive, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être
détenue concurremment avec une autre nationalité, les
Banyarwanda qui l'ont détenue entre 1972 et 1981 étaient
censés n'avoir aucune autre nationalité. Par conséquent,
en leur privant leur nationalité zaïroise, la loi n°002
du 29 juin 1981 en a fait des apatrides, ce qui est contraire à
l'esprit de l'article sus-évoqué. On peut difficilement soutenir que la loi n°002 du 29 juin 81 n'a pas violé cet article, dans la mesure où elle n'a retiré leur nationalité, en ne l'accordant pas, qu'à un groupe ethnique : les Banyarwanda. Même alors, les enfants de ceux-ci, nés entre 1972 et 1981 pendant que leurs parents avaient la qualité de zaïrois, et qui auraient pu garder leur citoyenneté zaïroise, ont également été déchus de leur nationalité. 1.2.2 Conflits ethniques
dans le Kivu 1.2.2.1. Première
République Naguère paisible, le Kivu va plonger dans la haine et les affrontements quelque deux années seulement après l'indépendance. Tout commence, en effet, avec la création des 22 nouvelles provinces congolaises en 1962-1963. C'est la création de la province du Nord-Kivu qui va mettre le feu aux poudres. Les élites politiques Banyarwanda du Nord Kivu s'opposèrent à la division du Kivu en deux provinces séparées, et refusèrent de voir leurs territoires rattachés au Nord-Kivu. Elles préfèrent rester dans la province de Kivu central (l'équivalent du Sud-Kivu actuel qui, heureux de gagner ainsi des territoires, gratifia ces banyarwanda de nouvelles promotions : Célestin Rwamakuba fut nommé ministre des Mines, et Nvuyekure président de l'Assemblée Provinciale). Elles réussirent à arracher le rattachement des territoires de Goma et de Rutshuru au Kivu central, capitale Bukavu, obligeant les autorités du tout nouveau Nord-Kivu d'aller installer leur capitale provinciale à Kirotshe, un petit village de Masisi. Les leaders Banyarwanda obtinrent du gouvernement central le principe de l'organisation d'un référendum - qui n'eut finalement pas lieu - pour le Masisi (7). Selon Jean-Claude Willame, " cette attitude leur valut l'hostilité des politiciens du Nord-Kivu qui, en 1965, déclenchèrent une " chasse " aux rwandais dans toute l'administration locale " (8). Cet épisode fut accompagné de brimades et d'évènements sanglants. Ces événements douloureux sont connus dans l'histoire sous le nom de " massacres du Kanyarwanda " ou de " révolte du Kanyarwanda ". Ils ont été décrits ainsi : " Maisons incendiées, pillages, massacres de villages, les soldats qui avaient en tête le mot " rebelles ", ne devraient alors épargner personne " (9). Au cours de sa comparution devant la Commission des assassinats et violations des droits de l'homme de la Conférence nationale souveraine, Monsieur Boji, ancien gouverneur du Kivu central, évoqua " l'ardeur " du gouverneur du Nord-Kivu de l'époque, Moleyi Benezeth, et des autorités territoriales de Goma, à arrêter de soit-disant " mulelistes " qui étaient en réalité des zaïrois d'origine tutsi. Selon M.Boji : " Beaucoup de détenus ont été jetés dans le lac vert après d'horribles tortures" (10). 1.2.2.2. De la Transition
à nos jours a) L'accréditation
à la CNS b) Calculs politiciens sur
fond d'arithmétique ethnique L'exemple en est donné
par le gouverneur de l'époque, Jean-Michel Kalumbo Mbogho, qui
présentait ainsi l'arithmétique ethnique de sa province
: "Les Hutu et les Tutsi constituent la moitié de la population
du Nord-Kivu à raison de 40% Hutu, 10% Tutsi. L'autre moitié
étant constituée des Nande 40%, Nyanga 4%, Hunde 3%, Tembo
2% et autres 1% " (11). Poursuivant sa déclaration,
M.Kalumbo ajoutait :" Récemment, nous avons entendu parler
d'une réconciliation entre Hutu et Tutsi (..). Comme l'union
fait la force, les Hutu et les Tutsi feront un très grand chiffre
démographique qui décrochera la majorité des sièges
dans les organes délibérants des collectivités,
des zones, des villes, de la région et de l'assemblée
nationale " (12) 1.2.2.3. De la rhétorique
à la violence Sous le titre " violences
ethniques dans les zones de Walikale et de Masisi ", un journal
écrivait : " Plusieurs sources dont la Caritas du secteur
katoyi rapportent que samedi 20 mars 1993 un incident meurtrier s'est
produit au marché de Ntoto dans la zone de Walikale. Des paysans
de la tribu Nyanga armés de fusils de chasse ont surgi sur le
marché en tirant sur les hommes. Il n'y aurait eu aucun survivant.
Le lendemain le drame se serait poursuivi, les assaillants sont passés
de village en village pour tuer et incendier les maisons des membres
des communautés Hutu et Tutsi" (13). Pour ce qui est du bilan, le
même journal cite les sources de Caritas de Katoyi " qui
avancent le chiffre de 500 morts dans la seule localité de Buoyi
dans la zone de Walikale. Le commissaire de zone, Katsuva Terya, reconnaît
la mort de 500 personnes dans la seule localité de Ntoto "
(14). Quant aux causes des conflits, le journal écrit
: " Les Hunde et les Nyanga refusent aux Hutu et aux Tutsi la nationalité
zaïroise ", et précise : " Depuis le déclenchement
du processus démocratique, les rapports entre les habitants de
la zone de Masisi et Walikale sont devenus difficiles suite à
l'exploitation politicienne de la question de la nationalité
" (15). Au terme d'un rapport établi
par Monseigneur Faustin Ngabu, évêque de Goma, il ressort
que le premier bilan de ces massacres fait état de 3000 morts
et de nombreux disparus. " Les victimes de ces affrontements sont
presque tous membres de la communauté Hutu-Tutsi ", indique
le rapport, qui dénonce " la légèreté
frisant la complicité de l'administration régionale. Des
chefs de groupement au gouverneur de la région, les autorités
politico-administratives ont voulu ignorer la tragédie de leurs
administrés " (16). Cinq mois plus tard, on apprend, par le canal des organismes humanitaires, que les affrontements interethnique dans le Nord-Kivu ont fait " près de 7000 morts et provoqué l'exode de 200.000 personnes " (17). Dans un rapport daté du 13 juillet 1993, l'organisation britannique Oxfam affirme que ces affrontements sont " voulus par les autorités locales " (18). Ce chiffre est confirmé par un rapport de Human Right Watch qui dit : " En mars 1993, des zaïrois de diverses origines ethniques attaquèrent les Banyarwanda du Nord-Kivu. En quelques semaines, les violences provoquèrent la mort de près de 7000 d'entre eux et l'on estime à 300.000 le nombre de personnes ayant été forcées de fuir " (19). 1.2.2.4.L'immixion des
données exogènes De passage dans la région, M. Roberto Garreton, rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies, résume ainsi la situation : " Les Banyarwanda sont l'objet de discrimination du fait de l'origine de leurs ancêtres auxquels on dénie le caractère de zaïrois autochtones, bien que leur nationalité leur ait été reconnue de 1960 à 1981. De ce fait, on leur dénie le droit d'avoir une nationalité, on les prive de leurs biens, on les chasse de leurs foyers et on les expulse en terre étrangère (21). 1.2.2.5. La légalisation
de l'irrationnel 1.2.2.6. La culture de
la violence s'installe durablement " Le Kivu, Nord et Sud,
continue de suivre une trajectoire incertaine et même chaotique
selon certaines sources. D'une part, les affrontements armés
se poursuivent entre l'armée de l'AFDL et des bandes armées
hétéroclites (Maï Maï, Interahamwe, reliquat
des ex-forces armées rwandaises, mouvements basés à
la frontière entre le Kivu et l'Ouganda,
) alimentées
par le sentiment d'opposition à tout ce qui est allochtone ",
écrivent G.Villers et J.-C Willame (24) qui
précisent que les affrontements opposent ceux qui se concédèrent
comme " congolais authentiques " à ceux qu'ils qualifient
de " gens de nationalité douteuse ", c'est-à-dire
essentiellement les Tutsi. Dans le Nord-Kivu en particulier,
le comportement triomphaliste et irresponsable du nouveau gouverneur,
M.Léonard Kanyamuhanga, Tutsi de Rutshuru, qui nomme chefs coutumiers
dans les territoires de Rutshuru, Nyiragongo et Masisi, des Tutsi qui
n'en avaient pas le droit, en remplacement de véritables chefs
n'est pas pour calmer les esprit. En outre, le mauvais traitement infligé
à certains de ces vrais chefs, c'est le cas du chef Chabongo
des Batembo, par des militaires de l'AFDL, ont provoqué la colère
des populations. Au Sud-Kivu, la situation n'est
guerre reluisante. La coalition des diverses milices (Maï-Maï,
interhamwe et ex-Far), ayant une forte base à Muhuzi,, attaquent
les plateaux de l'Itombwe où habitent les Banyamulenge. Même
la ville de Bukavu a été attaquée le jeudi 11 décembre
1997. Pendant l'attaque, la " Radio Patriote ", une radio
clandestine extrémiste, demande à la population d'intercepter
tout Tusti et de l'acheminer auprès des miliciens qui s'occuperaient
eux-même de leur expulsion vers le Rwanda. La non-résolution de
la question de la nationalité, la persistance, voire l'amplification
des affrontements ethniques, ainsi que la conjonction de ces faits avec
la volonté, de plus en plus claire, du Rwanda, qui ne croit plus
en Kabila (au point de boycotter le sommet sur la sécurité
qui était prévu à Kinshasa les 15 et 16 mai 1998),
de " faire des opérations coups de poing en territoire congolais
afin de détruire les sanctuaires " des interahamwe et ex-Far
qui avait attaqué Gitarama, provoquant le déplacement
de 5000 personnes, vont provoquer la deuxième guerre, suite logique
de la première. A l'issue d'un reportage à Bukavu, Jeune Afrique Economie (du 1er au 14 juin 1998, p.114) écrit : " La Radio Patriote joue au Kivu le rôle de la tristement célèbre Radio Milles collines au Rwanda. Elle intoxique la population et accroît la méfiance des Banyamulenge. La peur de l'autre a atteint un niveau tel qu'une étincelle peut mettre le feu à la région des Grands Lacs " (26). Nous sommes à seulement deux mois du 2 août 1998 1.2.3. La paranoïa de
l'exclusion 1.2.3.1. Une politique
d'exclusion systématique Ainsi, M.Léonard Kambere
Muhindo a écrit un article intitulé : " Les données
géographiques et sociologiques le prouvent : les Hutu pseudo-autochtones
du Nord-Kivu sont également rwandais à 100% ", dans
lequel, il affirmait : " Le comportement des Hutu constitue donc
un danger pour le Zaïre (27). Dans une déclaration
rendue publique le 20 octobre 1996, les " représentant de
la communauté de Ngweshe, zone de Walungu (Sud-Kivu) " à
Kinshasa affirment ne pas connaître " au Kivu une tribu appelée
" Banyamulenge " et, affirment que " ceux qui ainsi s'autoproclament,
sont des rwandais " (28). A cette négation de leur
appartenance à la nation congolaise s'ajoute une politique de
haine et des appels à l'extermination. Cette politique d'exclusion
a été systématisée par l'adoption par le
parlement de transition des résolutions visant l'expulsion de
tous les Banyarwanda du Kivu. 1.2.3.2. Cultiver la peur
par la manipulation Dans un article intitulé
" le zaïrois appelé à identifier l'ennemi Tutsi
", un quotidien de Kinshasa rapporte les propos du professeur Nyabirungu
pour qui les Tutsi sont " prêts à imposer l'empire
Hima-Tutsi " (31). Dans une tribune signée
" CATS-TA " non autrement identifié, il est fait état
d' " un début de concrétisation du projet machiavélique
de création de l'Etat des Grands lacs " (32).
Evoquant un possible retour de Kengo wa Dodo aux affaires sur recommandation
du FMI et de la Banque Mondiale, un autre quotidien écrit qu'il
s'agit là d' " une occasion propice de concrétiser
sinon d'accélérer le plan diabolique de l'empire Hima-Tusti
"et cela " vu l'origine de M.Kengo wa Dongo " (33).
Pour connaître l'origine
de ce fantasme, " l'Investigateur ", un journal proche du
pouvoir du président L.D Kabila, écrit sous le titre "
Hima-tutsi : empire de la terreur ", que la lettre d'information
de la coalition démocratique ougandaise avait fait état
de l'existence d'un plan visant à établir une dynastie
tutsi en Afrique orientale. " Ce plan a été conçu
en 1962 et gardé ultra-secret par les tutsi jusqu'à sa
découverte à Nyamitaba " (34).
En fait, toute cette architecture grand-guignolesque repose sur une
lettre qui aurait été écrite en anglais (sic) par
les tutsi congolais en 1962 et qui aurait été traduite
en français par un certain Mugabo Ayad à Mweso (Kivu)
le 31 mars 1980. A l'analyse, il semble bien que cette lettre constitue la première réplique congolaise des " Protocoles des sages de Sion ", ce faux formel conçu au XIXème siècle dans le but d'attirer la haine populaire vers une communauté indexée. 1.2.4. Une ébauche de solutions " Je suis né
quelque part ; laissez-moi ce repère " Devant l'ampleur des conséquences sur le terrain de l'utilisation à des fins politiques de la question de la nationalité, des personnalités congolaises ont eu à formuler, par le passé, des propositions dans le but de résoudre ce problème. 1.2.4.1. Quelques propositions des personnalités congolaises La lettre des évêques
du Kivu Les " pères de
l'indépendance " L'accord de Lusaka Etant donné que la jouissance
de la citoyenneté est une qualité essentiellement liée
à la détention de la nationalité, c'est de celle-ci
qu'il s'agit dans ce texte. Bien plus, selon un spécialiste,
en signant l'Accord de Lusaka, le gouvernement de la RDC a consacré
le " principe des nationalités qui reconnaît le droit
à toute nationalité (entité humaine homogène
située sur un territoire donné en dispersée sur
plusieurs territoires) à se rassembler ou à s'intégrer
à un autre Etat " (37). En d'autres termes, deux conséquences découlent de l'Accord de Lusaka en ce qui concerne la question de la nationalité. D'abord, la nationalité congolaise est reconnue à tous ceux qui étaient établis sur le territoire de la RDC au 30 juin 1960, c'est-à-dire y compris tous les Banyarwanda décrits aux points 1.2.1 ; 1.2.2 et 1.2.3. Ensuite, toute communauté qui ne se sentirait pas à l'aise dans la nation congolaise, aurait le droit à s'ériger en Etat indépendant ou de s'intégrer à un autre Etat. Les Congolais doivent gérer cette question avec beaucoup d'intelligence. 1.2.4.2. Les solutions
de Congo Fraternité et Paix De 1964 à nos jours,
la définition de la nationalité congolaise s'est basée
sur les principes suivants : Congo Fraternité et Paix propose, pour sa part, la démolition totale de cette architecture juridique, héritée de la première République, dont le seul mérite est d'avoir plongé le pays dans deux guerres. En attendant l'élaboration, pour une fois d'un vrai code de la nationalité congolaise, à laquelle Congo Fraternité et Paix entend contribuer, nous proposons un modeste et partiel type de loi sur la nationalité. Nos propositions s'articulent
autour des points ci-après : L'option de la double nationalité
s'explique par le soucis de ne pas exclure de la nation congolaise tous
les enfants des congolais nés et grandis dans les pays occidentaux
qui les ont intégrés dans leur nationalité, soit
d'office soit sur demande. Ayant évolué dans des conditions
d'études bien meilleures par rapport à celles de la mère
partie, ils peuvent apporter à la RDC une pierre supplémentaire
à l'édification de son développement. De même,
nous n'avons aucun intérêt à fermer la porte à
tous ceux de nos compatriotes qui, tout au long des 36 ans des dictatures
de Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, ont fini, pour une
raison ou une autre, par acquérir la nationalité de leur
pays d'accueil. Posons, avec Evariste Boshab,
les questions suivantes : " Va-t-on affirmer que les Congolais
de la diaspora qui, par la force des choses, pour faire face à
la loi de la sélection naturelle, ont dû prendre d'autres
nationalités, aimeraient moins leur pays d'origine ? " "
Si les juifs américains, russes, ou fallasha, peuvent rentrer
dans leur mère patrie, tout en gardant les nationalités
acquises, apporter leurs multiples et diverses expériences dans
l'édification d'un Etat hébreu fort respectable, pourquoi
pareil exemple ne ferait-il pas des émules ? Qu'y a t-il d'offusquant
à cela ? (40). Restant dans la logique anti-discrimination,
nous ne prévoyons aucune ségrégation à l'endroit
des binationaux, à la notable exception de l'exercice de la fonction
de chef ce l'Etat pour les naturalisés. Nous avons prévu la possibilité
des obligations militaires pour les personnes ayant acquis la nationalité
congolaise dans la mesure où de plus en plus des voix s'élèvent
(le cahier des charges de la société civile de Kinshasa,
l'idée du président Laurent- Désiré Kabila
de généraliser le service national à tous les jeunes
congolais au sortir des humanités) pour instaurer le service
militaire obligatoire. Nous nous sommes limités,
dans le modèle proposé, à définir la nationalité
à l'origine, la nationalité par la naissance et la nationalité
acquise. Le seul souci qui nous anime est de permettre l'éclosion
d'un Congo ouvert, la suppression des discriminations de tous ordres,
et l'intégration plus efficace de tous ceux qui optent pour la
nationalité congolaise. Pour éviter toute utilisation
abusive de la nationalité en vue de diviser le peuple congolais
en deux catégories - ceux qui ont tous les droits et ceux qui
n'en ont pas - et de discriminer les Congolais nés d'un seul
parent congolais ou ceux ayant acquis la nationalité congolaise
par leur naissance sur le sol congolais, nous n'avons prévu comme
restriction aux droits des congolais naturalisés que l'exercice
de la fonction de chef de l'Etat. Cette disposition devra être
renforcée et clarifiée dans la loi électorale par
un article du genre : " Pour être candidat à la présidence
de la République Démocratique du Congo, il faut être
congolais de naissance ". Il faudra éviter, coûte
que coûte, les conceptions du genre : " pour accéder
aux fonctions politiques, il faut être congolais de père
et de mère " qui ont été proposées
par la Consultation nationale de février-mars 2000. Il s'agit
ici : A l'exemple de Jean-Pierre Finant
(né d'un père belge et d'une même Muboa), membre
suppléant du Mouvement national Congolais-Lumumba (MNC/L) à
la conférence de la Table-ronde politique, député
national de Kisangani et député provincial du territoire
de Bondo, premier gouverneur de la Province Orientale et père
de la regrettée Tantine Abeti Masikini. Il fut exécuté
en février 1961 par les sécessionnistes du Sud-Kasaï
qui, à l'instar de leurs semblables Katangais, étaient,
eux, des congolais de père et de mère
Dans tous les cas, l'histoire récente de la RDC devrait inspirer les Congolais d'éviter toute sorte de discrimination, surtout en matière politique, et de laisser, en définitive, le peuple seul opérer souverainement son choix. 1.2.4.3. Modèle d'une loi sur la nationalité " Vous diviserez le
pays en héritage par le sort pour vous et pour les étrangers
qui séjourneront au milieu de vous, qui engendreront des enfants
au milieu de vous ; vous les regarderez comme autochtones parmi les
enfants d'Israël ". Quelques définitions
utiles (41) Section I : Des règles générales Article 1 : Il existe une nationalité
congolaise en République Démocratique du Congo Article 2 : La nationalité
congolaise est reconnue, s'acquiert ou se perd selon les dispositions
de la présente loi. Article 3 : Nul ne peut être
privé de sa nationalité arbitrairement, pour des motifs
politiques, ethniques ou raciaux. Article 4 : Les termes "
majorité " et " minorité " s'entendent
au sens de la loi congolaise. Article 5 : Au terme de cette loi, la possession d'état de congolais est la situation d'une personne qui se considère de bonne foi, comme congolaise, et qui est traitée comme telle par l'autorité publique. Cette personne exerce, en conséquence, les droits et les devoirs attachés à la qualité de congolais, alors qu'elle n'est pas congolaise. Section II : De l'attribution de la nationalité congolaise à la naissance Paragraphe 1 : Des congolais
à l'origine Paragraphe 2 : Attribution de la nationalité congolaise par la filiation Article 7: Est congolais à
la naissance l'enfant dont l'un des parents au moins est congolais Paragraphes 3 : Attribution
de la nationalité congolaise dans des situations particulières Section III : De l'attribution de la nationalité congolaise pour les enfants nés au Congo de parents étrangers Article 9 : L'enfant né
au Congo de parents étrangers acquiert de plein droit la nationalité
congolaise de naissance à sa majorité si dans l'année
de sa majorité : Section IV : De l'acquisition de la nationalité congolaise Paragraphes 1 : Des modes
d'acquisition de la nationalité congolaise Paragraphe 2 : De l'acquisition
de la nationalité congolaise par déclaration Article 11 : une personne étrangère
qui épouse un(e) congolais(e) peut acquérir la nationalité
congolaise si elle remplit les conditions ci-après : II. Acquisition de la nationalité congolaise par les personnes ayant la possession d'Etat de congolais Article 12 : Une personne qui
a jouit, d'une façon constante, de la possession d'état
de congolais, peut réclamer la nationalité congolaise
par déclaration si les conditions ci-après sont remplies
: III. Acquisition de la
nationalité congolaise par les descendants de congolais installés
à l'étranger Article 14 : Ils sont, toutefois, tenus de prouver qu'ils ont conservé ou acquis avec la République Démocratique du Congo des liens manifestes d'ordre culturel, économique ou familial. IV. Réintégration par déclaration Article 15 : Les personnes qui étaient congolaises de naissance et qui ont perdu la nationalité congolaise en raison du mariage avec un étranger ou de l'acquisition volontaire d'une nationalité étrangère peuvent être réintégrées dans la nationalité congolaise par déclaration. Paragraphe 3 : De l'acquisition
de la nationalité congolaise par naturalisation Des effets de l'acquisition de la nationalité congolaise Article 17 : L'acquisition de
la nationalité congolaise n'a aucune incidence sur la nationalité
d'origine du demandeur sous réserve des lois de son pays d'origine.
Cependant, seule la nationalité congolaise est prise en compte
sur le territoire congolais. Paragraphe 1 : Effet collectif Article 22 : L'enfant légalement adopté par un couple dont l'un des conjoints acquiert la nationalité congolaise devient congolais de plein droit aux même conditions qu'à l'article 21 de la présente loi. Paragraphe 2 : Congolisation
des noms Article 24 : La personne qui acquiert ou recouvre la nationalité congolaise peut demander la congolisation des noms de ses enfants mineurs bénéficiaires de l'effet collectif. Paragraphes 3 : Obligations
militaires Article 26 : Lorsqu'un congolais assujetti aux obligations du service national a simultanément la nationalité d'un autre Etat, et qu'il réside habituellement sur le territoire de la République Démocratique du Congo, il accomplit ses obligations au Congo. N.B : Les articles traitant de la perte de la nationalité doivent respecter tous les instruments juridiques internationaux pertinents, notamment : la déclaration universelle des droits de l'homme, la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et la convention sur la réduction des cas d'apatridie. Congo Fraternité et Paix reste disposé à apporter son expertise dans sur les points ci-après : la procédure de déclaration, les empêchements à prévoir à l'endroit des demandeurs de la nationalité congolaise par déclaration ou par naturalisation, les conditions de recevabilité de demandes de naturalisation, la procédure d'instruction des dossiers, la preuve et le contentieux de la nationalité. Pour éviter des faux-fuyants ou des blocages ultérieurs par des personnes irresponsables et extrémistes, Congo Fraternité et Paix propose que le modèle ainsi présenté, du moins ses idées maîtresses, soit adopté au niveau du Dialogue national comme résolution à couler sous forme de loi. " Les politiciens
tergiversent souvent entre la popularité et les principes. Seuls
ceux qui savent faire preuve de courage pour défendre leurs principes
méritent leur place dans l'histoire " Notes : (2)
Le Moniteur belge, édition du lundi 21 au mardi 22 août
1911 (3)
Professeur Déogratias Mbonyikebe, " Les conflits inter-ethniques
dans leur contexte historique et socio- anthropologique. Cas des populations
de l'Itombe au Sud-kivu (zaïre) ". Actes du colloque national
de la société civile tenu à Kinshasa du 22 au 26
août 1994. (4)
Gaspard Gagiga, " Cette immigration séculaire des Rwanda
au Congo ", in Bulletin trimestriel du Centre d'études des
problèmes sociaux indigènes, 1956, p.10. (5)
Jean-Claude Williame, " Banyamulenge et Banyarwanda. Gestion de
l'identitaire dans le Kivu ", éd. Cedaf, Bruxelles 1997,
p.84 (6)
Kabuya Lumuna Sando, " Conflits à l'Est du Zaïre ",
Kinshasa, 1997, P.P 80-81 (7)
Jean -Claude Willame, " Les provinces du Congo. Structures et fonctionnement
", in cahiers économiques et sociaux, collection d'études
politiques, n°03, octobre 1964, pp36 et sv (8)
Jean-Claude Willame, " L'ONU au Rwanda ", éd. Labor,
Bruxelles 1996, p.130 (9)
Les dossiers du CRISP, Congo 1965, pp.79-80. (10)
Conférence Nationale Souveraine, Rapport de la commission des
assassinats et violations des droits de l'homme, 1ère partie,
Kinshasa, 1992, p.117 (11)
Le soft n°153, jeudi 17 juin 2993, p.12 (13)
Le soft n°138 du jeudi 15 avril 1993, p.6 (16)
Le Soft n°153 du jeudi 17 juin 1993, p.12. (17)
Le soft n°169 du vendredi 13août 1993, p.1. (19)
Human Right Watch " Zaïre : Transition, guerre et droits de
l'homme ", p.21 (20)
Human Right Watch et Fédération internationale des droits
de l'homme " Zaïre : violence à l'encontre des Tustsi,
forcés de fuir ", juillet 1996. (21)
Commission des droits de l'homme des Nations Unies, rapport sur la situation
des droits de l'homme au Zaïre E/CNA/1997/6/Add.1 du 16 septembre
1996. (22)
" Inventaire des parcelles et terrains sis à Uvira appartenant
aux ressortissants rwandais et burundais ", lettre de Shweka Mutabazi,
bureau du commissaire de zone, adressée au chef de service de
l'Urbanisme et habitat/zone d'Uvira (23)
Jeune Afrique Economie du 13 au 16 novembre 1997, p.14 (24)
G.Villers et J.C. Willame, " République Démocratique
du Congo. Chronique politique de l'entre deux guerres", Cedaf-
L'Harmatan, Bruxelles-Paris, 1998, p.238. (25)
Jeune Afrique Economie du 1er juin 1998, p.112. Pour de plus amples
informations lire G. Villers et J.-C Willame, op.cit. (27)
La Référence plus n°851 du 2 octobre 1996, pp.4-5 (28)
La Référence plus n°864 du 24 octobre 1996, pp.2. (29)Rapport
sur la situation des droits de l'homme au Zaïre. Mission dans le
Kivu septentrional. ; pp15-29. (30)
Voir " Le Potentiel " n°1964 du 8 juillet 2000 et n°1967
du 12 juillet 2000 (31)
La Référence Plus n°872 du novembre 1996 (32)
La Référence Plus n°875 du 13 novembre 1996 (33)
La Tempête des tropiques n°1749 du 22 juin 2001 (34)
L'investigateur n°2, novembre 1998 (35)
Philippe de Dorlodot, " Les réfugies rwandais à Bukavu
au zaïre. De nouveaux palestiniens ? ", L'harmattan, Paris
1996, pp.168-171 (36)
La Référence Plus n°889 du 7 décembre 1996,
p.4 (37)
Professeur Ntumba Lwaba Lumu, " Nationalité : L'Accord de
Lusaka contrarie fondamentalement la législation congolaise ",
in le Potentiel n°2000 du 5 janvier 2000, pp.4,12. (38)
Paul Lagarde, " La nationalité française " Dalloz,
3ème édition, Paris 1998 (39)
Célestin Kabuya Lumuna Sando, " La nationalité au
Congo : les omissions fatales et les révisions risquées
", in Le Potentiel n°1818 du 10 janvier 2000 (40)
Boshab Evariste, " Sur le chemin du Dialogue inter-congolais :
Quelques pistes de la ré fondation d'un Etat concordataire ",
Médias pour ma paix, Kinshasa, 2000, p.57. (41)
Inspirées de Véronique Baudet-caille, " La nationalité
", Ed.Ash, Paris 2000 ©
The ideas and opinions expressed in this article are those of the author ©
Les idées et opinions exprimées dans cet article sont
celles de l'auteur |
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